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Liste des sujets

M Le Maudit, de Fritz Lang

leprodiss
leprodiss
Niveau 10
14 février 2009 à 23:26:51

T'as pris ton pied hein? :sournois:

JackNicholson
JackNicholson
Niveau 10
15 février 2009 à 00:31:52

Les deux mêmes :bave:
C'est bon signe si je commence à faire des "blagues" semblables aux tiennes ? :noel:

leprodiss
leprodiss
Niveau 10
15 février 2009 à 00:34:48

Excellent, tu es sur la bonne voie jeune apprenti :sournois:

Faudrait que je le revoie ce film, il m'avait fait un sacré effet à l'époque.

lanc
lanc
Niveau 10
24 mars 2010 à 21:42:06

Vu

:spoiler:

Le film s'ouvre sur une scène plutôt anodine. Des enfants sont en train de pratiquer un jeu de récréation, ayant pour propos un tueur qui élimine ses victimes qui renvoie directement au sujet du film et à son universalité. La caméra est en plongé et on s'aperçoit que les enfants se sont placés de telle sorte à former une pendule (la petite fille du milieu qui élimine ses camarades étant les aiguilles). Fritz Lang aborde donc dès son premier plan un thème qui s'avérera récurent au film : celui du temps. Il est en effet intéressant de constater à quel point la notion de l'heure revient dans ce film, parfois de façon anecdotique ou importante. M le Maudit étant principalement un véritable questionnement sur la société (j'y reviendrai plus en avant), le réalisateur allemand a sûrement dû vouloir montrer la dimension qu'a pris ce concept dans la civilisation du XXe siècle, et ce depuis les différentes révolutions industrielles.
M le Maudit est un film découpé en trois parties. On se focalise tout d'abord sur le point de vu de la population, qui a affaire à un pédophile meurtrier. Le moment emblématique de ce début de film met en scène une petite fille qui vient demander l'heure à un vieux monsieur. Détournant le regard vers eux, deux vieilles dames se demandent alors s'il ne s'agirait pas du pédophile recherché. Un homme écoute leur conversation, et va aussitôt attraper le vieux monsieur en le désignant coupable. On a donc ici l'exemple même du genre d'amalgame (un homme avec une petite fille est le pédophile) dont peut faire preuve d'honnête citoyen en période de peur. Fritz Lang dénonce le jugement hâtif, l'effet de masse qui engendre évidemment l'influence groupée et la parano. On peut déjà deviner le parallèle que commence à dessiner le réalisateur sur une certaine société allemande du début des années 30.
La deuxième partie du film fait place à l'enquête. D'un côté se trouve la police (l'Etat donc) qui fait tout d'abord preuve d'un véritable manque d'intelligence dans sa façon d'agir. Suspicion et contrôle d'identité répétées, parano constante, atteinte à la vie privée ... Les dirigeants mettent rapidement les enquêteurs sous pressions avec un véritable manque de pragmatisme. De l'autre côté, se trouve une bande de malfrats, qui, ayant peur des contrôles policiers devenus habituels, décident d'attraper le meurtrier eux mêmes. Fritz Lang met également en scène le point de vu du meurtrier (interprété par un Peter Lorre totalement habité qui livre une performance hors du commun). Il s'agit d'une personne seule, qui agit par pulsion (symbolisée par le célèbre sifflotement) et donc contre son gré. Lang nous montre dans une superbe scène où l'ont voit le meurtrier à la terrasse d'un café, que ce dernier essaye par tout les moyens (ici l'alcool) de se défaire de ses pulsions. On est donc dans le récit non-manichéen, et on se rend compte que les enjeux dramatiques ne sont pas ceux que l'ont croit. Et dans la continuité de cette scène, le meurtrier va être reconnu par un aveugle qui reconnait son sifflotement. Là aussi c'est intéressant de constater que c'est une personne non voyante qui le retrouve; les yeux sont donc moins fiables que les oreilles (parallèle avec la scène du début).
Le meurtrier est finalement arrêté par les malfrats et non par la police (qui a tout de même réussi à trouver son appartement). Dans une scène impressionnante de course poursuite, Fritz Lang met le spectateur à l'épreuve qui ne sait plus trop quel parti prendre entre le meurtrier et les malfrats (qui finissent par le capturer). A la fin de la scène, le réalisateur nous montre une succession de plan où l'ont voit les gardiens de l'immeuble ligotés et baillonnés par les malfrats, et questionne sur la notion de justice : Faut t-il causer le mal pour vaincre le mal ?
Parallèlement les policiers continuent leur enquête. Ils ont réussi à arrêter un des malfrats et le questionnent. Celui ci nie en bloque et se retrouve enfermé dans une cellule. Lorsque sa porte s'ouvre enfin, on aperçoit quatre policiers s'accoudant au mur.
"Quatre pour moi ?" s'écrit il. Le spectateur se demande alors si les policiers ne vont pas utiliser la manière forte pour obtenir des aveux, et devenir tout aussi corrompue que les malfrats. Il n'en est rien, et Lang est ici plutôt optimiste, car le responsable de l'enquête parvient à avoir les informations grâce à une technique d'interrogatoire classique.
La dernière partie de M le Maudit représente l'apologie du film. Le meurtrier est capturé par les malfrats, et ceux ci désir le juger eux même. Fritz Lang fait évidemment le rapprochement avec un régime totalitaire (disons, le nazisme), qui contourne les lois afin d'appliquer leurs idées de la justice, et questionne sur la notion du bien, du mal et surtout du juste. Pour sa défense, le meurtrier affirme qu'il agit contre son gré, à cause du maladie qui lui donne ses pulsions. Les malfrats demandent la peine de mort, l'avocat demande l'asile. On est dans la confrontation scientifiques, entre l'innée et l'acquis (chose qui sera la base du gouvernement nazi). Ici, Fritz Lang ne pardonne pas le pédophile, mais lui trouve des circonstances atténuantes. Les citoyens, eux, sont du côté des malfrats, et pensent avant tout à leurs enfants qui se sont fait tuer. Il n'y a donc pas de réflexion approfondies de leur part, on est dans le discours typiquement réactionnaire, engendré à cause de la peur. C'est d'ailleurs globalement pour ces raisons que le parti nazi est arrivé au pouvoir en Allemagne.
Et Lang conclue son film par cette phrase : "Il nous faut surveiller nos enfants", qui prend alors un double sens.

Quant à la mise en scène, elle est d'une perfection sans égale. Fritz Lang puise évidement son inspiration dans le cinéma expressionniste allemande, avec ces lignes de fuite et ces cadres complexes. M le Maudit est bourré d'idées de mise en scène géniale, comme le ballon de la petite fille que l'on voit rebondir sur la pancarte annonçant la présence d'un meurtrier pédophile, et que l'ombre de celui ci apparait.

:spoiler:

M le Maudit est donc un film d'une richesse infinie dans son fond, mais également dans sa forme. Un chef d'oeuvre complet et complexe, d'une puissance cinématographique exceptionnelle et d'une densité rarement égalée, qui n'a pas pris une ride, et dont le propos et toujours d'actualité.

ilovemuesli
ilovemuesli
Niveau 10
24 mars 2010 à 22:07:26

Interessante critique :oui:

lanc
lanc
Niveau 10
24 mars 2010 à 22:10:06

Merci !

Non mais en plus j'ai dû parlé de même pas 1/10e de ce que Fritz Lang cherche à dire tellement ce film à l'air immenssément riche :snif: En tout cas c'est sûr que je le reverrai, rien que pour admirer cette mise en scène de génie !

Et c'était mon premier Lang, donc j'attends vraiment beaucoup des prochains films de lui que je vais voir :sarcastic:

leprodiss
leprodiss
Niveau 10
24 mars 2010 à 22:14:27

Belle critique :bravo:

Bon c'est quand même dommage que tu commences par le meilleur Lang :hap:
Ceci dit tu trouveras sûrement ton bonheur avec des films comme Rue Rouge ( :bave: ) ou Le Secret derrière la porte.

Oui pareil pour la fin du film, qui est géniale, et qui élargit encore plus la possibilité d'une réflexion.

En revanche je comprends pas trop - peut-être par manque de mémoire - ce que tu veux dire avec la question du temps au début.

Top 10 sinon ? :hap:

lanc
lanc
Niveau 10
24 mars 2010 à 22:18:42

Bah en fait c'est bizarre, mais ça m'a vraiment frappé le nombre de fois où la notion de l'heure revient. C'est possible que je sur interprète aussi :hap:
Enfin, à mon avis c'est pas laisser au hasard, surtout dans un film comme ça. M'enfin, tu me diras ça si jamais tu le revois^^

Pour sa position dans mon top je réfléchie :sournois: (20 minutes :hap: ). En tout cas c'est sûr qu'il y sera.

lanc
lanc
Niveau 10
24 mars 2010 à 22:20:11

J'ai sous la main La Rue Rouge, Docteur Mabuse et Metropolis (je pense que je vais attendre pour celui là).

The_Go-Between
The_Go-Between
Niveau 10
24 mars 2010 à 23:01:19

J'aime bien ta comparaison avec le nazisme concernant la dernière scène.

La femme au portrait est excellent également :oui:

Toute sa période parlante en fait (le reste zzzz)

lanc
lanc
Niveau 10
24 mars 2010 à 23:59:31

Je note, je note. Un ami à moi, grand admirateur de Fritz Lang, est assez fan de sa période américaine.

Sinon j'ai trouvé une anecdote sympa dans l'Histoire du Cinéma pour les Nuls (sans déconner c'est super intéressant comme bouquin :hap: )

Le 30 janvier 1933, Hitler est élu chancelier du IIIe Reich. Deux mois plus tard, après l'incendie du Reichstag qu'il a lui-même commandité en secret, il dispose des pleins pouvoirs. Consigne est donnée à Goebbels de faire marcher le cinéma au pas... de l'oie. Devenu ministre de la Propagande du gouvernement national-socialiste, celui-çi s'active et déclare sans ambages : "L'art est libre, mais dans le film, comme ailleurs, on doit admettre les idées fondamentales du gouvernement national". Bientôt, il convoque dans son bureau un grand maître de la réalisation : son compatriote Fritz Lang. Lang redoute l'entretien. Deux ans auparavant, celui-ci n'avait pu obtenir l'autorisation de tournage de M le Maudit qu'à la condition expresse d'abandonner son titre initial prémonitoire (Les assassins sont parmi nous!). Et il est d'autant plus inquiet que son dernier film Le Testament du Dr Mabuse vient d'être interdit par Goebbels lui-même. Il faut dire que Lang n'y est pas allé de main morte vis-à-vis des dirigeants nazis. Son film montre Mabuse sous un jour aussi machiavélique que dangereux, dirigeant dans l'ombre une armée de malfaiteurs puissamment organisée. Ca ne vous rappelle personne ? Plus loin, Mabuse s'autoproclame "le génie du mal", avant de reprendre d'authentiques slogans nazis! Comment ne pas voir là une attaque direct? A 12h05, après les premiers échanges de convenance, Goebbels fixe Lang droit dans les yeux et lui déclare contre toute attente : "Le Fürher a vu votre film Metropolis et il a dit : voici l'homme qui créera le cinéma national-socialiste." L'hommage est indirect, mais sincère. Goebbels propose clairement à Lang la direction du nouveau cinéma allemand. Le poste est attrayant. Les émoluments très alléchants. Mais pour un vieux routier comme Lang, le piège es trop évident. Conscient que tout refus signerait sa perte, Lang se garde bien de rejeter l'offre, et demande habilement un temps de réflexion. A 14h30, il ressort du bureau et se précipite aussitôt vers la première banque. Hélas, les banques sont déjà toutes fermés. Le soir même, il boucle ses valises et s'achète un aller simple pour Paris. Soutenu par Erich Pommer, débarqué quelques semaines avant lui, il fait un film en France (Liliom, 1934, un remake du film de Frank Borzage, 1930), avant de rejoindre l'Amérique. Le visionnaire de Métropolos, M le Maudit et Mabuse, avait parfaitement perçu dans quoi allait sombrer le cinéma allemand. Sa femme, la scénariste Thea von Harbou, complice de tous ses premiers chef d'oeuvre, ne fera pas partie du voyage. Retournée par Goebbels, celle-ci vient d'épouser la cause du IIIe Reich et collabore déjà dans le sens du vent. Entre elle et l'ami Fritz, le divorce est inévitable. Il sera prononcé avant la fin de l'année 1934.

The_Go-Between
The_Go-Between
Niveau 10
25 mars 2010 à 00:11:53

Je connaissais l'histoire mais pas dans les détails. Il a bien fait de demander un temps de réflexion effectivement :hap:

Andalouse
Andalouse
Niveau 10
14 juin 2010 à 18:02:15

7/10!

M de Fritz Lang, un film qui date de 1931, vieux ? oui. Vielli ? non. Mais y a une petite déception pour moi, j'ai trouvé que le scénario est vraiment parfois mal construit. Pourquoi laisser Hans entrer dans le batiment alors qu'il était cerné par au moins 3 hommes ? Si ce n'est pour ajouter quelques minutes au durée du film. J'ai trouvé ça agaçant et pas crédible mais je crois que c'était essentiel pour continuer dans l'histoire.
Lang a fait d'un tueur d'enfants un homme avec des sentiments, donc y a des gens qui ont été du côté de Hans et d'autres comme le peuple voulait le tuer... Je pense personnellement que tout homme qui n'est pas capable de contrôler ses pulsions mérite la mort, si c'est bien sûr son crime est comme celui de Hans, ou être enfermé seul pour le reste de sa vie dans autres cas. Dans le cas de Hans, la prison ou l'institution sert complétement à rien... A part allonger sa douleur, il est malade et sa maladie est incurable et il le sait bien. Alors pourquoi il veut pas la mort ? Je crois que la mort est sa seule option, ça va raccourcir sa souffrance et ça va calmer la rage des parents. J'ai trouvé la fin irréaliste... bien sûr que la vengeance n'apporte que peu de choses mais la douleur des parents doit être insupportable, vous voulez me dire que tuer l'homme qui a tué ton enfant ne t'aidera pas un peu, pas de soulagement ? J'en doute.
A part le script mal construit, la qualité technique est très très bonne. Peter Lorre a délivré une excellente performance mais j'avais aucune sympathie pour Hans! La photographie est excellente aussi.

leprodiss
leprodiss
Niveau 10
14 juin 2010 à 23:04:13

Tu te rends compte de ce que tu dis ? Déjà que c'était pas très intelligent sur Match Point, là c'est aussi effrayant ( non je ne parle pas du scénario, qui est bien un modèle ).

Condamner un homme à la mort tu trouves ça malin ? La solution serait peut-être de l'aider non ? Et en quoi le tuer arrangerait-il les choses ? C'est tout simplement honteux comme réaction.

The_Go-Between
The_Go-Between
Niveau 10
14 juin 2010 à 23:14:15

être pour la peine de mort c'est honteux ? Je ne partage pas l'avis d'Anda mais faut arrêter d'être si catégorique.

leprodiss
leprodiss
Niveau 10
14 juin 2010 à 23:16:31

Où ai-je dit qu'être pour la peine de mort était honteux ? On parlait bien de M le Maudit là non ?

Donc ne me fais pas dire ce que j'ai pas dit, même si en effet je trouve qu'être pour la peine de mort c'est honteux ( ma remarque peut paraître étrange, mais faut arrêter de dire n'importe quoi ).

The_Go-Between
The_Go-Between
Niveau 10
14 juin 2010 à 23:42:36

Oui on parle d'M le Maudit et le dilemme du film (enfin un des dilemmes) c'est est ce que cet mort mérite de mourir (ou doit il mourir). C'est quand même un tueur d'enfants, donc si il était jugé dans un pays avec la peine de mort il aurait des chances d'y passer.
Donc au final c'est à nous de nous faire un opinion et heureusement Lang ne se la fait pas pour nous.

Donc dire que l'opinion d'Anda sur le destin de cet homme est honteux sous prétexte que ce n'est pas la tienne je trouve ça stupide.

The_Go-Between
The_Go-Between
Niveau 10
14 juin 2010 à 23:42:54

cet homme*

leprodiss
leprodiss
Niveau 10
14 juin 2010 à 23:46:27

Elle n'est pas stupide parce que ça n'est pas la mienne, simplement parce qu'elle est...stupide, rien à dire de plus.

The_Go-Between
Posté le 14 juin 2010 à 23:42:36

" C'est quand même un tueur d'enfants, donc si il était jugé dans un pays avec la peine de mort il aurait des chances d'y passer. "

C'est un argument ça ? Enfin, tu veux dire qu'on ne peut pas en vouloir à un pays qui aurait adopté la peine de mort ?

Et tu parlais de catégoriser les choses, mais dire ( enfin ça en a tout l'air ), il meurt ou il vit en liberté, oui bon y a moins radical. On peut aussi l'enfermer par exemple, et l'aider en le soignant. Mais tuer quelqu'un...qui est-on pour décider de la vie des gens ?

leprodiss
leprodiss
Niveau 10
14 juin 2010 à 23:48:01

" Le mec tue des enfants, quel monstre. Allez, tuons-le nous aussi ". Bravo :bravo:

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