Ce film - dont le titre français me semble pour une fois bien plus fort que le titre original (The Set Up = l'arrangement / la combine) - est souvent affilié au genre "Noir" alors qu'il est finalement assez éloigné des gros poncifs du genre. Pas de femme fatale, pas d'arnaque à l'assurance, pas de meurtre initial, de mystère ni de détective cynique et désabusé. Juste un simple boxeur trompé par ses pairs et qui refuse de se coucher par fierté. Un thème assez fort qui est malgré tout lui aussi devenu un peu un cliché des histoires de gangsters.
J'ai toujours aimé le "noble art" et ce film lui rend honneur à bien des égards. Attention pourtant, il ne s'agit aucunement ici d'une boxe magnifiée ni même d'un beau combat en soi contrairement à un Rocky :
1) Stoker Thompson (le personnage joué par Robert Ryan - excellent dans le rôle) est un boxeur de seconde zone et ça se voit clairement. Quand il monte sur le ring, sa démarche est gauche et mal assurée, sa boxe est incertaine et presque vilaine à regarder. On se dit dès le départ que toute honorable qu'ait pu être sa carrière passée, il n'était de toute façon jamais destiné à un destin brillant, que tout le rêve de gloire qui porte le personnage n'est qu'une chimère. En ce sens il joue parfaitement son rôle de simple pion depuis le début de sa vie.
2) Depuis le début, on sait que le match est truqué, et par conséquent que même l'adversaire de Stoker - le "puissant" Tiger Nelson - est une fraude. Un autre minable qui ne doit son succès qu'à l'influence du caïd qui l'a pris sous son aile.
Mais justement parce qu'on le prend en pitié, on veut voir Stoker triompher dans cette histoire ; pour qu'il prouve à tout le monde qu'il existe encore et que, parfois, tout ce qui sépare les champions des perdants ne tient effectivement qu'à un unique crochet bien placé. Et ce qui le permet, c'est toute la montée en tension avant le match qui est gérée d'une main de maître. Avoir choisi un déroulé en temps réel est une idée formidable pour créer l'attente du spectateur et comme ça a été dit plus haut, on sent clairement le poids de la fatalité qui s'installe. Que ce soit le dialogue initial de Stoker avec sa compagne, ou le long moment dans le vestiaire avec ses compagnons de fortune, tout est finement préparé pour que l'ambiance d'avant match nous étouffe petit à petit. Si bien qu'on se sent libérés quand enfin le gong sonne le premier round et que les coups commencent à pleuvoir. Enfin la boxe commence et enfin saura-t'on si Stoker avait raison de croire en lui !
Ce film, c'est du coup aussi un beau film sur le temps qui passe, car il met régulièrement en scène l'opposition entre la jeunesse et le déclin (c'est évident dans le combat de Stoker et Nelson, mais aussi dans le vestiaire où les jeunes boxeurs voient heureusement leurs espoirs souvent récompensés par une victoire alors que les vieux briscards s'accrochent de plus en plus fort à leurs illusions).
Un superbe film que j'oublierai pas et que personnellement je place en haut de mon top 'films noirs" du coup, même s'il n'est pas le premier représentant auquel je pense quand j'évoque le genre.