Comme pour toute adaptation cinématographique d’un livre, la réaction des amateurs est la peur. Peur de ne pas retrouver ce qui plaît dans le livre. Peur du traitement qui va être fait de l’histoire. Peur aussi tout simplement d’être confronté à la vision de ce qui ne l’avait été ( vu ! ).
Et c’est souvent à juste titre que cette peur existe. Et ce n’est pas Arsène Lupin qui déroge à cette règle quasi-universelle. En effet, Certes le film d’action qu’il est est bon mais Lupin, ce n’est pas de l’action avant tout.
Tout le film est basé sur le face-à-face là où il aurait fallu jouer sur le chassé-croisé. Dès lors, où se trouve la finesse que l’on attendait ? Lupin nous est présenté comme un simple aventurier, certes habile, mais aventurier avant tout. Lupin, c’est avant tout le gentleman, le panache, l’humour, la verve pour arme et l’illusion pour complice. Même l’acteur n’a pas le faciès nécessaire pour illustrer le personnage de Leblanc.
Des cascades à la James Bond, des explosions en tout sens. Mais où est la discrétion de Lupin et de l’univers qui l’entoure ? Ce monde dans lequel il évolue est un monde parallèle d’énigmes et de ca(m)brioles. Ici, rien n’est fin.
Voilà le cas de la finesse et de la verve, bref de l’esprit qu’incarne Lupin ( dans les livres) brièvement réglé ; et pas pour le bien !
En ce qui concerne le scénario, encore une fois, cela manque de finesse. Certes les coups d’éclat excessivement spectaculaires de Lupin sont nombreux dans les livres, mais rarement plus d’un par livre. Or ici, on a droit à un concentré de spectaculaire qui encore une fois, alourdit le film et lui ôte grâce et finesse. Bien sûr les allusions aux autres aventures de Lupin sont les bienvenues, mais seulement si celles-ci sont assez fines et discrètes. Ainsi de la combinaison du coffre à la banque : 813 qui rappellera sans doute le livre 813. Ainsi du banquier Kesselbach qui lui aussi est issu du livre 813. Ainsi du pseudonyme de Prince Sernine ( Paul Sernine, anagramme de Arsène Lupin, l’une des nombreuses identités de Lupin, utilisée notamment dans 813.) Mais de là à placer le trésor dans L’aiguille creuse d’Etretat ! Dans La comtesse de Cagliostro ( livre d’où le scénario est tiré), si je me souviens bien ( je complèterai cette critique une fois relu, si cela en vaut encore la peine) le trésor ( qui n’est pas celui des rois de France mais celui des sept abbayes du pays de Caux) se trouve sous la pierre vers laquelle jadis courait la reine ( Ad lapidem currebat olim regina) qui est une borne en plein champ !
Dommage aussi que l’énigme qui est à la base de cette aventure ( Ad lapidem currebat olim regina) soit amenée comme venant d’un livre. En effet, de mémoire, il me semble que celle-ci se trouve en fait gravée ( avec les trois autres qui forment, à elles quatre, les grandes énigmes de Lupin) au dos du miroir que possède la Cagliostro. Cela permettait de mieux introduire ce personnage.
Enfin, tout cela dérange tout de même moins que l’absence de l’esprit que Maurice Leblanc avait insufflé à Arsène Lupin.
C’est beau ( les décors sont bien faits, les prises de vue ( notamment aériennes sur les falaises) sont très belles. Mais c’est tout.
Moins déçu que ce que je ne craignais mais malgré cela, ce n’est pas vraiment bon. Dommage… mais prévisible !