Vu. J'pensais refaire le topic mais un peu paresseux.
Je suis très partagé concernant M. Batignole. Je pense que Jugnot a voulu traiter du sujet, encore glissant à l'époque et même aujourd'hui, de la collaboration avec plus de gravité et de nuance. Mais je le trouve beaucoup trop sage dans son approche pour que le tout soit intéressant.
Se placer du côté du français moyen, dépassé par les évènements, qui demande à être tranquille, un peu antisémite mais pas trop, profiteur mais pas trop également, magouilleur mais pas trop... Pourquoi pas. Ca change un peu comparé à l'ignoble La Rafle. Encore que je trouve le personnage de Lamour un peu trop caricatural, bien que profondément pathétique (un peu, car en vrai, quand on voit quelqu'un comme Aberkane par exemple, on est pas si loin, même si ce dernier n'est pas non plus un criminel, sachons raison garder). J'aime bien justement ce traitement sans concession où aucun personnage ou presque n'attire la sympathie, pas même le petit Simon qui est moins une victime à protéger qu'une immense tête à claque, ni le premier passeur qui au fond fait plus dans le business que l'humanitaire.
Disons que c'est appréciable de voir un film de ce genre montrer une absence totale de "bon sens populaire" où personne ne prêche la bonne parole. Où chacun au fond n'est attiré que par son plaisir immédiat, ici dépeint davantage comme une opportunité que comme un geste de survie. D'ailleurs, j'adore vraiment cette scène anodine où Jugnot parle à un allemand presque en "petit N" alors que ce dernier parle un très bon français. Justement car c'est anodin et que ça reflète à la perfection toute la nuance du vieux con qu'il est.
Seulement, Jugnot ne va pas au bout du propos. Il aurait pu au choix le dépasser en faisant un film purement nihiliste où, au fond, la seconde guerre mondiale dépeint moins une période que l'humanité dans son ensemble. Mais aussi en faire un film nuancé jusqu'au bout. Le coup de Batignole qui se fait passer pour le père de Simon au commissariat à la fin, c'était de trop. Tout comme dire à Simon que c'est lui qui l'a sauvé... C'est trop. C'est lourd. Ca aurait été mieux au contraire de le dépeindre jusqu'au bout comme quelqu'un de dépassé par les évènements, afin de définitivement brouiller les pistes. Qu'on se dise pas à la fin "c'est un héros, il a sauvé, il s'est sauvé" mais qu'on se demande bien si, par cet acte qui ne reflète rien de lui, il mériterait toujours d'être condamné pour collaboration ou non, sans y répondre. Que, comme il le dit, ce soit un pur hasard.
Je pense que cela est du à deux facteurs. Déjà, sans doute que Jugnot a manqué de cran. Mais aussi que, sans être forcément un tacheron, il n'a pas été très ambitieux derrière la caméra. Le troisième acte déjà est ultra précipité. Il se passe trop de choses en trop peu de temps. Ca aurait bien justement que le temps à la ferme, sur l'aspect "détente", dure. Je pense aussi que le passage au commissariat n'était pas nécessaire, nonobstant le discours moraliste. Au contraire, j'aurai aimé plutôt voir la dernière marche en Suisse où il y a une tension mais où il ne se passe rien. Où le moindre bruit de vent, le moindre véhicule, soulève un doute. Où les craintes de chacun pèsent sur les nerfs, ce qu'on voit un peu plus dans le trajet en train.
Puis oui, y'a aussi une légère lourdeur dans la réalisation qui me déplait un peu. Genre le bruit de tonnerre quand ça parle de guerre... Insupportable. De façon générale, le film manque comme j'ai dit de subtilité. Ca aurait été bien d'avoir moins de péripéties pour, justement, plus de quotidien et d'anodin. Et d'avoir moins d'évènement pour plus de climat... Pourtant le paradoxe, c'est que le film se termine pas tout à fait sur une course poursuite jusqu'à la frontière par exemple. Non, ça marche, et c'est tout. Et en vrai... Ben limite c'est plus crédible.
C'est dommage car l'humour dans ce film est au contraire peu appuyé (sauf exception, comme quand Edmond raconte son expérience de la guerre comme cuistot pour dire aux enfants juifs qu'ils connaissent pas leur bonheur... J'aurai pas mis de silence, et Rouve abuse du fameux "Excellent titre"). Ce qui rend beaucoup de scènes comiques, si ce n'est drôles, au moins amusantes. C'est d'ailleurs quelque chose que j'ai beaucoup aimé en regardant le film. Je choisis ce qui me fait rire. Et par exemple, j'adore le passage lors de la réception dans l'appartement de Jugnot avec la SS, lorsqu'il parle à son frère et que les deux se chamaillent sur le prix des marchandises que l'un achète à l'autre.
Bref, un film sympatoche qui, à défaut de manquer de recherche de reconnaissance (ça se voit un peu aussi), manque d'hardiesse.