Rohmer qui fait un film d'espionnage, ça donne envie!
Le résultat est sympa, on a encore une fois beaucoup de dialogues bien ficelés à l'intérieur de ce couple vivant dans cette époque de troubles. Comme on ne voit l'action que par les yeux de la femme, on a du mal à saisir ce qui se passe, on est perdu devant l'étendue des complots qui parcourent cette époque pré-Seconde Guerre mondiale.
Ce qui est intéressant, c'est que toutes les mouvances politiques sont traitées équitablement. Jamais Rohmer ne fait de manichéisme, les soviétiques valent bien les tsaristes qui valent bien les fascistes.
Du coup, on ne sait plus à qui se fier, on ne sait pas si le mari dit la vérité à sa femme, on ne sait pas si il vaut mieux être blanc que rouge ou l'inverse, lequel est le moins mauvais. D'ailleurs, on a des scènes de dialogues assez fantastiques entre le mari espion pour les blancs et un voisin sympathisant bolchévique, tant sur la question de la politique étrangère que sur la peinture, avec un questionnement sur la modernité dans l'art, où Rohmer admet son penchant réac tout en laissant le dialogue ouvert.
Le contexte est servi par de très belles images d'archives qui permettent une immersion dans l'époque, et aussi de rares scènes d'extérieur dans un Paris un peu remanié pour l'occasion, sachant que la majorité de l'action se passe dans des lieux clos.
Au delà du portrait des tensions géopolitiques de l'époque, on a quand même toute une réflexion sur le couple en temps de crise. Les deux acteurs sont très crédibles et comme d'habitude chez Rohmer, même si le jeu n'est pas naturel avec ces dialogues, leur amour existe.
Le point noir, c'est la fin un peu abrupte qui vient briser le rythme du film, très lent et posé, où chaque décision est analysée par l’œil expert de l'espion puis débattue dans le couple.
Bref, Rohmer qui fait un film d'espionnage, ça fait un film qui traite toutes les problématiques qui peuvent surgir d'une telle situation, en se basant sur des personnages bavards et épais.