Steven Spielberg n'est jamais aussi doué que lorsqu'il se lance dans des projets plus personnels que ce qu'il a l'habitude de faire. Longtemps, certaines accusations le visant, le qualifiait de cinéaste commercial trimballant avec lui le lourd fardeau des poncifs d'un cinéma consensuel et aseptisé, gavé de naïveté à défaut de disposer d'un semblant de subtilité. En effet, avec des productions tels qu'Amistad, la série Jurassic Park, E.T, et même La Liste de Schindler dans une moindre mesure (je ne vais pas m'attarder la-dessus, mais j'ai une idée très précise sur ce film), Spielberg ne faisait que confirmer cette image de business man de l'image appliquant ses indémodables formules à succès, comme si l'Art ne se résumait qu'à un problème mathématique.
Pourtant, l'homme ne manque pas de talent, en témoigne quelques oeuvres plus intimes malgré leur budget faramineux et leur tournure spectaculaire. On pense à Munich ou Minority Report, qui se démarquaient par à une approche plus sombre, plus moite et viscérale du récit, afin de mieux laisser de côté les rusticités sophistiquées habituelles au réalisateur américain. Sans aucun doute, La Guerre des Mondes s'inscrit dans ce cinéma là.
L'invasion des Extra-terrestres, souvent filmée comme un film de propagande pour l'armée américaine dans la majorité des films du genre, est remise au goût du jour. Ce n'est pas le comportement héroïque de tel ou tel personnage qui sera récompensé, mais la sagesse de celui qui saura resté prudent. Ici, fuir demeure le maître mot, ce qui souligne une approche réaliste de la fiction. Ce réalisme s'assied sur un choix artistique logique. Un grain volumineux, des couleurs froides, une image peu saturée; le but étant de rapprocher le plus possible la fiction de la vérité, afin d'amplifier la psychose que cette menace extra-terrestre provoque. Bien sûr, ce choix esthétique n'empêche en aucun cas de rendre la mise en scène de Spielberg spectaculaire. Au contraire, ce dernier se livre à coeur-joie pour donner des séquences complétement folles (la première apparition des E.T, un plan-séquence monstrueux sur une autoroute, une partie de cache-cache qui met sur les nerfs) et le contraste avec les effets spéciaux fonctionne à merveille.
La Guerre des Mondes livre un portrait consciencieux de l'être humain et sa nature. Dans ce monde chaotique, où la règle du chacun pour soi s'impose d'elle-même, la nature humaine est représentée sous toutes ses formes, aussi ingrates celles-ci puissent-elles être. Les gens s'entraident, puis se poignardent dans le dos, ils s'aiment puis se détestent. A l'instar de The Mist de Darabont, ce film montre une fois de plus que le pire ennemi de l'humain, ça restera lui-même. L'homme est un loup pour l'homme comme dirait l'autre. Cette description pessimiste de l'être humain fait rentrer La Guerre des Mondes dans cette catégorie des films plus noirs, mais tellement meilleurs de Steven Spielberg. D'autant plus que la fin se termine sur une excellente idée néanmoins légèrement gâchée par un discours un peu trop prêcheur à mon goût.
Dans les seuls défauts du film, en dehors de celui cité précédemment, on regrettera l'éternelle thématique de la famille à laquelle Spielberg accorde tant d'importance, non pas qu'elle soit pompeuse, car pour une fois il fait preuve de maturité dans le traitement de celle-ci, mais elle vient gâcher la fin... Je n'en dirais pas plus de peur de spoiler.
Un chef-d'oeuvre.
9/10