La Guerre des Mondes de Steven Spielberg (3ème vision)
Dès le départ, on sent qu'on est loin du blockbuster / film catastrophe de base. La famille montrée n'est en effet pas la famille parfaite à l'américaine, et surtout Tom Cruise est loin de la figure du chef de famille, héros sauveur de l'Amérique.
Le début du film est une tension extrème, Spielberg est un virtuose de la caméra, la mise en scène est ludique mais épurée (on est à des années lumières de l'overdose à la Roland Emmerich) , la caméra portée à l'épaule ou au ras du sol met le spectateur au plus près de l'action et des protagonistes.
Ce film de SF spectaculaire se transforme dans la deuxième partie en un intense thriller clostrophobe et Spielberg va une fois de plus démontrer qu'il manie la caméra comme personne. Et la photo, magnifique, donne durant tout le film un ton crépusculaire et apocalyptique à l'image.
On peut voir dans ce film catastrophe très codé (rendant hommage notamment au film de 1954) une parabole post 09/11 (un ennemi qui vient de l'intérieur, l'incapacité à l'identifier (terroristes ? soviétiques ?) et surtout à y faire face : de l'aveu même d'un personnage, l'armée américaine se fait écraser en moins de deux jours).
Mais plus qu'un récit symbolique sur la situation de la société américaine actuelle, le film montre selon moi un des drames de tous les conflits du XXème siècle : l'occupation (de l'Algérie évoquée en début de film à la campagne du milieu du film que l'on croirait normande...), et ses conséquences : l'exode de milliers de familles, et ce qu'elles doivent subir (la scène de prise d'assaut de la voiture par les autres survivants est terrifiante de vérité). Le film montre aussi l'impossibilité de toute forme d'occupation à être permanente, d'où le happy end final (la mort inéluctable des E.T.), que certains spectateurs ont attaqué, incapables qu'ils semblent être de surmonter le principe idiot selon lequel un happy end est forcement nul. Ce happy-end pourrait se justifier ne serait-ce que pour compenser la noirceur du reste du film.
Probablement le meilleur Spielberg. En tout cas mon préféré.
9/10