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Dead Presidents

Predtor
Predtor
Niveau 10
27 novembre 2003 à 14:09:34

En 1968, dans le Nord du Bronx ( quartier noir de la ville de New York), le jeune Anthony Curtis, fasciné par un gangster dénommé Kirby, a décidé de ne pas suivre les traces de son frère et de retarder son entrée à l’université pour s’engager dans les « US Marines ». Il a l’assentiment de son père, lui-même ancien combattant de la guerre de Corée. Peu avant son départ pour le Viêt-Nam, Juanita ( surnommée « sleeping beauty » par sa propre sœur Delilah, intellectuelle travailleuse) se donne à lui, à la faveur d’une « party » de fin d’année scolaire. La mère des deux jeunes filles rentre plutôt que prévu de son travail de nuit et il doit s’enfuir en courant avec adresse à travers les petits jardins des maisons voisines… tout comme il fera dans peu de temps à travers la jungle cauchemardesque du « Nam ». Il y participe à des missions « Search & Destroy » au cours desquelles il est témoin d’actes de barbarie.
À son retour 4 ans plus tard, il découvre qu’il est père de famille et que Juanita est entretenue par un proxénète amoureux d’elle et dangereux. Il trouve un travail mal payé - qu’il perd bientôt. Désespéré, il accepte de participer à l’attaque d’un fourgon blindé organisé par Kirby, dont les affaires vont mal. Delilah, amoureuse malheureuse d’Anthony et proche des « Black Panthers », y participe. D’autres anciens du « battlefield »et/ ou compagnons du « Black Ghetto » minés par la drogue et la pauvreté, sont également recrutés. Ils se retrouvent à l’aube, camouflés, armés et prêts à faire feu sur les transporteurs de fonds…

Deux ans après Menace II Society ( 1993) et 4 ans avant le surprenant American Pimp ( 1999), les frères Albert et Allen Hughes produisent, écrivent et co-réalisent ce Dead Presidents [génération sacrifiée]. N’auraient-ils réalisé que celui-ci, leur nom était assuré de passer à la postérité. Dead Presidents mélange magistralement les genres : film policier, film de guerre, film d’horreur, drame psychologique, réalisme social. La totalité de la vie et la mise en relation des éléments de cette totalité sont unifiées de main de maître.

Pour une fois, le slogan publicitaire français semble plus approprié que l’original américain. La guerre a détruit leurs rêves, ils n’ont plus rien à perdre rend en effet mieux compte du propos des auteurs que In a daring armed robbery, they’ll risk everything for the ultimate score. [littéralement : « Pendant un audacieux vol à main armée, ils risqueront le tout pour le tout pour marquer le point final. »] Car les Hughes visent plus qu’à reconstituer les tenants et aboutissants d’une sanglante attaque de transport de fonds. Ils sont ici bien plus ambitieux.

Le film commence en 1968 et dépeint la fin de l’adolescence des héros, l’expérience de la guerre, la perte de leurs illusions, l’évolution concomitante de la société civile américaine qu’ils découvrent en revenant, puis seulement alors le « robbery » tant vanté par le slogan américain.

Pourquoi ce titre original Dead Presidents dont l’adaptation française explicite le « simplement-suggéré » ? Parce que le générique nous montre des dollars brûler et que sur ces dollars sont représentés des visages de Présidents américains d’une part et est inscrite la devise In God we trust d’autre part. C’est une métaphore stylistique, évidemment annonciatrice de l’explosion du fourgon blindé et de l’incendie des billets qu’il provoque mais aussi, et plus profondément sans doute, annonciatrice de l’évolution collective et individuelle de la minorité noire américaine de l’époque dépeinte.

En effet, Anthony, né dans une famille parfaitement « intégrée » quoique modeste, est attiré par le « feu » de la violence et de la destruction : il admire Kirby pour son humanité mais cet aspect négatif le fascine/répugne totu autant. Il s’engage dans les Marines et risque cette fois physiquement d’être brûlé. Mais c’est psychiquement qu’il le sera à son retour : non seulement parce que les menaces de mort ne cessent pas ( le proxénète, personnage étonnant de violence et de lucidité, prémonitoire des « vrais » interviewés d’American Pimp) mais aussi en raison de son appartenance à une communauté qu’il croyait retrouver « en paix » mais qui est à son tour « en guerre » ( quasi-civile), brûlante d’un désir révolutionnaire destructeur. Kirby lui-même, apolitique mais acculé financièrement, vieilli, suit cet itinéraire de consumation totale, de brûlure définitive d’énergie. C’est bien parce qu’il a risqué d’être « honorablement » brûlé par les explosions du Viêt-Nam, en défendant la politique décidée par son Président, qu’Anthony, finalement, est amené à retrouver l’effigie de ce même Président sur les billets de banque.. en feu. Mais aussi, nous disent clairement les Hughes, parce qu’il aimait le feu : sa pulsion auto-destructrice est en effet constante et dénoncée comme telle par le récit. Anthony existait tant qu’il y résistait ( son engagement militaire est explicitement présenté comme une démarche contre-phobique par les scénaristes ; il préfère d’abord la « passive et paisible» Juanita à sa « combative » sœur Delilah, dont il accepte l’amour une fois seulement qu’il a décidé de céder à son désir de mort). La métaphore poétique du feu est filée d’un bout à l’autre du récit, sans répit et le générique est bien emblématique du film.

L’objectivité absolue de la mise en scène est impressionnante : on n’est pas près d’oublier cet admirable fondu qui voit Anthony passer d’un univers à l’autre en une fraction de seconde dans un mouvement coulé ( le monteur Dan Lebental contribuera aussi au montage d’American Pimp). Portrait d’une communauté déchirée entre ses intérêts propres et son désir d’intégration, portrait d’individus fragiles et oscillants sans cesse entre principe de plaisir et principe de réalité : le film retrouve comme en se jouant la tradition des maîtres classiques du cinéma américains des années 50. On se trouve devant une version noire ( dans tous les sens du terme) et bien plus « explicite » de The Best Years of our Lives [Les plus belles années de notre vie] USA 1946 de William Wyler.

La direction d’acteur et l’interprétation méritent une attention particulière : les frères Hughes se payent le luxe de placer une vedette connue dans un rôle bref, à la fin du film ( Martin Sheen en juge inflexible, sorte de « surmoi » matérialisé, est étonnant), à faire tenir à Seymour Cassel ( découvert par Don Siegel dans The Killers [À bout portant] USA 1964 et qui n’avait cessé de surprendre chez John Cassavetes dans Murder of a Chinese Bookie [Meurtre d’un bookmaker chinois/Le bal des vauriens] USA 1976 ou James B. Harris dans Boiling Point [Extrême limite] USA 1993) le rôle effacé d’un modeste boucher promis à la ruine ( il est le seul « blanc » positif du film) et à parier sur d’admirables acteurs noirs pour les rôles vedettes. On n’est pas près d’oublier Keith David qui compose un Kirby complexe et constamment sur le qui-vive, Rosa Jackson et N’Busche Wright ( rôles de Juanita et Delilah – cette seconde tente effectivement le héros vers le mal, tout comme la Dalila de la Bible) qui contribuent, chacune à sa façon et l’une après l’autre, à la perte d’Anthony. Larenz Tate a la fragilité d’un Sal Mineo et la sincérité violente de « l’actor’s studio » fondé par Lee Strasberg, les autres acteurs ( de premier comme de second plan) sont tous bons. La partie consacrée au Viêt-Nam est hallucinante à plus d’un titre ( elle est unilatérale et les seuls Viêt-Congs que l’on voit sont des morts) et rappelle les meilleures inspirations ( voir notre critique de The Exterminator [Le droit de tuer] USA 1980 de James Glickenhaus et sa filmographie sélective consacrée à cette guerre) pouvant déboucher sur le fantastique et la terreur : régression au fétichisme, nécrosadisme, folie. L’attaque du fourgon ( dont le pré générique amorce le début et dont la suite ne nous est offerte que plus d’une heure et demi plus tard) est, elle aussi, impressionnante. Ce sont bien sûr les deux morceaux de bravoure du film. Mais isolés, ils ne signifient rien. Ce sont des éléments renforçant la structure d’ensemble et renforçant sa pertinence.

On aimerait savoir si le scénario développé par Michael Henry Brown d’après une histoire des Hughes repose sur un fait réel. On le pressent et la dénomination de la production ( « Underworld Entertainment » ! ) renvoie avec un clin d’œil appuyé à cette mine d’histoires vécues que l’on recueille comme des légendes. Il y a une telle tonalité dans l’esprit des frères Hughes. Indéniablement, Dead Presidents nous rapporte, à la manière dont le faisaient les écrivains latins de l’époque impériale comme Valère-Maxime, Aulu-Gelle ou Quinte-Curce, des Faits et dits mémorables. Mémorables par leur violence et leur vérité. L’esthétique brillante du film a consisté à rendre synonymes ces deux termes.

c un tres bon film ; ) tout comme menace II society

si vous l´avez pas vu c a voir je me suis acheter cette semaine ya des années que je l´avais pas vu pour 15 $ je regret vraiment pas mon achat

POWERJPD
POWERJPD
Niveau 10
27 novembre 2003 à 15:56:31

Ca l´air bon mais sa me dit tellement rien jamais entendu parler

Rev3ngZ
Rev3ngZ
Niveau 9
27 novembre 2003 à 20:34:24

Vu, je confirme que c´est très bon.
A 10 euros en plus...

Predtor
Predtor
Niveau 10
27 novembre 2003 à 21:21:49

on dirais que ya po beaucoup de monde qui la vu ste film la

Rev3ngZ
Rev3ngZ
Niveau 9
27 novembre 2003 à 21:28:50

Le film est vraiment pas connu donc bon...

Génération sacrifiée en français pour les intéressés. Ayez confiance ! :)

Predtor
Predtor
Niveau 10
27 novembre 2003 à 21:31:44

bon pour les quebecois c LES BILLETS VERTS c une critique francaise sa aussi non les hughes c que du bon a part from hell la qui ma beaucoup decu j´ai adorer ce qu´ils on fait

Predtor
Predtor
Niveau 10
28 novembre 2003 à 12:41:12

yen n´a qui se dise connaiseur de bon film et connais pas ce film la :honte:

POWERJPD
POWERJPD
Niveau 10
28 novembre 2003 à 17:35:24

billet verty sa sa me dit de quoi

Fastsnake_fever
Fastsnake_fever
Niveau 8
17 juillet 2010 à 00:29:32

Je me permets de relancer ce vieux sujet qui vole pas très haut (sauf la critique, qui n'a pas l'air d'être de lui... nous l'excuserons, car 7 ans plus tard, il y a prescription).

Ce film est réellement une bombe de mon avis, et touche également à un aspect de la société américaine (la communauté afro-américaine et ses galères) sans pour autant être centré exclusivement dessus (à la Menace II Society, et comme tous les hood movies).
On est que deux à l'avoir vu sur le site, et on a tous les deux mis 9. C'est plutôt bon signe, surtout venant de quelqu'un dont vous partagez tous les goûts, à savoir moi, a.k.a serpent rapide :cool:

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