Punishment Park (Peter Watkins)
Un film d'une force et d'une puissance peu communes, qui invitent n'importe quel spectateur à réagir et s'indigner, à lever les poings et à se rebeller. Les séquences au « tribunal », admirablement construites et dialoguées, sont particulièrement poignantes, notre frustration augmentant face à tant d'injustice. Le face à face entre une jeune chanteuse et une jurée qui représente l'Amérique puritaine et conservatrice des années 60, particulièrement réaliste, brasse énormément de thèmes en quelques minutes : la rupture entre les parents et les enfants, le basculement de la société dans une nouvelle ère avec la bourgeoisie conservatrice voulant rester éternellement attaché à des modèles dépassés et éprouvés ou la jalousie de cette même classe aisée face à la beauté naturelle, pure et provocatrice de cette jeunesse. Le montage parallèle met en valeur de manière appropriée les scènes de l'éprouvante traversée du désert, ou éprouvées subie par le groupe jugée précédemment, et le spectateur comprend rapidement qu'il n'y aura pas d'échappatoire pour ces personnages. La mise en scène visionnaire et impressionnante de Watkins n'est pas loin de transcender le tout, avec de nombreux regards caméra qui contribuent à renforcer l'authenticité apparente des faits relatés. En prenant en contre pied les codes du cinéma classique, Watkins dénonce subtilement la formatage et la propagande qui y est souvent masquée par l'efficacité de la forme adoptée par l'usine à rêves. La cible principale du cinéaste est donc, outre le gouvernement et la politique impérialiste de Richard Nixon, l'hypocrisie et le mensonge des médias de masse et leur influence sur l'américain moyen. C'est d'ailleurs là le principal défaut du film : en voulant absolument inviter son spectateur à prendre un point de vue, Watkins oublie de nuancer son propos et laisse son oeuvre tomber dans le manichéisme. Paradoxalement, en voulant dénoncer la propagande, il réalise en retour un film de propagande, un sorte de négatif des longs-métrages réactionnaires et nationalistes comme Les Bérets verts de John Wayne. Malgré cette aspect didactique et parfois maladroit, Punishment Park n'en demeure pas moins une oeuvre d'une puissance et d'une importance considérables, un témoignage particulièrement précieux et salutaire.