En tant qu'adorateur de Charles Chaplin, il était tout de même temps que je découvre Le Dictateur un beau jour. Je ne sais pas si c'était le fait de voir un Chaplin parlant qui m'effrayait un peu mais en tout cas qu'est-ce que j'ai pu tarder à le voir. Bref je suis venu, j'ai vu et je suis légèrement déçu (mais légèrement seulement hein). Il faut dire que j'ai mis un peu de temps avant de rentrer dans le film. Je trouvais que les gags visuels du début fonctionnaient moins bien avec l'utilisation du son et des paroles qui étaient plus superflus qu'autre chose. Par contre il y a quand même des scènes bien inventives et drôles, j'ai beaucoup aimé celle de l'avion notamment. Mais j'ai moins accroché à l'humour dialogué et en ça j'ai trouvé que le premier discours de Hynkel traînait un peu en longueur. On voit où Chaplin veut en venir mais la longueur de la scène rend l'humour assez répétitif, ce qui est gênant. Mais on peut quand même noter une vraie audace de la part de Chaplin qui a démarré la création de son film avant le gros des hostilités avec une production américaine donc neutre à l'époque. Je n'ose imaginer toutes les pressions qu'il a pu subir mais en tout cas ce calque de la situation allemande de l'époque est assez jouissif. Alors forcément Chaplin grossit bien le trait avec un simili-Hitler idiot, ce qui ne rend pas la critique très subtile, mais ça n'en reste pas moins intelligent. Le fait de rendre le personnage principal amnésique ne fait qu'accentuer le ridicule et l'horreur de cette dictature galvanisée par la haine. Le fait que le protagoniste n'ait pas vu et ressenti la montée en puissance de cette haine le rend naïf, pur et c'est ce qui le rend attachant en fin de compte. Car c'est un personnage qui a toujours vécu avec un esprit de liberté malgré la guerre mais qui se verra privée de celle-ci quand il retrouvera sa vie d'antan.
Le film a une très grande portée politique, tout comme Modern Times avait une grande portée sociale. Chaplin est un cinéaste humaniste et engagé. Plus qu'une simple dénonciation du fascisme, il agit en tant que défenseur de la liberté et de la démocratie. De la liberté de penser, de rire, de travailler, d'aimer. Ce qui épanouit l'être humain en fin de compte et ce que la dictature d'Hynkel tend à détruire ici. Le Dictateur n'est pas qu'un film comique avec un fond de dénonciation. Au contraire, il a une réelle épaisseur qui est encore aujourd'hui très intéressante à analyser. A la fois pour son message situé dans son contexte historique mais aussi par la manière avec laquelle Chaplin délivre ce message. Puis d'un point de vue cinématographique ça reste de toute beauté. La photographie est bien léchée, la mise en scène ingénieuse même si certains gags tombaient un peu à plat pour ma part ( la scène de l'obus notamment). Mais tu as des séquences de toute beauté comme celle où le barbier réfugié sur un toit voit la maison brûler et bien sûr comme ce discours de fin où Chaplin délaisse tout ressort comique l'espace d'une scène pour délivrer un message de paix et d'espoir. Vraiment touchant pour ma part, c'est une conclusion merveilleuse. Mais après comme je l'ai dit j'étais un peu moins fan de l'humour du film malgré quelques séquences géniales basées sur l’ego surdimensionné du personnage d'Hynkel dans le palais (le globe, la préparation de la réception du simili-Mussolini). Un film pas toujours très fin mais qui touche grâce à ses instants poétiques et à son message humaniste qui a su conserver sa force à travers les âges.