" Après avoir produit plusieurs longs métrages japonais, les grands studios américains se lancent dans le remake de films nippons. Une nouvelle illustration du phénomène de mondialisation qui touche le 7e Art.
Depuis quelques années déjà, les cinéastes japonais bénéficient d’une cote de popularité élevée chez les critiques et les spectateurs occidentaux. Kitano Takeshi, Nakata Hideo pour ne citer que ceux-là figurent parmi les réalisateurs les plus prisés. Reconnus et récompensés dans les principaux festivals de cinéma de la planète ( Venise, Cannes, Rotterdam, etc.), ils n’avaient pas jusqu’à présent rencontré le même enthousiasme dans leur pays où le public préférait les productions hollywoodiennes. Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Pour 61 % des personnes interrogées par le mensuel “Nikkei Entertainment”, le cinéma japonais est devenu bien plus intéressant ces dernières années. Le temps des nanars en série n’est peut-être pas tout à fait révolu, mais de toute évidence, les Japonais sont sensibles à l’originalité et à la fraîcheur de la nouvelle génération parmi laquelle figurent Kurosawa Kiyoshi ou encore Sabu.
Produire des longs métrages japonais
Devant l’enthousiasme rencontré à l’étranger par ces nouveaux talents et l’intérêt manifeste du public pour leurs œuvres, les grands studios occidentaux ont décidé de les produire ou de les distribuer. Buena Vista International, filiale de Disney, s’est chargé de la distribution du “Voyage de Chihiro” tandis que Warner Bros, 20th Century Fox et Sony Pictures ont décidé de financer respectivement “Tenshi no yaiba” ( La dent des anges) de Kanbara Hiroshi, “Out” d’Hirayama Hideyuki et “Umi wa miteita” ( La mer regardait) de Kumai Kei sur un scénario de feu Kurosawa Akira. “Nous souhaitons faire du Japon un centre de production cinématographique”, expliquait, en avril dernier, Idei Nobuyuki, le patron de Sony, propriétaire depuis 1989 des studios Columbia tandis que Furuzawa Toshio, chargé des relations avec la presse à la 20th Century Fox, rappelait que le studio américain “n’entendait plus seulement distribuer ses films au Japon mais il voulait aussi participer à la production de longs métrages locaux à partir du moment où les scénarios étaient de qualité”. Pour sa part, Warner Bros a créé avec la chaîne de télévision Nippon TV et le fabricant d’électronique Toshiba une société de production, Towâni, dont “Tenshi no yaiba” est la seconde opération. Elle produit également le prochain Kurosawa Kiyoshi, “Doppel Gänger” qui sortira pendant l’été 2003 au Japon, avec Yakusho Kôji.
Après avoir financé des films réalisés par des metteurs en scène japonais, les studios hollywoodiens se lancent désormais dans la reprise de scénarios déjà adaptés. C’est le cas notamment de “Kairo” de Kurosawa Kiyoshi dont le remake devrait être dirigé par Wes Craven, le spécialiste du film d’horreur ( “Scream”) ou encore de “Ring” dont Gore Verbinski, à qui l’on doit “Le Mexicain” ( 2001), a assuré la direction ( Le Cercle, 2002). Deux autres films de Nakata Hideo connaîtront le même sort. Même si certains spécialistes considèrent ces reprises comme l’illustration des difficultés des films japonais à s’exporter, la plupart des observateurs estiment que l’intérêt d’Hollywood pour le cinéma nippon marque au contraire son extrême richesse. Pour preuve, le projet de remake d’”Akira” d’ômoto Katsuhiro qui a constitué un tournant dans l’histoire de l’animation et qui a rencontré un succès non négligeable en Europe et aux Etats-Unis lors de sa sortie en 1988. Et pour poursuivre dans la veine de la science-fiction, le long métrage de Tsukamoto Shinya, “Tetsuo” ( 1988), devrait connaître un sort identique.
Rapprochement entre l’Occident et le Japon
Rien d’étonnant à ce que les studios américains et européens finissent par s’approprier les œuvres venues du pays du Soleil levant quand on connaît la véritable histoire d’amour qui existe entre les cinéastes occidentaux et leurs homologues nippons. Inutile de rappeler la longue admiration de Wim Wenders pour Ozu Yasujirô que partage également le Finlandais Aki Kaurismäki. Sans la passion de Francis Ford Coppola et George Lucas pour son œuvre, Kurosawa Akira n’aurait jamais pu réaliser “Kagemusha” ( 1980) qui obtint la palme d’or à Cannes l’année de sa sortie. Steven Spielberg, qui a également soutenu Kurosawa pour son film “Rêves” ( Yume, 1990), apprécie le travail du maître japonais au point de réfléchir à une nouvelle adaptation de “Vivre” ( Ikiru, 1952) réalisée par Dreamworks, sa maison de production, à qui l’on doit déjà le remake de “Ring”. Ce rapprochement cinématographique entre l’Occident ( les Etats-Unis en particulier) et le Japon n’est en fait que l’illustration d’un vaste mouvement de globalisation qui touche l’ensemble de la planète. Certes Hollywood continuera à chercher à dominer le marché mondial, mais les producteurs américains savent très bien que leurs “machines à rêves” ont désormais besoin de s’appuyer sur de nouveaux talents originaires des quatre coins du monde. Car ces derniers sont les seuls capables d’apporter une sensibilité, une fraîcheur dont le cinéma a besoin. Il n’est donc pas étonnant de rencontrer derrière les caméras hollywoodiennes des hommes et des femmes dont les noms ont des sonorités indiennes, chinoises, coréennes ou japonaises.
Claude Leblanc*
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petit bonus :
http://www.courrierinternational.com/interview/avec/Lando.htm
c´est toujours intéressant, même si ca n´est pas le sujet du topic.