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Hommage à Kinji Fukasaku !

gippl
gippl
Niveau 9
23 mars 2003 à 17:56:06

C´est ce qu´à fait le magazine Otaku, un bel hommage à un réalisateur qu´on ne cite même plus !

"Un évènement tragique vient de secouer toute l´industrie du cinéma asiatique. Un monstre sacré, un réalisateur culte, un grand homme vient de rejoindre les sphères de la tranquillité. L´un des plus grands penseurs du Japon vient de rendre l´âme. C´est en ce maudit 12 janvier 2003 que le génial Kinji Fukasaku s´est éteint d´un cancer de la prostate. Il avait 72 ans.
Chers lecteurs, je vous demanderai une minute de silence.
Maintenant que vous avez démontré votre respect envers ce grand homme, je vous incite à lire ces deux pages qui n´ont rien d´un quelconque voyeurisme. Considérez ces lignes comme un modeste hommage d´une rédaction en deuil à un homme que seul le mot "démesure" pourrait éventuellement qualifier.

Un monstre sacré
Après plusieurs années de lutte contre une terrible maladie, l´un des derniers grands réalisateurs de cinéma japonais ( dans la veine de Akira Kurosawa) a fini par abdiquer. Ce sera la première et la dernière fois. Jamais ô grand jamais, Fukasaku n´a reculé devant une épreuve, jamais il n´a manqué de courage. Il a toujours fait preuve d´une étonnante vitalité, d´une redoutable efficacité, d´un incroyable "tonus" pour son âge. Il n´a jamais prêté attention à d´autres avis que le sien. Il a toujours refusé de voir les réalités en face. Et vous savez ce qu´on dit, plus on vieillit, plus on devient têtu. Or, il y a quelques mois, son docteur lui avait fortement déconseillé de s´embarquer sur un tournage aussi éprouvant que celui de Battle Royale 2, le prévenant que, s´il n´en faisait qu´à sa tête, il en mourrait probablement. Le médecin avait raison, Fukasaku avait tort, mais n´y a-t-il pas plus belle preuve d´amour envers l´art que d´accepter de lui offrir son existence ? A n´en pas douter et même s´il a dû horriblement souffrir, Kinji Fukasaku est décédé dans la joie. L´adrénaline de son tournage lui a sans doute fait croire qu´il était au-dessus des lois naturelles. Grisé par son art, par son propos comme un enfant devant son hochet, Fukasaku n´a jamais arrêté de travailler, de produire, de donner sa vision du cinéma, de dénoncer la société dans son ensemble, de lever le voile sur les vices, les perversités et les plus grandes déchéances de l´être humain. Toute sa vie, il a voulu aller à contre-courant d´un pays qui prône le pouvoir, la richesse, l´ambition. Toute sa vie, il a tenté de démontrer que le manichéisme n´est qu´une pure spéculation humaine, que l´homme est fondamentalement mauvais. Tous ses personnages quels qu´ils soient sont des caricatures fort justes du genre humain. Au fond, Fukasaku était peut-être l´un des plus grands philosophes de notre époque, probablement le plus impressionnant de tous les critiques. Un homme qui n´avait pas honte de ses idées, un homme dur mais incroyablement juste. Fukasaku était un leader de la pensée humaine, un génie qui s´oubliait volontairement. Un incroyable créateur de talent, un artiste de la plus belle espèce. Sa carrière tout entière en témoigne: nous pouvons aujourd´hui pleurer l´un des plus importants penseurs de notre siècle, l´un des plus méconnus dans nos sphères occidentales. Jamais l´adage "la vérité blesse" n´a été plus vrai qu´avec ce réalisateur hors du commun. Chacun de ses films suscitait la polémique, chacune de ses oeuvres avait pour objet de montrer ce qui dérange, ce que l´on tente d´oublier. Pathétiques nous le sommes, Fukasaku l´avait compris et souhaitait montrer, qui du misérable, serait prêt à enfin se regarder en face et déceler la pourriture qui est en lui. Fukasaku gênait. Fukasaku était atypique. Si l´ensemble de son oeuvre prouve qu´il avait compris ce que pouvait être un "cimetière de la morale", il n´en a pas moins choqué les esprits trop faibles pour accepter la remise en question, puiser dans ce qui plonge au plus profond de notre âme. Paradoxalement, Kinji Fukasaku est l´un des réalisateurs japonais les plus populaires et dont tous les films ont eu un succès similaire. A croire que le bâton, même s´il n´est pas appréciable, est tout de même estimé à sa juste valeur...

Une carrière flamboyante
Ce réalisateur hors pair est né entre les deux grandes guerres, en 1930 pour être exact. Son enfance reste un sujet assez mystérieux en revanche. On sait juste que c´est une mauvaise graine. Il préfère faire l´école buissonnière et traîner dans le milieu des yakusas plutôt que d´aller s´instruire à l´école. C´était l´après-guerre et il avait quinze ans. A force de les fréquenter, il finira par devenir une sorte de "mascotte", statut qui lui permit d´être apprécié et qui surtout lui donnera la possibilité d´apprendre le code de vie des yakusas... à qui il rendra hommage dans nombre de ses films. Il reconnaîtra un jour que la rue est la meilleure école, qui dispense le meilleur enseignement qui soit: apprendre à réfléchir. Il entre dans l´industrie du cinéma en 1961. Si le début de sa carrière n´est guère commercial ( il oscille habilement entre diverses formes de courts-métrages), il parvient en fin de cette année-là à réaliser son premier long, connu chez nous sous le nom "Du rififi chez les truands". Déjà, dans ses premières oeuvres, l´on comprend que l´homme a un besoin d´exhiber sa haine du système japonais d´après-guerre . A l´époque, il travaille pour la Toei, mais si cette société est alors spécialisée dans le film de sabre, il impose une image criminelle à son cinéma, ce qui lui permettra par la suite de véritablement créer un genre. Ces premiers longs-métrages, s´ils ne sont pas parfaits, sont en tout cas sincères. La majorité de ses films des années 60-70 expriment parfaitement ce qu´il a ressenti étant jeune et finalement donne une image globalement assez négative du pays dans lequel il vit. Une véritable critique sociale de la société certes, mais aussi de l´être humain. Par plusieurs films, Fukasaku montre ce qui est caché, l´autre "visage" de cette société qui semble bien-pensante de prime abord mais qui se révèle pathétique lorsque l´on y accorde un peu de réflexion. Pour réussir à s´exprimer de la façon dont il convient, Fukasaku "invente" la genre "yakusas", et pendant près de dix ans de sa vie, il ne cessera de dévoiler de nouvelles visions de ce milieu si fermé, si pourri, si particulier mais pourtant paradoxalement craint et respecté au Japon. Par là même, il s´attaque également au gouvernement et à la police. Le dénommé Okami To Buta To Ningen ( Hommes, Porcs et Loups) fera scandale en 1964 lors de sa sortie mais promet que l´avenir sera un long combat conceptuel et visuel pour le réalisateur. La fin des années 60 est marquée par des chefs-d´oeuvre tels que Kurotokage ( le Lézard noir) ou encore Nihon Boryokudan: Kumicho ( le Caïd de Yokohama). Fukasaku étant un réalisateur très engagé d´un point de vue politiquement universel ( si l´on puis dire), il n´hésite pas une seconde lorsque la proposition de tourner un film sur Pearl Harbor , avec Richard Fleischer, s´offre à lui ( la rumeur voulant que Kurosawa en personne lui aurait proposé ce long). Ce film épique dans tous les sens du terme, bouleversant mais incroyablement réaliste, apparaîtra sur le marché sous le nom de Tora ! Tora ! Tora ! . Précisons également la sortie en 71 de l´extraordinaire Bakuto Gaijin Butai où Kurosawa montre la face cachée du banditisme japonais, en présentant des criminels sans envergure, peureux, pauvres et pitoyables, mais qui grâce à un sens inné de l´honneur tentent de s´en sortir. Mais si ce film a effectivement de quoi parfaitement représenter l´idéologie "fukasakienne", rien dans sa carrière ne sera plus marquant que Jingi Naki Tatakai ( combat sans code d´honneur). On y découvre à nouveau le vrai visage du yakusa japonais qui, à cause de la société, de conditions de vie déplorables et de la "surveillance" américaine se doit de voler ou de tuer pour se nourrir. On découvre un autre visage de la misère, la vraie... pas celle des films américains, non, une misère pitoyable, une misère qui pousse l´homme dans ses derniers retranchements, à enclencher son mode "survie", une misère bouleversante qui oblige des gens probablement honnêtes à vivre traqués par une société qui ne comprend pas les écarts. Une misère qui pousse des magnanimes à tuer sans même se poser la question de ce qu´ils vont devenir. Un portrait violent du nouveau yakusa ( celui de l´époque de l´après-guerre). Ce film le propulse au rang de réalisateur culte, ce qui va pousser Fukasaku à réaliser des suites. Finalement, l´ensemble de "Jingi Naki Tatakai" deviendra un véritable classique de film miséreux. Suite à quoi, Fukasaku offrira trois purs chefs-doeuvre. Trois films de yakusas qui dénoncent le manichéisme et nombre de sujets "sensibles" comme la violence de la police. A travers cette odyssée violente et sanglante, une fois de plus, Fukasaku crache sur la société dans son ensemble et donne pratiquement crédit aux bandits d´être ce qu´ils sont. Magnifique ! Après cela, les années 70 seront plus "commerciales". Le réalisateur se sent moins "lourd". Il semblerait que son besoin insatiable de révéler ce qu´il ne faut pas arriver à son terme. Il s´essayera dès lors à toutes sortes de styles en laissant de jolis chefs-d´oeuvre où il collabore entre autres avec deux excellents comédiens de l´époque: Schinichi ( plus connu sous le nom de Sonny) Chiba et Hiroyuki Sanada. On se souviendra notamment de ses deux excellents films de samouraïs: Yagyu Ichizobu No Inbo ( le Samouraï et le shogun) et Ako-jo Danzetsu ( The Fall of Ako Casttle). La fin des années 70 le fera s´essayer à la SF avec Uchu Kara No Messeji ( les Evadés de l´espace) ou encore au drame terrifiant avec le somptieux Virus.
Pour la suite, nous ne retiendrons que le terrible Legend of Eight Samourais, et bien d´autres films dans les années 80 mais rien de véritablement marquant. Jusqu´à Itsu Ka Gira-Gira Suru Hi, où le réalisateur nous sert un thriller particulièrement inspiré ultra-violent et très glauque. Bien entendu, la consécration arrivera en 2000 où Fukasaku pousse son cri de vie à l´extrême à travers le CULTISSIME Battle Royale ou propablement l´un des meilleurs films que nous ayons vu à la rédaction d´Otaku pour toutes les raisons que nous avons évoquées dans un précédent numéro. Le film fait scandale, il est interdit au moins de 16 ans au Japon, ce qui représente une lourde sanction étant donné que le message du film s´adresse justement aux ados en mal de vivre. Pour enfoncer le clou encore plus loin, après avoir pris pour terrain de jeu du prof pathétique et sadique ( FANTASTIQUE Takeshi "Beat" Kitano) une île isolée, cette fois, il veut pousser le vice à son paroxysme en offrant à tous une véritable guerre civile pour la survie dans les rues de Tokyô. Le projet se nomme Battle Royale 2 tout simplement et sa post-production débute en juillet 2002. Le médecin de Fukasaku s´oppose à ce que le réalisateur, atteint d´un cancer, tourne ce film qui pourrait probablement le foudroyer mais le têtu, la bête refuse. A ce moment, on peut s´imaginer que Kinji Fukasaku comprend qu´il est arrivé au terme de son existence. On peut éventuellement s´imaginer qu´il a vu en Battle Royale l´aboutissement total de plus de 60 années de sa vie consacrées au septième art. Je pense personnellement qu´il avait compris que Battle Royale 2 serait son dernier film. Je ne pense pas en revanche qu´il avait prévu de rendre l´âme avant la fin de son tournage. Néanmoins, il a insisté pour faire ce qu´il devait considérer d´importance. Il s´est jeté dans le piège de la mort mais en accomplissant son art et en laissant à un fils peiné la lourde tâche de permettre au rêve le plus fou de son père d´aboutir...
Dans tous les cas, après 72 ans d´existence, de réflexion, de violence, de souffrance, Kinji Fukasaku a rendu l´âme. Vous ne verrez plus ce petit bonhomme sympathique et nerveux vivre véritablement toutes les scènes de son film, vous ne verez probablement plus jamais un tel directeur d´acteurs, vous ne verez peut-être plus jamais de réalisateur aussi inspiré, autant investi dans l´exercice de son art. Pour toutes ces raisons, je pense que malgré ce maigre hommage, vous aurez compris notre démarche: nous aimions Kinji Fukasaku, nous aimions sa spontanéité, sa rudesse envers lui-même, cette souffrance, cette frustration de vivre qu´il a exprimées comme personne. A peine remis de ce choc pour tout amateur de films asiatiques qui se respecte, je pense qu´il ne reste plus qu´une chose à dire, pour définitivement clore notre oraison funèbre: TCHAO L´ARTISTE !

REYVILO
REYVILO
Niveau 9
23 mars 2003 à 18:16:56

oué c domage kil soit mort

yora partir du 4 juillet
2 coffret de Kinji Fukasaku comprenant 2 films chacuns

gippl
gippl
Niveau 9
23 mars 2003 à 18:25:54

Comme tu dis, c´est dommage.

C´est intérréssant ces coffrets, je vais acheter c´est certain. Faut absolument que ses fims aient une place dans ma DVDthèque !

Kaji_Ryoji
Kaji_Ryoji
Niveau 10
24 mars 2003 à 09:53:20

C´est en effet une nouvelle tragique...

Le Cinema japonais perd l´un de ses meilleurs représentant, apres la mort de Kurosawa, ce sont les plus grands qui s´en vont...

Je remarque aussi que même a la fin de sa vie, il a continuer a faire des film contestataires et provocants.

: -(

Blacksunshine
Blacksunshine
Niveau 10
26 novembre 2003 à 20:02:05

:ouch: je vien d apprendre sa mort ke maintenant....

Flichtenbloden
Flichtenbloden
Niveau 10
26 novembre 2003 à 20:09:10

Peut-être que Kill Bill va permettre de faire " découvrir" Fukasaku à un large public. Il le mérite largement.

750XX
750XX
Niveau 10
27 novembre 2003 à 09:23:17

bah on peut dire que avec battle royale bcp l´ont deja decouvert

wops
wops
Niveau 10
17 janvier 2004 à 13:05:40

ça v

wops
wops
Niveau 10
17 janvier 2004 à 13:06:32

ça vaut le coup d´acheter les 2 coffrets des films de yakuza de fukasaku?packe ils sont kan meme trés cher.

wops
wops
Niveau 10
13 avril 2004 à 20:14:49

Saviez vous ke fukasaku avait poussé un certain Kitano a se lancer dans le cinéma,d´ailleurs on retrouve dans les films de yakusa de kitano l´influence de fukasaku.C´est d ailleurs a l´origine Fukasaku ki devait réalisé " Violent Cop".Vous verrez d´ailleurs dans le film " Okita le pourfendeur" une ressemblance avec le yakusa k´interpréte kitano dans " Jugatsu".Au fait est c eke vous savez ou est ce ke je pe trouver moins cher les coffrets dvd de kitano svp,pack a la fnac ils sont a environ 32 euros chacun et c bocou trop cher.

Flichtenbloden
Flichtenbloden
Niveau 10
13 avril 2004 à 20:20:18

J´ai regardé là:
http://www.asia-diffusion.com
C´est pour l´instant le seul site de vente 100% culture asiatique en France, mais les coffrets sont au même prix.

L´opération ciné asiatique est finie à la Fnac ?
Parce que les coffrets Kitano étaient à 17 ou 19 euros.

wops
wops
Niveau 10
13 avril 2004 à 20:26:26

kan je suis passé la semaine derniere a virgin ct bocou trop cher.Je repasserai a la fnac ça me permettra d acheter Goyokin,le coffret la 36éme chambre du shaolin,le sabre du mal et les 2 coffrets kitano.
Au fait,kel est votre film préféré de la retrospective en dvd des films de yakuza de fukasaku?
Moi j´adore Okita le pourfendeur et Combat sans code d´honneur.
Guerre des gangs a okinawa me fait un pe penser a reservoir dogs,et le cimetiere d ela morale me rapel Bad lieutenant.

Flichtenbloden
Flichtenbloden
Niveau 10
13 avril 2004 à 20:38:52

Mon préféré est " Le cimetière de la morale" ( Graveyard of Honor) dont Takashi Miike a réalisé le remake il y a deux ans. Remake tout aussi excellent que l´original.

    • *SPOILER****

quand lors de son suicide Rikio s´écrase au sol, des litres de sang s´écoulent de son corps.
Dans le remake de Miike, il faut multiplier la quantité de sang par mille : c´est un véritable raz-de-marée !

    • **FIN DU SPOILER******
rollerballgore
rollerballgore
Niveau 7
01 mars 2005 à 21:47:58

Sur TPS ils font une special Asie en partie dédier à Kinji Fukasaku ! Je vais pouvoir enfindécouvrir les autres films du grand réalisteur de " Battle royale"

Jackasso
Jackasso
Niveau 11
01 mars 2005 à 23:51:27

:snif:

    • Jackasso ***
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