L´embargo médiatique est enfin levé. Vous serez donc inondé dans les prochains jours par de nombreuses critiques du film Le Seigneur des anneaux. Voici la nôtre.
Le Seigneur des anneaux a fait l´objet d´une campagne publicitaire féroce alors que celle-ci n´hésitait pas à qualifier la production de chef-d´œuvre, ceci avant même qu´elle soit complétée. Pour une rare fois dans l´histoire de la publicité, ses représentants disent la vérité : Le Seigneur des anneaux est condamné à devenir un classique du répertoire hollywoodien.
Que s´est-il passé dans la tête du réalisateur Peter Jackson lorsque New Line Cinema lui a remis une enveloppe budgétaire de plus de 270 millions de dollars pour adapter au grand écran le célèbre roman fantastique de Tolkien? Son premier film, intitulé Bad Taste (1987), avait été tourné en quatre ans avec une caméra de moins de 300$. Les budgets limités qu´a toujours eu Jackson (mis à part pour le film The Frighteners sorti en 1996) ne l´ont jamais empêché de réaliser de bons films. Imaginez ce qu´il pourrait faire avec un budget d´une envergure titanesque. Sans aucun doute s´est-il promis le film de sa vie en encaissant un tel montant. À quarante ans, il a été à la hauteur de cette ambition.
Nous pourrions allouer un budget de plusieurs millions de dollars à une piètre équipe de production qu´elle ne réussirait pas à mettre sur le marché un film valable (nous le verrons en 2002 avec le film K-19 : the Widowaker). Les artisans du long-métrage Le Seigneur des anneaux ont fait beaucoup avec relativement peu considérant ce que l´on propose : trois heures au montage serré où chaque scène est finement exploitée, allant des décors jusqu´aux costumes. Le tout passe le test avec, en prime, une distribution impeccable.
Fidèle à l´esprit du roman de Tolkien, le film ne laisse pas les lecteurs en appétit. La plupart des scènes imaginées par Tolkien y sont, justifiant cette trilogie qui devrait être d´une durée totale de 8 heures. Une première interprétation cinématographique de Ralph Bakshi s´était royalement plantée en 1978. La nouvelle adaptation est juste, honnête dans son approche et près de l´idée originale. Elle se donne l´espace pour bien exploiter les personnages et leur apporter un petit éclat qui justifie l´ensemble.
La distribution impeccable du film y est sans doute pour quelque chose. Les interprétations de Sir Ian McKellen (Gandalf), Sean Bean (Boromir), Elijah Wood (Frodon), Ian Holm (Bilbon) et John Rhys-Davies (Grimli) sont simplement savoureuses. Viggo Mortensen (Aragorn) est sans aucun doute le héros que tout le monde attendait. Il assure avec brio la partie romanesque du film. Ce sont en partie les acteurs qui font de ce film un court voyage dans la Terre du Milieu. Pas de fausse note à ce niveau.
Il est à la mode de blasphémer le travail de Liv Tyler. Les amateurs de l´œuvre littéraire l´ont fait avant le début du tournage (allant même jusqu´à exiger son expulsion du projet) et certains journalistes ont décidé à suivre le troupeau suite à un premier visionnement. Soyons réalistes : si l´actrice est carrément mauvaise dans les films Armageddon (1998) et One Night at Mc Cool´s (2001), elle s´en tire honorablement dans sa courte interprétation de la princesse Arwen. Elle ne se contente pas de jouer la vedette de service comme Estella Warren l´a fait dans le Planet of the Apes de Tim Burton. D´affirmer que Tyler est la seule fausse note du film est lui accorder beaucoup trop d´importance.
Pour les effets spéciaux, George Lucas devrait prendre quelques leçons avant d´entrer en post-production pour son Star Wars : Episode III. Si une seule incrustation de couleurs (Chroma Key) est à la limite du raté dans Le Seigneur des anneaux, Jackson s´en tire très bien dans toutes les scènes. Très impressionnante cette séquence où la confrérie de l´anneau doit affronter un monstre enchaîné alors qu´elle venait de se débarrasser des vilains Goblins de Moria. Seulement quelques secondes trahissent l´informatique derrière les effets spéciaux. Une prouesse incomparable.
Les scènes de batailles ont demandé 26 660 figurants et 50 000 accessoires. On aurait bien pu les remplacer par quelques créations informatiques. Pas question pour Jackson d´aller dans cette direction. Il nous offre la totale. Un festin pour les amateurs de spectacles à grands déploiements.
Les effets de perspectives (pour s´assurer que les hobbits soient réalistes) sont habillement travaillés. Un travail de réalisation qui a demandé une belle orchestration des artisans en place. C´est une galerie de tableaux d´un autre monde qui s´ouvre devant nous. Chaque scène est une toile colorée, nuancée à coups de pinceaux agiles.
Le Seigneur des anneaux ridiculise Harry Potter. Le jeune sorcier ne fait tout simplement pas le poids devant l´envergure d´un long-métrage qui vieillira bien dans nos archives cinématographiques. Une différence majeure cependant : Le Seigneur des anneaux ne s´adresse pas à un jeune public. De nombreux cauchemars pourraient peupler les nuits de plus petits après avoir vu les Goblins et Orcs créés par l´équipe de Peter Jackson. N´oublions pas que le réalisateur versait auparavant dans les films d´horreur.
Nous devrons attendre Noël 2002 et 2003 pour voir ce que fera Peter Jackson de la suite.
Tout ce que nous demandons, c´est deux autres films pour les gouverner tous