Ah les frères Cohen et leur représentation de l'Amérique reculée. L'Amérique des campagnes, l'Amérique du désert, l'Amérique des petits bleds perdus dans le fin fond du Dakota ou du Texas. La narration est originale et fait le cinéma des frères Cohen. Des enquêtes de police dans le train train quotidien. Des personnages qui vivent avec un tel réalisme qu'on oublie vite les thriller new-yorkais avec le flic à plaque, le flingue et les séquences rapides. Ici, on a un shériff dont le marie fait des oeufs avant d'aller travailler, elle est enceinte et demande aux suspects si elle peut s'asseoir. Elle mange comme trois dans un Radisson, elle rencontre un vieil ami d'enfance, elle est simplement humaine. Comme Tommy Lee Jones, mais différemment. Si ce dernier s'interrogeait sur le devenir de l'Amérique dans la criminalité, notre shériff woman fait simplement son travail, détaché de sa vie privée.
Les personnages ont du caractère. On ne sait rien d'eux, mais on les voit faire. On a pas besoin de savoir d'où ils viennent, leurs attitudes les peignent. La shériff est du coin, polie et modeste, elle s'exécute dans son travail devenu routine. L'un des criminel est bavard et trouillard, l'autre silencieux mais lorsqu'il s'agit d'agir, il n'y va pas par quatre chemins. L'auteur du kidnapping est un lâche, qui bafouille et dont le beau-père donne un parfait contraste. Le caractère, comme dans les western spaghettis de Sergio Leone, pas besoin de faire la narration du personnage, ses attitudes le rende personnalisé.