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<spoil>
Glose :
Chourave : voler
Baver : mentir
Baver aux schmitts : mentir aux forces de l’ordre
Sur pépère / papou / mes morts : façon de jurer propre à la communauté des gens du voyage
Tomber mort pour… : se consumer d’une passion ardente pour…
Chtar : geôle
Geôle : prison
Faire sa putain : agir de manière déloyale
Glose : Explication de quelques mots obscurs d’une langue par d’autres mots plus in</spoil>
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- C’est très clair, lieutenant. 
Mais… je n’ai vu personne correspondant à cette description entrer dans mon bar. 

Chapitre 4 : Collaboration
🎶 Actuellement sur le jukebox : https://voca.ro/1K9aqdliYUga 
- Ne pas l’avoir vu entrer ne signifie pas qu’il n’est pas là, monsieur l’homme-bar. 
Dois-je vous rappeler que vous n’avez pas de porte et que, par conséquent, n’importe qui peut entrer ou sortir dès que vous avez le dos tourné ? 
- Bien sûr… Et ensuite, sauter par-dessus le comptoir pour venir se cacher sous mes pieds ? 
Vos mots font écarquiller les yeux de celui qui vous fait face, accroupi.
- Je vous suggère vivement de ne pas vous engager sur cette voie, monsieur l’homme-bar. 
- Je vous ai dit tout ce qu’il y avait à dire, lieutenant Bel Colombe. 
Vos histoires de joyaux de la couronne, ou je ne sais quoi, ce ne sont pas mes affaires. 
J’ai un bar à faire tourner, et personne ne rentre dans un bar où se trouve un lieutenant de police. 
- Vous accueillez une clientèle qui fuit à la vue des forces de l’ordre ? 
Intéressant. 
- J’accueille tout le monde, puisque je ne me mêle pas de ce qui ne me regarde pas. 
- Je ne sais pas ce qui est le plus frappant chez vous, entre votre audace et votre absence totale de prudence. 
En soi, le cocktail parfait de ceux qui prennent de stupides décisions. 
Il prend un instant, puis ricane.
- Un bar à faire tourner ? Dois-je vous rappeler que votre rue est fermée ? 
- Oui… ma première semaine d’ouverture s’annonce délicate. 
Un léger sourire apparaît sur son visage.
- Vous savez, monsieur l’homme-bar…
j’aurais volontiers partagé davantage d’informations avec vous à ce sujet. 
Mais je crains que vous ne soyez pas assez… collaboratif pour les mériter. 
- Je suis pourtant la collaboration incarnée. 
- Cessez vos provocations. 
- Si vous me dites pourquoi la rue est fermée, je vous laisserai tout le loisir de fouiller mon bar. 
Un léger coup heurte vos jambes : votre proposition ne fait pas l’unanimité.
- Vous voulez jouer à ce petit jeu ? 
Très bien… jouons. 
L’enquêteur balaie les lieux du regard, à la recherche d’un détail, d’une hésitation… d’une faille.
- La rue est fermée jusqu’à nouvel ordre… 
Reconduite, sans échéance. 
- Pourquoi ça ? 
-Et pourquoi pas ? 
Ses sens en alerte, il inspecte chaque recoin.
L’ambiance est feutrée.
L’espace, modeste, dépasse à peine la trentaine de mètres carrés. Il peut accueillir tout au plus huit personnes.
- Depuis quand êtes-vous ouvert ? 
- Aujourd’hui. 
Bel Colombe avance méthodiquement, pas à pas sur votre parquet, en s’assurant que chacun de ses pas soit entendu.
Des chaises éparpillées autour de quelques tables… aucune occupée.
Des murs vides, mais marqués par le temps.
Sauf à un endroit, où sont accrochés six cadres, chacun renfermant une pierre.
- Vous permettez ? 
Sans attendre votre réponse, il en décroche un.
Il l’incline légèrement. La lumière traverse la gemme et s’y diffuse en un éclat doré.
- C’est une héliodore, n’est-ce pas ? 
Jaune doré. On dirait presque qu’elle brille d’elle-même. 
- Vous vous y connaissez en gemmes ? 
- Juste celle-ci. Ma femme les collectionne.
Elle me dit que si j’en garde une sur moi, ça me mettra de bonne humeur. 
- Et vous l’avez écoutée ? 
- Bien sûr. J’écoute toujours ma femme. 
C’est bien pour ça que je les garde le plus possible éloignées de moi. 
Mon travail exige une neutralité d’esprit permanente. 
Il redresse légèrement le cadre.
- Ce sont de vraies pierres ? 
- Possible. 
Ses sourcils se froncent.
- Et vous les laissez ainsi… exposées. 
Son regard glisse vers l’entrée ouverte.
- Sans porte. 
Puis vers vous.
- Vous n’avez pas peur ? 
- Non. 
Le lieutenant esquisse un très léger sourire.
- Décidément… vous n’êtes vraiment pas un homme prudent. 
Il raccroche le cadre à sa place avant de poursuivre.
Ses mains se posent sur le jukebox.
Aucune trace d’usure autour de ses fixations. Le sol porte encore des marques fraîches de déplacement : poussière repoussée, fines rayures récentes.
- Labi Siffre… I Got the… 
- Plaît-il ? 
- C’est ce qui est diffusé. Vous ne le savez pas non plus, j’imagine. 
- On ne peut rien vous cacher. 
- Avec qui travaillez-vous ? 
- Je travaille seul. 
- Qui vous a aidé à mettre le jukebox ici ? 
- Il était déjà là. 
Il inspecte le sol, suivant une trace invisible.
- Combien de personnes sont entrées ici ? 
Vous réfléchissez un court instant.
- Cinq. 
Il relève la tête, vous fixe.
- Vous inclus ou exclus, monsieur l’homme-bar ? 
- Vous posez beaucoup de questions, lieutenant Bel-Colombe… 
Pour le peu d’informations que vous m’avez données sur la fermeture de la rue. 
- Si notre ami est ici… je vous dirai tout ce que je sais. 
- J’espère bien que vous le trouverez alors. 
À nouveau, un coup heurte vos mollets.
- Quel est ce bruit ? 
- Quel bruit ? 
Les pas du lieutenant se dirigent lentement vers la source.
Vos yeux se baissent.
À vos pieds, le malheureux fugitif vous fait discrètement un signe. Deux doigts levés.
Puis il désigne une autre pierre :
Le 50/50 devient un 0/100.
Les pas cessent.
- Ce bruit. 
Il se penche.
- Tiens donc… Vous m’avez menti. 
- 
- Je croyais que vous n’aviez pas de collaborateur. 
- Je vous demande pardon ? 
- Vous travaillez bien ici ? 
- Oui, monsieur le lieutenant. 
L’officier se met à rire.
- Monsieur l’homme-bar… je comprends à présent votre décontraction à exposer des pierres précieuses à la vue de tous, sans même une porte d’entrée. 
Un regard vers l’arrière.
- Votre vigile dépasse les deux mètres… pour cent cinquante kilos. 
Il sourit légèrement.
- Mais il serait sans doute plus utile à l’entrée que caché derrière. Vous ne trouvez pas ? 
- C’est pour que les clients soient à l’aise, monsieur le lieutenant. 
À vos pieds, le jeune gitan vous regarde, perdu.
Vous haussez légèrement les épaules, signe d’incompréhension partagée.
- Lieutenant suffira. Lieutenant Bel Colombe, à la limite. 
Et à qui ai-je l’honneur ? 
- Je m’appelle Grand Dadet. 
- Voyez-vous ça. 
Un autre policier apparaît à l’entrée.
- Bonjour, monsieur… le lieutenant est encore ici ?
Il répond depuis le fond.
- Oui, j’arrive tout de suite. 
Il revient à votre niveau.
- Ça vous a plu de m’avoir fait perdre mon temps ? 
- Croyez-le ou non, ce n’était pas mon intention. 
- D’ailleurs, je ne crois pas avoir vu, quelque part, une licence vous autorisant à vendre des boissons alcoolisées. 
Vous lui souriez.
- C’est sûrement parce que je n’en vends pas. 
Sans répondre, il se dirige vers la sortie, puis se retourne une dernière fois.
- Considérez que vous êtes désormais sous ma surveillance. À la moindre manœuvre douteuse de votre part, je prendrai les mesures nécessaires. 
- Je n’ai rien fait d’illégal, à ce que je sache, pour mériter une telle considération. 
- Soit vous le dissimulez… soit vous n’avez pas encore agi. 
Un léger silence.
- Croyez-moi, je sais reconnaître un filou quand j’en vois un, monsieur l’homme-bar. 
Tandis que le lieutenant quitte les lieux, une silhouette se détache à l’arrière.
Grand Dadet s’avance.