Voilà un petit texte que j'ai écrit y'a un ou ou deux ans, à l'époque où je voulais devenir critique, et que je viens de retrouver. (je laisse les fautes originels)
« La fonction du critique n'est pas de promouvoir et de bannir: bien trop souvent elle semble s'y limiter. En réalité, quel sens y'a-t-il à la critique si elle n'est qu'autorité en matière d'art? Si elle se limite à choisir les standarts? J'ai finalement compris pourquoi tant d'artistes détestaient les critiques: pour eux, c'est comme s'ils envoyaient leurs oeuvres dans une arène, tel un bout de viande, face à une foule d'empereurs qui choisiront de la gracier ou de la mettre à mort. La raison en est la suivante: le public lit une critique pour savoir si il dépensera 20€ pour un album, ou 9 pour une place de cinéma. Ainsi le critique doit chasser sur son chemin ce qui pourrait lui faire perdre son temps et son argent; et au contraire faire briller ce qui mérite de l'être. Tout le monde ira voir le film le plus "brillant", et évitera comme la peste le plus "puant" (la critique l'ayant gracieusement couvert de ce parfum). Cet état de fait est le plus flagrant dans la presse vidéoludique. Un jeu-vidéo coutant en moyenne 60€, c'est tout à fait normal: un joueur doit être sûr de son retour sur investissement, être sûr de rentabiliser ce prix sur un temps et un plaisir de jeu aussi longs que possible. Je ne critique pas cela: à l'époque où je jouais, c'est pour cela que j'achetais mes magazines: le jeu-vidéo, comme son nom l'indique, est avant tout un divertissement (un jeu). L'opinion de la presse est la plupart du temps unanhime, la qualité d'un jeu pouvant être évalué parfaitement objectivement. Le plupart des standarts vidéoludiques méritent leur place, tout comme la plupart des exclus. Mais il est malheureux de voir la critique artistique sur le même chemin. Cette critique là doit, pour moi, avoir une autre fonction que celle d'autorité.
La fonction originel du critique était d'être le lien entre l'art et le public. En effet, le critique doit être un pont vers l'art. Son talent doit se trouver là: percer le sens, l'essence d'une oeuvre, et le transformer en mots de manière à le rendre intelligible pour celui qui le lis. Il semble que le talent du critique se mesure aujourd'hui à l'étendue de sa culture et à l'efficacité de sa plume. Certes. Imaginons qu'il travaille dans la presse musicale: son abonné, curieux et avide d'art, attend chaque mois que ses chroniques l'invitent à découvrir de nouvelles perles. Où est le mal? Il remplie bien là son rôle de lien entre l'art et le public: toutes les nouveautés passent à travers ses oreilles dévouées qui comme un filtre ne gardent que les pépites. Sa plume habile, ensuite (car il doit bien écrire) écrit un beau texte qui donne envie d'écouter. Et bien, il remplie là une fonction honorable - bien que la partie condamnation soit moins jolie, mais elle semble bien inhérente au métier, après tout, il vous épargne ainsi une heure d'ennui ainsi que de perdre vos sous. En supposant que la condamnation soit justifiée, et il y'a des milliers d'albums qui méritent qu'on vous évite la peine de les écouter. Des milliers aussi qui méritent qu'on vienne vous les mettres sous le nez. Cette manière d'apréhender la critique est nécessaire au bon fonctionnement de la machine, et elle peut être honnête et bien faite. Mais petit à petit le critique perd son statut de lien et prend celui d'autorité. Des tas de chroniqueurs improvisés, sur le web, endossent d'ailleurs fièrement ce rôle, comme s'il s'agissait d'une évidence: on veut au final servir la cause du bon goût, et ranger les albums dans des cases "excellent", "bon", "moyen", "mauvais". Ce statut d'autorité flatte d'ailleurs l'ogueil de plus d'un: la critique fière, élitiste et du bon goût n'est que pure masturbation. Mais gageons qu'il reste des critiques honnêtes, remplissant un travail plus qu'honorable. J'envisage cependant la fonction de critique comme autre chose que simple utilité publique. Comme dit plus tôt, il doit faire émerger le sens de l'oeuvre. Là doit se trouver son talent.
Le critique doit être le plus proche possible de la vision qu'a l'artiste de son oeuvre. Il ne s'agit plus alors d'émettre une opinion, aussi juste et argumentée qu'elle puisse être, mais de pénetrer l'art au plus profond. Affuté ses sens et entamer un voyage jusqu'à l'âme de l'oeuvre. Et la mettre à nue. On exclue ainsi toute notion d'investissement, de divertissement, de standarts ou même de découverte: ce ne sont pas ces informations que la critique doit apporter au lecteur. Elle doit être comme une clef; comme le va et vient d'un pinceau qui efface tous les brouillards et les zones d'ombres et rend le sens éclatant. Le critique quitte ainsi son statut d'utilité public et entre pleinement dans le monde de l'art. Sa valeur ne s'évalue plus alors simplement à son labeur où à l'étendue de la culture qu'il s'est construite, mais à ce talent, à cette vue éclairée et à ses mots qui la servent. Ainsi il doit être honnête, dédié (au sens fort du terme) à l'oeuvre et au service du public. Il n'est pas question d'actes de bravoure stylistique et de figures de style renversantes visant à vanter la valeur de celui qui écrit. Ces "actes de bravoure" doivent être à la hauteur de l'oeuvre - on ne peut décrire le quatrième art, si intangible, avec un vocabulaire de cinq mots! - mais nullement au dessus. La justesse est primordiale. Si l'âme de l'oeuvre est tortueuse et complexe, le bon critique doit s'en réveler à la hauteur. La démonstration gratuite de talent doit être bannie: le critique est dédié à et au service de. Il ne s'agit alors plus d'opinion, ni, par conséquent, d'autorité - car la valeur que l'on donne à une opinion et basée sur la valeur que l'on donne à l'autorité en la matière de son émetteur : ici, l'art, la culture et l'intellect. Le critique doit être un artiste à part entière. Ainsi l'âme de l'oeuvre nait dans l'esprit de l'artiste, qui, dédié à son art, doit la traduire dans ses codes afin de parvenir à la lui insufler. Cette âme doit être capturée (j'entend, à l'instar d'une photographie) par l'esprit du critique, qui doit à son tour la traduire en mots. Le pont entre l'oeuvre et le public est fait ici, par le lien symbiotique entre son esprit et sa plume. »
Je ne suis pas arrivé au bout de mon raisonnement, mais j'ai changé de projet avant de trouver le courage de donner une conclusion à cette théorie.