Le nom de groupe le plus cool de la terre, c'est eux. Le premier disque de musique psychédélique, c'est eux. La cruche electrique au son de dindon, c'est eux. Les 13th Floor Elevators.
Nous sommes en 1966, Texas, l'état le plus dur d'une amérique puritaine, qui condamne à 20 ans de prison la possession de stupéfiants. Le LSD, par contre, est encore légal. Et le LSD c'est le thème des 11 chansons de The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators, comme l'explique le verso de sa mythique pochette à l'oeil halluciné:
"Depuis Aristote, l'homme a organisé sa connaissance verticalement, en groupes séparés et désolidarisés---Science, religion, sexe, relaxation, travail, etc... L'emphase principale dans son language, son système d'organisaton du savoir, a été mise sur l'identification des objets plutôt que sur les relations entre les objets. L'homme est désormais forcé d'utiliser ses outils de raisonnement séparément et pour une situation à la fois. Si l'homme était capable de dépasser ce chemin de pensée hypnotique, de le remettre en question (comme le fit Einstein), et de resystématiser son savoir pour qu'il soit mis en relation horizontalement, il jouirait désormais de la perfection qui découle de la capacité à considérer sa vie dans son entièreté. Recemment, il est devenu possible pour l'homme d'altérer chimiquement son état mental, et par la même d'altérer son point de vue (c'est à dire sa propre relation basique avec le monde extérieur qui détermine comment il classe ses informations). Il peut alors restructurer sa pensée et changer son language pour que ses pensées soient mieux concordées à sa vie et ses problèmes, qu'il approche alors plus sainement. C'est cette quête vers ce qui est pur et sain qui forme la base des chansons de cet album[...]"
Ce concept n'est pas un alignement de mots vains: la musique des 13th Floors Elevators est des plus corrosives. Complétement allumé, le groupe brûle comme 1000 soleils californiens à travers une rythmique démente, la voix aigue de Roky Erikson, de la surf music, et une intensité générale sauvage. On frôle la crise épileptique à chaque minute. Crise qui aboutit avec Monkey Island, véritable doigt d'honneur lancé à tout un pays. C'en était trop pour l'état du Texas qui enverra sa justice et son service psychiatrique à la poursuite des membres, et les enfermera, soumettant notamment le chanteur à des electro-chocs. Un pays qui avait toujours eu peur du 13e étage. Le traumatisme influencera beaucoup de groupes, et demeure un monument d'acide et de sang. 