Russie. La chasse aux ONG étrangères !
La date limite d´enregistrement des ONG étrangères sur le territoire russe vient d´être arrêtée au mercredi 18 octobre. Cette loi russe, adoptée en début d´année, contraint les organisations à s´enregistrer au Kremlin en fournissant des informations sur leurs activités, sous peine d´expulsion. Un énième coup de canif de Vladimir Poutine pour la liberté en Russie !
Qu´on se le dise, la liberté sous Vladimir Poutine a connu ses plus grands moments de... solitude ! Journalistes assassinés, liberté d´expression bafouée, la liste est longue. Cette fois-ci, c´est au tour des ONG de subir les foudres de l´ancien agent du KGB. Ce dernier a fait adopter le 17 janvier dernier une loi liberticide obligeant les organisations non gouvernementales à « transmettre chaque année au ministère de la Justice un rapport sur ses activités, sur les tâches réalisées et sur l’utilisation de ses financements conformément aux statuts déposés, ainsi que le nom de ses membres directeurs ». Le Service d´enregistrement fédéral (FRS) exige également des rapports trimestriels sur leurs activités et sources de financement. Le refus d’obtempérer étant sanctionné par « la cessation des activités de l’organisation, sa dissolution ou sa radiation du registre des personnes juridiques ». La date limite pour ces enregistrements est arrivée à expiration le 17 octobre. L´occasion pour Poutine de faire cesser les activités des associations trop dérangeantes à son goût.
Le directeur du FRS a mis les choses au clair : les ONG étrangères qui ne se seront pas pliées à cette nouvelle exigence dans les délais, devront cesser toute activité sur le territoire russe ! Selon le journal moscovite Kommersant, il y aurait environ entre 200 et 500 ONG étrangères en Russie. 80 se seraient d’ores et déjà enregistrées et 73 autres, dont Amnesty International, Human Rights Watch, Médecins sans frontières, seraient en passe de l´être. D’autres ont refusé de se soumettre aux caprices de Poutine. C’est le cas de l´organisation World Wildlife Fund (WWF). « Nous avons pris la décision de fermer notre représentation parce que nous ne sommes pas d´accord avec la nouvelle loi sur les ONG et nous ne voyons pas l´utilité d´embaucher des personnels qui devront s´occuper seulement des comptes à rendre aux autorités », a déclaré la directrice exécutive de WWF Russie, Elena Krianina, rapportée par Kommersant.
Attendons-nous donc à voir d’autres organisations fermer leurs portes. C’est bien sûr le cas de la société pour l´amitié russo-tchétchène (SART) : une organisation qui fournissait des informations sur les violations des droits humains en Tchétchénie. Un tribunal de Nijni Novgorod a décidé, vendredi 13 octobre, de sa fermeture. « La décision rendue s’inscrit manifestement dans le cadre d’une stratégie soigneusement élaborée pour se débarrasser d’une organisation qui s’est exprimée haut et fort en faveur des victimes d’atteintes aux droits humains en Tchétchénie », a déclaré Nicola Duckworth, directrice du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International. « Cette stratégie a d’abord pris la forme d’actes de harcèlement des militants avant de connaître une escalade sous la forme d’actions juridiques simultanées contre l’organisation et ses membres dans le but de paralyser davantage encore leur action. » Selon le tribunal, le directeur exécutif de la SART, Stanislav Dmitrievski, a été déclaré coupable le 3 février 2006 d’« incitation à la haine » pour avoir publié des articles non violents écrits par des dirigeants indépendantistes tchétchènes. Selon Amnesty International il aurait été condamné pour avoir exercé de façon pacifique son droit à la liberté d’expression et n’aurait pas dû en premier lieu être poursuivi en justice. Une chose est sûre, cette nouvelle loi permet au chef du Kremlin de faire taire toute voix indépendantiste et ce par la voie légale.
La première date butoire pour la remise des rapports au FSR est déjà fixée au 31 octobre. La liberté est résolument devenue une denrée rare en Russie et la Communauté internationale, trop occupée avec le nucléaire nord-coréen, ne juge toujours pas bon d´interférer dans les affaires intérieures du grand manitou Poutine. Qu´il ne s´inquiète d´ailleurs pas trop lors de sa prochaine visite à l´Elysée : Jacques Chirac, comme chacun le sait, est sourd… quand ça l’arrange.