Je dois avouer que le rap m´a toujours fait rire. Rien de tel qu´un bon morceau de rap pour me mettre de bonne humeur. Avec leur mine patibulaire, leur gestes répétitifs, leur façon de hocher la tête comme ces petits chiens en peluche à l´arrière des voitures, leur obligation perpétuelle d´arborer un air menaçant et, surtout, leur obstination à jeter les bars en avant à la recherche d´un objet (lequel ?) qui toujours se dérobe, les chanteurs de rap sont les grands comiques de notre époque. Incontestablement. Ils ont su dépasser le deuxième et le troisième degrès, faisant fi de cette consciensce du ridicule qui empêche parfois les comiques d´être vraiment drôles et les autres d´éprouver de la honte, pour revenir à une espèce de primitivisme total où l´on retrouve la loi de la meute et du talion (tu m´emmerdes/j´te défonce la gueule) et un rapport à l´Autre très franchouillard qui n´envisage l´Autre (le politique, l´intellectuel et tout ce que l´on ne comprend pas) que sous le rapport de l´aggression ou de la soumission.
Peu importe bien sûr ce qui est dit -une rumeur à base d´onomatopées, de mots savants piqués dans le dico et de clichés brandis comme des pensées brutes- l´essentiel est aillleurs, et d´abord dans le clip. A quoi reconnaît-on un clip de rap ? Passons rapidement sur l´attirail kitsch du genre (esthétique de la ruine, bimbos lascives etc) et concentrons-nous sur sa figure de style vertébrale, sur ce qui fonde toute sa rhétorique visuelle et résume son essence : le cadrage du nain. Je m´explique : dans tout clip rap digne de ce nom, le chanteur apparait au centre du cadre, vociférant droit dans l´objectif un texte rarement sous-titré, entouré d´une horde de figurants qui jouent à faire la gueule parce que c´est comme cela que l´on fait, même si l´on percçoit surtoutdans leur maladresse à mimer les gros bras cette jouissance d´être filmé propre aux beaufs et aux enfants.
Symptôme d´un rapport au monde parfaitement auto-centré, cette relation frontale à une caméra que l´on toise ne tolère aucun contrechamp. Aucune possibilité d´échange donc, aucun dialogue, le rap se situe du côté de l´imprécation idiote. Mais le plus remarquable concerne la position de cette caméra, toujours placée au-dessus ou en-dessous du leader, mais jamais à sa hauteur. Position ´anti-démocratique´, anti-égalitaire aussi (qui es-tu pour oser me regarder en face ?) , qui n´autorise que deux positions morales : le surplomb ou la soumission, l´arrogance ou le mépris.