Le monde d´aujourdui :
" A 2 heures et demie du matin, l´immense pelouse qui s´étend au pied de la grande scène des Eurockéennes est encore noire de 30 000 personnes.
Le 30 juin, la journée d´ouverture de la dix-huitième édition du festival belfortain, qui se terminera le 2 juillet, a jusque-là déroulé des concerts d´une excitation assez routinière (Anaïs, Deftones, Arctic Monkeys, The Strokes). Mais on pressent qu´un événement se prépare derrière le grand rideau sombre. Daft Punk vient de lancer sa première tournée mondiale depuis près de dix ans. Et ce concert est leur seule date française.
Le duo formé par les Français Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo (Le Monde du 30 juin) a longtemps fait de la surprise un mode de fonctionnement. Dans les deux premiers albums (Homework et Discovery), la découverte de leur musique s´accompagnait nécessairement de l´étonnement de nouveaux sons et images, mettant en scène leur anonymat via la naissance d´alter ego cybernétiques. Cette course à la sensation, doublée d´un don pour les défoulements extatiques, en avait fait des stars internationales de la génération house et techno.
En 2005, un troisième album (Human After All) mettait en sourdine cette quête de spectaculaire et décevait en conséquence. Leur retour sur scène correspond à une remise à niveau de leur capacité de surprendre.
A la tombée du rideau apparaît une pyramide, au sommet soulevé comme un chapeau. Retentissent soudain les cinq notes qui, dans le film Rencontres du troisième type, servaient à dialoguer avec les extra-terrestres. Sanglés de cuir, coiffés de casques intégraux futuristes, les Daft prennent alors les commandes en haut du monument.
TENDUS VERS L´EFFICACITÉ
Ce ne sont encore que des contre-plongées de lumières blanches et des lignes blafardes, projetées au son du mot "robot" épelé au Vocoder, mais la limpidité de la puissance numérique et la cohérence graphique impressionnent déjà.
Tout n´ira ensuite que crescendo. Certes, on retrouve l´art originel du groupe, né de l´observation des meilleurs DJ. Dans leurs ordinateurs, ils ont stocké toutes leurs musiques mixées dans l´instant, tendues vers l´efficacité de l´impact dynamique et de la danse. Le duo reste statique sur son perchoir, mais les sons et lumières fusionnent et virevoltent avec une époustouflante magie. Dans la première demi-heure, c´est une ruche de néons, de figures dessinées sur des écrans géants. Puis la pyramide elle-même s´anime d´une géométrie en trois dimensions, embarquée dans un voyage sidéral.
A chaque seconde son ébahissement : un concert inoubliable, que des milliers de spectateurs cherchent à immortaliser sur leur téléphone portable. "