Comment ça?!Il n´y a aucun topic dédié à ce groupe cultisime de la scène Goth Rock (genre qu´il sublimera:Elizium!) des 80´s??!Je me dois donc de vous faire connaitre ce monument et comme il n´y a pas mieux que Obskure pour parler musique (si quelqu´un connait mieux qu´il le dise)je vous laisse savourer la chronique de l´album Elizium,qui se ramasse 92% au passage.En espérant que certain le découvriront et l´apprécieront à sa juste valeur.
Fields Of The Nephilim
-Elizium-
"Phase terminale. Du moins, on le pensa, à l´époque. "Elizium", troisième album du groupe culte, dessina en même temps l´avenir et la mort du gothique de première génération. Sa mort en effet car en tout cas, après lui, plus de dépassement artistique constaté. Les disques se comptent, et ils sont très peu, sur lesquels les tenants du Goth 80´s parviennent à égaler en puissance et en émotion l´ultime opus de Fields Of The Nephilim.
"Elizium", en même temps qu´il symbolise une fin, dessine aussi un avenir pour le genre, car il a transcendé, à ce moment précis, toutes les formes de musiques gothiques ancrées dans le Rock pour les amener vers des allures plus progressives, atmosphériques, mais sans quitter les thématiques et formes typées par le propos shamanique de McCoy. Ces formes figureront dans l´histoire de l´underground parmi les plus ténébreuses du rock des années 80.
Andy Jackson, qui a signé la coproduction de ce troisième chapitre (mais qui se cassera les dents sur le "Zoon" du projet The Nefilim, au point de ne pas finir l´enregistrement), est parvenu à rendre la profondeur et la complexité des arrangements générés par le collectif. Si le son d´ "Elizium" reste assez opaque et paraît aujourd´hui un peu compact, sa noirceur a révélé au monde une spatialité musicale qui se dessinait sur certains des morceaux figurant sur les deux premiers enregistrements, tels "Dawnrazor" ou "Last Exit for the Lost". Quelque temps avant la parution de "Elizium", celle du E.P. "Psychonaut" avait annoncé le virage du groupe de Carl McCoy vers des ambitions plus modernes, psychédéliques, et pas avares d´effets. Et si d´ "Elizium" il reste avant tout l´image d´un disque fait de guitares, il s´en dégage un véritable effet d´hypnose, sans doute en raison de ces textures synthétiques discrètes qui gorgent l´arrière-plan.
L´importance des claviers et des apports synthétiques est réelle, comme le prouvent les fins traficotages qui gouvernent les montées en puissance du terrible single "Sumerland (what Dreams may come)", entre autres. Pour faire aboutir ces fameux claviers, le quintet ne s´est privé d´aucun moyen. Il a invité Jon Carin (claviériste de Pink Floyd pour la scène), donnant alors à ce dernier un rôle d´importance : il enjolivera réellement des structures musicales puissantes, et déjà très belles. "Elizium" est d´ailleurs, à ce titre, un enregistrement qui fond l´esprit du Goth dans les textures les plus modernes générées par le groupe de Roger Waters. Il fallait oser.
Plusieurs arguments sont à mettre au bénéfice du groupe pour les séances qui présidèrent à la naissance d´ "Elizium". Sur le plan de sa propre musicalité, il est arrivé à un niveau insoupçonnable après le pourtant prometteur "The Nephilim". Les guitares sont plus lyriques que jamais : elles dominent entièrement, en compagnie d´une basse énorme (Tony Pettitt, repère essentiel dans l´histoire de FOTN) et des rugissements maudits de McCoy, les crescendos de "Submission". Elles construisent aussi les thèmes récurrents de l´album, particulièrement remarquables sur la première partie de l´enregistrement. Les quatre premiers titres forment ainsi un concept au sein duquel les thèmes se répètent : "For her Light", mythique single, est une préparation harmonique au final et urgent "Paradise regained".
Sur cette première phase, Fields Of The Nephilim opèrent une véritable démonstration, dans la musicalité comme dans l´écriture : les deux titres les plus rock évoqués sont introduits par une plage atmosphérique des plus saisissante ("Dead but dreaming") puis séparés par un long morceau atmosphérique : "At the Gates of silent Memory" est à ranger, en termes d´évocation, sur le même plan que ces "Endemoniada" ou "Last Exit for the Lost" qui marquèrent le second opus. FOTN, in fine, joue sur l´alternance des dynamiques et des atmosphères, et fait aboutir un propos lyrique.
L´autre point fort de l´enregistrement reste bel et bien la voix de McCoy. Noyée dans la réverbération, elle parvient pourtant à démontrer un grain stupéfiant, et va figer alors un des points de repère stylistique du genre. McCoy, possédé, a quitté les terrains purement gutturaux pour s´essayer sur la majorité des titres à des voix plus claires (le final "And there will your Heart be also"), pourvoyeuses d´une terrible émotion. McCoy semble hors du temps.
"Elizium" conclut ainsi la discographie studio de Fields Of The Nephilim dans l´adoucissement général des formes et une apogée émotionnelle.
C´est sans doute le disque sur lequel McCoy et ses compères, émérites, ont redéfini au mieux le genre Gothique. Alors que se bousculaient (et se bousculent encore) les clones de Sisters Of Mercy, toute une ribambelle de groupes ne virent dans le "gothique" à venir dans les années 90 qu´un outil référentiel permettant de délivrer un rock sombre et efficace. C´est bien, mais c´est peu finalement. Pourtant, sur "Elizium", FOTN avaient montré une voie. Le groupe avait alors touché une autre dimension, une forme hybridant l´héritage des ténèbres à des formes inédites et obsédantes de rêves, restées depuis dans toutes les mémoires.
Personne, par la suite, n´a suivi The Nephilim sur ce terrain.
Qui aurait pu, de toute manière ?"
Tracklisting :
1. Dead but dreaming
2. For her Light
3. At the Gates of silent Memory
4. Paradise regained
5. Submission
6. Sumerland (What Dreams may come)
7. Wail of Summer
8. And there will your Heart be also
C´est "long" mais c´est pour la bonne cause:l´Art!