Voici la chronique d´un album de Soad fait par Philippe Manoeuvre dans Crossroads
Jamais encore dans l´histoire du rock et du roll un groupe n´avait aussi bien porté son nom. Jamais encore on n´avait connu une telle adéquation entre le patronyme d´un groupe et l´effet produit sur l´auditeur normalement constitué. Quand tu écoutes ce truc, tu tombes bas, très bas en effet : down. Ton moral dégringole dans tes chaussettes. Pas à cause des paroles, hein !, qui te fileraient un méchant coup de blues à cause de, je ne sais pas moi, une méchante lucidité contenue dedans par exemple, sur la vie, l´amour, la guerre, tout ça. Non, plutôt à cause de l´ineptie totale des compositions. Et encore, j´écris le mot : composition, parce qu´il fallait bien trouver un terme autre que caca de chien, pilote automatique, Uderzo ou Harry Potter.
Jamais encore dans l´histoire du rock et du roll un groupe n´avait aussi clairement déclaré ses intentions : system. Chaque morceau est le décalque du précédent, chaque fois basé sur la même et chiante construction : quelques accords doom joués à la vitesse du nouvel airbus qui aurait pris des amphètes pour se sentir moins lourd, un couplet psalmodié en fast-forward, 15 secondes de guitare planante, une envolée orientalisante puisque, tout de même, le groupe est arménien et se voyait en haut de l´affiche du courant alternatif, encore quelques beats doom, et hop on passe à la chanson suivante qui est en fait la même que la précédente, et la même que la première, qui est d´ailleurs la même que la dernière, ce qui fait qu´au fond, ils auraient pu placer la dernière en premier et la première en position quatre, ça n´aurait rien changé à l´affaire, enfin je veux dire : aux affaires, puisque, en dépit du bon sens musical, comme dirait Coluche : - Ils le vendent ça ?
Ouis, ils le vendent, très bien même. D´ailleurs, le titre de leur nouveau (?) CD, le prouve à suffisance : Hypnotize. On va vous endormir, et vous piquer votre portefeuille. Attention ! le maître de cérémonies s´est également attribué une aura intelligentsia en sortant en 2003 Serart, un album world inaudible en compagnie de musiciens arméniens traditionnels où l´on découvre avec effroi le même genre de soupe, et que la maison de disques ose présenter comme une <<avancée sonique>>. Le plus triste, c´est que ces gens ont l´air de croire vraiment à ce qu´ils ne font pas : de la musique. une sorte d´opéra rock inopérant et qui donne juste envie de s´écouter The Cardiacs, Frank Zappa, Mister Bungle, ou à la limite Queen, dans un mauvais jour.