Voilà des infos sur le groupe :
Spooks, le nom du groupe américain créé en 1994, fournit un indice sur la démarche des quatre rappeurs (Booka-T, Water Water, Hypno et J.D.) et de la chanteuse (Ming-Xia). Selon les contextes, on peut traduire le mot " spook " par fantôme, revenant ou espion. Ces cinq lecteurs assidus de polars et de fiction cultivent le mystère. L’appellation du posse leur a été inspirée par le roman (de Sam Greenlee) adapté en 1973 pour le grand écran, The Spook Who Sat By The Door (L’espion derrière la porte). " Nous nous positionnons comme des agents secrets, influencés aussi bien par Che Guevara que par Gandhi ", a déclaré Hypno, l’un des rappeurs, dans le mensuel l’Affiche de décembre.
Cette mise en scène aurait pu avoir quelque chose de vain. Mais les Spooks développent une démarche mûrement pensée. Ils ont gagné leurs grades dans l’underground et incarnent un hip-hop culturel, conscient. Rien à voir avec ceux des rappeurs qui mettent en avant leur ville ou leur quartier. Les Spooks refusent l’ethnicisation du hip-hop. Si l’on sait qu’ils viennent de différents coins de l’Est des États-Unis, ils gardent secret la région d’origine de chacun. Même volonté d’ouverture sur le plan musical. " Nous considérons nos vécus et nos goûts différents comme une source de richesse, explique la chanteuse Ming-Xia. Nous écoutons toutes sortes de styles, des Nubians à Björk, James Brown, Radiohead... Le hip-hop n’est pas un bloc monolithique et figé, mais une attitude par rapport à la vie et à l’art, une force en mouvement. "
La remarquable vocaliste s’exprime dans un très bon français, qu’elle a appris lors de séjours avec ses parents sur le sol de l’Hexagone. Comme elle, ses camarades s’intéressent au rap made in France. Lors de leur passage à Paris, l’an dernier, ils ont kiffé l’humoristique " J’pète les plombs " du tchatcheur franco-africain Disiz la Peste. Quelques semaines plus tard, ils ont participé au grand show au Zénith, organisé par IV My People, label indépendant impulsé par Kool Shen (de NTM). Les Spooks, qui ont du flair, savent, du moins à ce stade de leur succès, choisir des alliés de qualité.
Côté musique, ils ont une ouverture qui fait penser à celle de Saïan Supa Crew. Comme chez ces derniers, le nombre élevé de voix (cinq chez les Spooks) permet d’explorer une plus large palette de timbres et de " flows " (débits). De plus, le traitement des rythmiques (funky house, pompe reggae, jungle...) sort des " beats " battus et rebattus. Et les influences musicales sont puisées dans le jazz, la soul, le R’n B, le drum & bass... Leur premier album S.I.O.S.O.S. Volume 1 a mijoté un délicieux melting pot. Il a été fait appel à un groupe de musiciens (guitare, synthétiseurs, basse, batterie), dont les apports, combinés au travail sur les samples et autres pratiques technologiques, engendrent d’originales couleurs sonores. Dans la chanson à la pulsation doucement hypnotique, They Don’t Know, le vibraphone instille une atmosphère étrange, tandis que les rappeurs enchaînent leurs interventions avec un sens de l’interaction.
Le single Something I’ve Seen a fait un tabac. Largement diffusé sur les ondes, notamment en France par Skyrock, il a mis en lumière la fertilité mélodique de la chanteuse et l’heureuse complémentarité des MCs. Au départ, le morceau avait été écrit pour la bande-son de Once In The Life, premier film de Laurence Fishburne en tant que réalisateur. Le texte évoque Amadou Diallo, jeune Africain assassiné sans motif par des policiers américains. " J’ai vu le règne suprême de l’ordre et du chaos /J’ai vu la beauté de l’univers et la paix /En un instant se transformer en violence et en larmes. " Ce refrain lancinant trotte dans notre tête comme une mémoire qui refuse de mourir.