Ornithologie fatale
Dans son ultime roman, Bukowski se glisse dans la peau d´un détective privé de Série noire, bizarrement mandaté par la Grande Faucheuse. La belle équivoque ("Quand elle traversa l´espace qui nous séparait, elle me fit penser à une grue couronnée qui aurait forcé sur l´alcool. Vingt dieux, ce qu´elle tanguait. Mais quel sublime flash de chair fraîche!") est amère. Depuis une bonne trentaine d´années, elle se fait mener en bateau par un certain Céline. Présumé mort à Meudon, en 1961, il coulerait en fait des jours tranquilles dans le Los Angeles crépusculaire et glauque des années 90. L´enquête commence ; d´autres s´y mêlent. La mort rôde ; des extraterrestres aussi. Un mystérieux Moineau Ecarlate tripote les fils du destin.
Advienne que pourra. Le privé vit sur son erre avec nonchalance, sans étonnement devant le tour fantastique que prennent les événem; ents. Fondant de désir, il oppose un cynisme bien tempéré au pessimisme écologique d´une belle de Zaros, charmant serpent sur sa planète natale et, pour l´heure, pin-up dans un corps de deuxième main. Quand elle annonce : "Après mûre réflexion, nous sommes arrivés à la conclusion que votre planète était trop affreuse. Et nous avons renoncé à la coloniser. [...] En définitive, vous n´avez pas su vous arrêter à temps, vous avez creusé votre propore tome", il reste froid et lui oppose la durabilité de l´incertitude : "Sauf que ça peut péter demain comme dans mille ans. Du coup, puisque nul ne sait pour combien de temps on en a encore, la plupart des Terriens ont renoncé à changer quoi que ce soit à cet état des choses. Après nous, le déluge, n´est-ce pas ?"
Ses enquêtes achevées - l´affaire Céline est rentrée dans l´ordre - Bukowsky découvre que l´ornithologie est en définitive plus dangereuse que sa patiente cueillette du bouchon de blanc. Le Moineau Ecarlate, "immense et boulversant oiseau", le rattrape pour 600 dollars mal empruntés. La Grande Faucheuse, toujours aussi belle, veille.
Inattendu et inhabituel, apparemment loin du Bukowsky traditionnel, ce dernier roman, plus noir que ne devait l´être bien souvent son auteur, est d´autant plus attachant qu´il sonne parfois comme une épitaphe : "Regardons les choses en face, j´étais assis entre l´Espace et la mort".
TROU