Je suis assez d'accord avec toi sur un certain nombre de points, notamment sur le fait que l'autre devient vite ennuyeux. Mais j'ai envie de te demander : est-ce un mal ? Lorsque l'autre perd de son intérêt, il n'y a qu'à changer, on n'a que l'embarras du choix.
La passion n'est pas ennuyeuse en elle même, c'est lorsqu'elle disparaît que l'ennui s'en vient. Prévisible ? Je ne crois pas non, je pense que la passion est une bonne raison de faire preuve d'imagination, d'être créatif et de savoir faire varier indéfiniment les stratégies d'approche. Ajoute à cela que chaque demoiselle réagit à sa façon propre à ce que tu avances, et tu as la recette de la fin de tout ennui.
Je crois que nos divergences principales à ce sujet tiennent dans le fait que tu souhaites construire quelque chose de sérieux et de solide avec quelqu'un.
Quant à la souffrance, il y a en elle de l'intensité. Ça me suffit pour la considérer comme justifiée.
Tu parlais d'amour cadavérique. J'avoue que cette idée me répugne, je ne comprend vraiment pas comment l'on peut aimer par-delà l'action. C'est, me semble-t-il, engluer l'autre dans un en-soi, croire qu'il perdure, qu'il est un être lorsqu'il n'est qu'existence, à faire et à refaire au gré de la vie qui passe. Et c'est surtout accepter d'être aussi cet en-soi, croire en fait que l'on n'est pas libre, que l'on n'échappe à notre condition d'homme pour entrer dans l'éternité.
Être stable, durable... être. Ça peut paraître très heideggerien comme discours, mais enfin, quelle illusion que de croire que l'on sera ce que l'on est, et ce que l'on a été, comment aimé et être aimé hors de l'instant présent ?
Et surtout, pourquoi aimer si ce n'est par désir, par recherche de satisfaction physique ? Aimer. Fiché au plus profond du corps d'une femme, je ne me sens pas en elle, je ne l'atteins pas, je ne suis pas elle, je me retire et elle reste seule, au fond de son âme, et je suis quant à moi solitude satisfaite.
Mais, tout cela n'est qu'une donnation de sens, je veux bien croire qu'il y en est d'autres possibles, c'est mon point de vue sur ce jeu qu'est l'amour, qui s'inscrit dans ce grand jeu qu'est la vie.
De toutes façons, j'aime Nawel.
