Bah je vais te mettre le texte, mais ma présentation était mieux avec les codes. En plus y a de la musique alors bon...
Voilà le texte..
nSens-tu l’air qui te caresse les joues ? Le vent qui décoiffe tes cheveux ? Il te murmure à l’oreille. Ce chuchotement doux, enlaçant tes sens. C’est un poème harmonieux, mélodieux. Le souffle qui, chantant dans la pâleur de l’aube, apaise le tourment qui te ronge.
Et toi. Pourquoi ne chantes-tu pas ? Pourquoi ne pas fredonner cette mélodie nostalgique ?
La brume qui t’enveloppe, voile humide et douloureusement frais. Elle te cache le monde qui t’entour. Elle te protège de sa violence, de sa tristesse. Ainsi préservée tu te sens chez toi. Tu oublis l’amertume qui te ronge. Elle se rallume. La flamme en toi, qui n’était plus qu’une faible braise dans les cendres de ton passé. Tu sais qu’elle s’éteindra à nouveau quand tu franchiras le rideau de brouillard. Quand tu quitteras l’enceinte bienveillante des racines de ce chêne, tout s’effacera. Alors tu te laisses rêver. Tu fais vibrer les cordes de ta guitare, en songeant à ce qui tu as perdu, à ce que tu es maintenant…
Danse. Danse comme les feuilles qui tombe à l’automne. Et oublis. Oublis qu’après cette averse d’or et d’écarlate viendra l’hiver. Un hiver dur, qui figera la nature. Celle que tu aimes plus que tout, celle que tu chéries plus que ta vie.
Colle ton oreille contre l’écorce. Comme cette chaleur est agréable. Entends-tu ses battements. Toi tu le sais. Les arbres ont un cœur et une âme. Celui-ci est comme toi, il a perdu sa moitié. Sa famille. S’il y avait une forêt ici, il n’en reste plus rien. Un pâle souvenir peut-être ? Un fantôme qui erre dans ces ruines calcinées.
Tous ont disparu.
Tous.
Ils sont partis et ne reviendront jamais.
Ils te manquent ?
Tu l’entends n’est-ce pas ? La voix du vieux colosse, seul survivant d’une forêt. Une forêt tuée par la vanité des Hommes.
Un gland vient tomber à ton coté, tout comme une grosse larme s’écrase sur le dos de ta main.
Un instant, une vision voile ton regard. A la place des ruines noircies de suie se dresse une bâtisse. Devant elle, sur une pelouse soigneusement entretenue joue deux enfants. Leurs deux parents rient ensemble tandis que le père prend une photo. La vision s’évanouit quand le flash de l’appareil t’éblouis. La photo. Tu l’as toujours sur toi. Comme tu avais l’air joyeuse. Ton petit visage rose encadré de cheveux blonds. Ce sourire sculpté sur tes lèvres, éclairant ta frimousse d’enfant parfaitement heureuse. Le deuxième enfant, un garçon, arborait les même traies. C’était lui ta moitié perdue. Tout comme le chêne avait perdu son âme sœur. Il le lui avait murmuré un jour. Un autre chêne qui se dressait à côté de lui. Quand la forêt était encore verte et touffue. Leurs branches autrefois, s’entrelaçaient. Comme tes mains jointes à celle de ton frère.
Mais tout ceci était révolu. Partie en copeaux de bois pour l’un. En cendre dispersé au vent poète pour l’autre. Ta voix s’est éteinte peu à peu, comme une bougie qui n’a plus rien pour continuer à brûler. Et que reste-t-il ? Quatre murs couverts de suie, et deux âmes endeuillées à jamais. Les cordes de ta guitare vibrent au rythme de ta mélodie. Tu joues en cadence avec les chansons du vent.
Le soleil fait briller les larmes qui coulent encore et toujours sur tes joues rougies par le froid automnal. Pourquoi ses souvenirs te reviennent-ils sans cesse ?
Tu te souviens, n’est-ce pas ? De ce jour où tu étais partie seule. Tu t’étais disputé avec ton frère. Il avait refusé de t’accompagner. Peut-être que s’il était venu, ça aurait tout changé. Peut-être que tu serais moins seule. Peut-être que tu aurais dû rester avec lui.
Peut-être qu’en rentrant, on ne t’aurait pas attrapé par le bras pour t’empêcher de t’approcher. On ne t’aurait pas emmené dans cet internat voisin, où tu vis seule et recluse.
Ça fait beaucoup de « peut-être », et regretter ne sert à rien.
Ça fait mal. Tu as mal au fond de toi. Tes blessures ne se soignent pas. Peut-être ne se soigneront-elles jamais. Peut-être ne chanteras-tu plus. Garderas-tu tes secrets pour toujours, sans ne jamais les confier à personne. Seras-tu toujours prostré dans ta douleur, dans le chagrin qui t’enserre le cœur.
Non…
Tu secoues la tête en réponse à cette voix grave qui résonne dans ta tête. Elle aussi est mélodieuse, comme accordé au son de ton instrument.
Tu colles ta joue contre l’écorce rugueuse du vieux chêne. Comme vous êtes solitaire tous les deux. Ainsi blottit l’un contre l’autre. Votre douleur est la même. Vous n’avez plus rien. L’un a vu la nature prendre les siens, l’autre, ce sont les Hommes qui ont emmené sa forêt. Comme vous vous comprenez.
Maintenant. A jamais. C’est ici que tu voudrais rester pour toujours. Recroquevillée au creux des racines d’un arbre. Il est le seul à qui tu parles. Cela dépasse la parole. Ce sont ses pensée, tes émotions, tes caresses qui te donne une nouvelle voix. Une façon de s’exprimé unique, que seule la nature comprend et entend. En échange, celle-ci te répond. Et toi tu comprends tout. C’est une symbiose, une conception parfaite de ce que devrait-être la vie. L’harmonie d’un accord parfait, comme la chanson mélancolique que tu joues machinalement.
Blottie entre les nœuds des racines. Protégée par l’imposant tronc du colosse solitaire. Pourquoi est-il le seul à se dresser au milieu de ce jardin ? Toi tu as fermé les yeux pour oublier ce qu’il se passe autour de toi. Pour ne pas voir le soleil se lever une fois de plus sur les vestiges de ta vie. Pour ne pas voir les herbes folles qui ont engloutit le mobilier extérieur, investie les pièces de la maison brulée. Si tu essayes d’ignorer le présent, tu ne peux tourner le dos au passé. On n’oublie pas ce qu’on veut voudrait ne plus revoir. Tu ne peux pas t’empêcher de revoir les flammes qui léchaient presque les branches du vieil arbre. De l’incendie ne subsistait que de faible trace sur le site. Mais dans ton cœur se sont des traces qui ne s’effacent pas. Elles sont gravées dans ton esprit. Elles font partie de toi. Doucement, les vibrations des cordes s’estompent, après que tu les ais gratté une dernière fois.
La nature est comme un baume. Elle apaise tes douleurs. Comble le vide qui habite ton cœur. Si ta souffrance ne disparait pas, tu parviens à la surmonter quand tu es ici. Pour toi, même si ce lieu est celui du drame qui a brisé ta vie et ton cœur, c’est l’endroit où tu te sens le mieux. Ton chez toi. Là où les fantômes de ta vie heureuse habitent. Là où tu es proche de ta famille perdue. Là où demeure ton meilleur et unique ami. Il t’écoute, il te comprend mieux que quiconque.
Parfois, tu as l’impression de reconnaitre en lui ton frère, ton jumeau. Mais en même temps la force et la protection de ton père. La douceur et la compréhension de ta mère. Il est ta famille.
Vous vivez ensemble. Vous souffrez ensemble. Quand l’un pleure, l’autre le console. Par quelque geste, un bruissement de feuille, un regard, un craquement d’écorce, vous vous comprenez.
La chaleur qui t’envahit quand tu es près de lui n’est pas un hasard. C’est ici, ton havre de paix. Et même si parfois ta gorge se serre. Tu as envie de pleurer. Le chêne parvient toujours à faire naitre un sourire au milieu des larmes.
Qui sait, peut-être qu’un jour se sourire s’accompagnera d’un éclat de rire ? Peut-être que tu ne te contenteras plus de jouer de ta guitare. Chanteras-tu à nouveau au retour du printemps ? Accompagneras-tu la brise de ta voix retrouvée ?
Les blessures ne sont pas éternelles, tout comme la tristesse.
Rester ici est tentant. Mais au fond… tu as besoin de retourné dans cette école. Tu y observes la bêtise propre à tes semblables. Et puis c’est parfois une présence réconfortante. Elle ne l’est pas autant que celle de ton arbre. C’est une présence bruyante et immature. Mais enfin, tout ceci n’est qu’un théâtre réel qui se vit au quotidien. Une symphonie monotone et agaçante. Comme une mouche qu’on chasse d’un revers de la main et qui revient sans cesse. Tu le déteste cet internat, mais au fond tu t’y sens bien. Les personnes te parlent, mais tu les ignores. Tu fais abstraction du monde qui t’entour et fait de ces personne tes ennemis. Tu te méfies.
Mais enfin, tu as choisis ton refuge. Il est ici et pas ailleurs. Et tu t’y endors. A ton réveil, l’arbre se sera figée, le vent se serra tut. Alors tu te lèveras et tu quitteras ton passé. Tu rentreras à l’école sans regarder en arrière, passer une nouvelle semaine seule et silencieuse. Puis te reviendras la semaine prochaine, le cœur chargé de tristesse et de souvenirs. De chose à dire à ton arbre. De nouvelle chanson à apprendre au vent. Une douleur à oublier, une vie à refaire. Tu observeras les fantômes mener leur ronde silencieuse. Mais pour le moment, ferme les paupières, et endors-toi. Le soleil, maintenant est levé, et la nature chante sa berceuse, tandis que tu es emportée sur l’aile du sommeil.