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Prologue
L'éther, le sang de Bionis. Cette substance est présente partout dans le monde : les espèces organiques, l'énergie nécessaire aux transports et usines... L'éther est l'énergie qui régit l'univers. Le détourner peut permettre d'entrevoir les quantités qui seront présentes dans l'avenir. En clair, grâce à l'éther, le futur peut être connu et évité.
Récemment, l'âme de Bionis, Zanza, a été vaincue lors d'un combat contre un Kioshinien, un habitant de Bionis, et ses amis. L'âme du Titan étant morte, son corps, suite à la décision du vainqueur, devint minéral. Un nouveau monde venait d'être créé, reprenant les bases de l'ancien, dont les habitants. Shulk, le héros, pensait que tout se terminerait et pourtant, il avait omis un point.
Bionis se minéralisant peu à peu, son sang, l'éther suivrait lui aussi cette voie, jusqu'à ce que le Titan soit entièrement fossilisé...
La destruction du Titan organique divisa les peuples. Les uns se retrouvaient isolés des autres et grâce aux différents transports telles que les navettes hayenthes et les ptérix nopons, l'unité revint entre tous. Des ouvrages d'art comme le pont de Raguel furent entrepris pour joindre les différents îlots ainsi que pour permettre une liaison plus simple par transport motorisé terrestre appartenant aux Homz.
Les technologies se développèrent à une vitesse ahurissante : les Nopons apportaient leur savoir-faire des plantes et de leur croissance accélérée ; les Homz apportèrent la création de bâtiments et de structures résistantes aux attaques ; les Hayenthes contribuèrent en sciences et en médecine. Les machinas survivants eux s'installèrent grâce au Junks sur un îlot inhabité correspondant autrefois à l'épaule gauche de Bionis. Une alliance des quatre peuples se forma rapidement, alliance dirigée par quatre représentants, un de chaque race.
L'éther était de plus en plus nécessaire mais une conséquence visible de la minéralisation la baisse des niveaux d'éther dans ce qui avaient servi de capillaires sanguins. Ils étaient désormais des tunnels permettant une exploration d'un monde souterrain où nul autre n'eut jamais été.
On trouvait toujours des monstres pour conserver l'équilibre de la nature. Mais ceux-ci étaient inoffensifs et ne pouvaient importuner les espèces dites « intelligentes ».
Les héros qui avaient sauvé l'ancien monde de la folie de Zanza s'étaient séparés et leur amitié enfouie. Les bases de leur ancienne coopération résidait dans l'espoir et le besoin de protéger leurs semblables. Mais ces raisons avaient disparu suite à l'apparition d'un monde sain. Shulk et Fiora s'était marié à leurs vingt-trois ans respectifs, Reyn était devenu colonel et avait envoyé Vangarre en « arrêt prématuré de ses fonctions ». Dunban quant à lui, avait sombré dans l'alcoolisme et un beau matin avait quitté la colonie Homz sans aucune nouvelle de lui depuis. Sharla, avait stoppé ses activités d'infirmière et s'était reconvertie en tant que comptable. Après la mort de Gadolt, elle ne sut retrouver le bonheur avec aucun autre homme. Elle enchainait romance après romance, ne serait-ce parfois que quelques jours d'amour qu'on lui prodigât. Riki vivait heureux avec Oka et leurs nombreux enfants. Suite à la victoire du héropon face aux grodinos, le village l'avait nommé « Héropon Protecteur de l'Arbre » à vie. Melia gouvernait les semi-hayenthes d'une manière dure : elle cherchait le rétablissement des hayenthes en tant que supérieur. Sa peine de cœur avec Shulk l'avait rendue imperméable à toute affection et contrairement à Sharla, elle ne recherchait pas la moindre sensation. Seulement le désir d'imposer de nouveau la suprématie hayenthe.
Le monde était dans une situation équilibrée, le bien égalant le mal. Tout était normal.
Chapitre 4
Des unités volantes nopons étaient chargées de s'assurer qu'aucune des « recrues » homz ne couraient de danger. Leur effectif correspondait au tiers des participants à savoir que deux nopons allaient sur une même nacelle. Par exemple pour trente participants, dix ptérix volaient avec vingt nopons répartis sur chacun des ptérodactyles. Les petits êtres patrouillaient en ratissant la zone pour voir d'éventuels participants en danger. Ils ne pouvaient couvrir que les endroits dégagés, c'est ainsi qu'ils repérèrent une anomalie. Malgré les derniers éclats du soleil, l'ombre s'était abattue dans les recoins encaissés de Makna. Un spectacle que très peu pourront voir dans leur vie se déroulait sous les yeux de deux patrouilleurs. Une ombre massive au centre d'un cercle délimité par des dizaines de deinos ( tonitol, sauros et autres confondus ). Face à l'ombre un petit garçon semblait être transi de peur. Le ptérix tenta une piquée pour secourir l'enfant et, soudain, tous les deinos émirent des rugissements si puissants qu'ils effrayèrent la monture. Celle-ci n'eut d'autre option que de prendre la fuite.
Eghil observait son immense adversaire de haut en bas. Il cherchait une faille qui aurait pu l'avantager. Il savait déjà que la fuite était impossible car vaincre tant de deinos se révélait aussi difficile que d'affronter Digalus. Pourtant, sa conscience lui dictait de combattre cette masse imposante.
Le monstre passa à l'offensive : il recula sa patte droite et avança la gauche rapidement pour lancer un coup de queue qui frappa Eghil de plein fouet et le projeta à quelques mètres. L'immense chose approcha pour enchainer et tenter de piétiner Eghil. Le garçon esquivait, il ne savait comment. Il avait l'impression que son corps maîtrisait une puissance inconnue lui dictant de ses prochaines actions. Digalus comprenant sa tactique inutile, tenta derechef un coup de queue. Cette fois-ci, Eghil réussit à ne pas se prendre l'attaque de plein fouet. Il courait autour de son adversaire, devenant un objet ( plutôt nourriture ) de convoitise pour les congénères du monstre au centre. Celui qui semblait être leur chef, l'opposant d'Eghil, rugit d'une telle puissance que tous les deinos reculèrent et arrêtèrent de vouloir s'approcher. Digalus essaya plusieurs approches qui échouèrent les unes après les autres. Malheureusement, Eghil se fatiguait à courir autour du problème et, par un instant de faiblesse, il baissa sa garde et se mit à réfléchir. Digalus le remarqua et enfin réussit à s'approcher. Eghil fut tiré de ses pensées par une chaleur subite : l'haleine du dinosaure. L'enfant roula sur le côté pour éviter de se faire trancher. Il prit une résolution : puisque la fuite ne fonctionnait pas, restait l'offensive. Il fit le vide en lui malgré Digalus, il fit le vide pour concentrer toute sa volonté et oublié sa peur. Instinctivement, comme précédemment, il entreprit un geste qu'il ne comprit pas : sa main gauche tira de sa poche le porte-bonheur. Une lame d'environ soixante-quinze centimètres apparut avec pour origine la garde et constituait ainsi une épée pour Eghil. Il savait ce qu'il lui restait à faire. Il fonça vers son opposant, lui sauta sur le genou, s'agrippa et escalada le corps du monstre en s'aidant de la peau calleuse du monstre et se hissa enfin sur son épaule. Il termina par un saut à plusieurs mètres au-dessus du monstre. Son bras droit totalement déplié, tendu sur le côté, il piqua vers la tête de Digalus, lui trancha l’œil gauche et de la même attaque coupa la griffe de la patte avant gauche. Le monstre hurla et préparant ses représailles, fixa Eghil qui avait atterri. Seulement, le petit garçon le fixait lui aussi d'un reagard plus qu'étrange : ses yeux étaient entièrement blancs. D'une voix puissante et grave le garçon déclara :
- Que ma volonté soit faite, tu te soumettras et vivras ou tu te battras et mourras !
Le monstre abdiqua, s'allongeant à terre. Un fil de lumière joignit l’œil désormais unique de Digalus aux yeux d'Eghil.
-Sur ton honneur tu me serviras. Quand je t'appellerai, tu répondras et tu m'aideras. Qu'il en soit ainsi pour moi jusqu'à ma mort qui détruira le pacte. Tu ne peux plus me nuire, tu ne peux plus contribuer à me nuire. Tu dois désormais me servir.
Après cette déclaration, l'enfant chuta, épuisé. Son épée reprit sa forme initiale, redevenant une garde banale. Un sauros deinos allait écraser Eghil quand Digalus percuta l'assaillant avant de lui dévorer le cou. Dès à présent, Eghil contrôlait le puissant Digalus, maître de tous les deinos où qu'ils soient, quelqu'ils soient.
Chapitre 5
- Il semblerait qu'il ait disparu...
- Nous devons le retrouver, dit Reyn, sa mère ne supporterait pas sa disparition.
- Mais l'épreuve est en cours. Nous ne pouvons pas l'arrêter. Il savait ce qu'il risquait ! La chance que nous le retrouvions est très faible. Avec les monstres qui rôdent...
- Je me fous de vos statistiques ! Retrouvez-le ! Je dois repartir. Occupez-vous en !
Reyn partit vers l'aire d'atterrissage où il emprunta une navette hayenthe pour retourner chez lui.
Sur la trentaine de concurrents qui avaient participé, vingt-trois avaient abandonné, seuls six participants assez courageux avaient été engagés. Un problème : Eghil manquait à l'appel ! Si il n'avait pu manger, il était déjà mort d'inanition.
Une dizaine de soldats avaient été déployés à travers les deux îlots de Makna. Les nopons aidaient aussi à la recherche très active du disparu. A l'ouest, le village nopon et les cascades. A l'est, les abysse et les rochers de jade. Après la « rénovation », le monde comptait des petites îles, soit. Chaque région avait été placée selon son climat pour que celui-ci ne puisse pas être perturbé. La canicule restait donc présente sur la jungle, y compris ce jour-ci. Une patrouille de nopons avait quand même informé le colonel en privé de leur vision, le premier soir. Reyn avait encaissé un choc quand il l'apprit et avait lancé des directives immédiatement, mais ne devant pas gêner l'épreuve. Plusieurs rapports mentionnaient qu'aucun deinos n'était présent sur les lieux du combat. Aucune trace n'avait été relevée.
Quatre jours s'étaient écoulés, depuis la colonie 9, Reyn priait pour le retour d'Eghil. Pour se détendre, comme à chaque fois, il sortit pour une énième fois un petit cahier relié en cuir. Il le feuilleta pour arriver, comme à son habitude, à la dernière page écrite par l'auteur. Il fronça les sourcils avant de laisser tomber sa tête entre ses mains. Reyn resta quelques minutes dans cette position avant de se lever. Il tourna autour de son bureau pour finalement en sortir. Les soldats présents dans la forteresse le saluèrent respectueusement, mais il les ignora. L'endroit avait complètement été repensé : il se situait devant la seule connexion de l'îlot 9 ; ainsi avait été il appelé en raison de la colonie qu'il abritait; au reste du monde : le pont de Regnar. Long de vingt mille mètres, il était le plus beau et le plus long ouvrage d'art en son genre. Les Homz l'avaient construit car la grotte de Tephra étant sous terre, elle fut automatiquement submergée. L'entrée de la grotte fut bouchée, au cas où ... Le pont était donc le seul endroit à surveiller car nulle autre voie d'accès existait pour d'éventuels assaillants. Personne ne voguait en mer, les unités volantes ne pouvaient rien tenter en raison des nombreuses pièces d'artillerie, fonctionnant grâce à l'éther, couvrant tout l'ilot, chacune espacée de cent mètres. Les habitations et commerces s'étaient étendus par delà les anciennes limites. Le modèle de la colonie 6 avait réchauffé les cœurs et incité les gens à toujours construire plus loin. Un esprit de compétition se formait entre les Homz bien que la fraternité était bien plus puissante. Ainsi, le lieu était à la fois sécurisé et habité.
Une avancée de trois cents mètres avait été réalisée, elle même composée de murs en haut et sur les côtés et séparée par sept lourdes portes pour parer à toute éventualité.
Les quartiers des officiers étaient à la gauche de l'entrée de l'avancé, et ceux des recrues se situaient de l'autre côté. Les pièces d'artillerie et l'arsenal avaient été placés quant à eux dans le coin droit opposé aux quartiers des militaires, à côté du laboratoire militaire. Le reste de l'espace était occupé par le terrain d'entraînement. Des poteaux, des barbelés à esquiver en rampant, des parcours, des murs d'escalade... Voilà de quoi était composé la zone. Une allée joignait les entrées nord et sud, coupant la forteresse en deux. Reyn sortit du bâtiment militaire, se dirigeant vers la ville. Il marcha dans un terrain resté sauvage pendant environ deux mille mètres. Des lapix se promenaient par deux ou trois, gambadant dans les herbes. La prospérité était le seul mot pouvant décrire la situation dans cette colonie. Selon les civils.
Reyn épluchait les rapports et trouvaient de plus en plus de problèmes au delà du pont de Regnar. Les convois parvenaient rarement à franchir certains endroits. Ils partaient des usines d'extraction d'éther situées aux alentours du mythique cœur de Bionis. L'éther était réuni et envoyer à la colonie 6. Arrivé, une partie était gardée dans cette même colonie puis le reste allait en direction de la colonie 9. Si, et seulement si, l'éther était acheminé avec succès vers la ville reconstruite, celui destiné à leurs confrères pouvait partir. Il n'arrivait jamais. La voie terrestre était la seule option car les navettes hayenthes réagissaient mal à une telle concentration d'éther et ne pouvaient de toute manière pas en contenir une grande quantité. Les buggys tractaient donc des cuves renforcées contenant la précieuse matière. Les moteurs avaient été améliorés pour quadrupler leur puissance. Il fallait environ sept jours entiers pour qu'un convoi rallie la colonie 9 en passant par la colonie 6 en partant des usines. Trop lents, les convois étaient vulnérables et à la complète merci de n'importe quel assaillant. Les rapports ne décrivaient pas exactement où l'attaque avait lieu. Aucun soldat ne voulait plus accompagner l 'éther car désormais l'embuscade se révélait être sans pitié pour les perdants.
Songeant à cela, Reyn ne remarqua pas tout de suite son arrivée dans la colonie 9 et ses nouveaux quartiers. Il entra dans une rue qui débouchait vers une place avec une fontaine. Il arriva finalement chez Fiora. Il toqua avant que celle-ci lui ouvre.
- L'as-tu trouvé ?
- Non. Je m'excuse... Mais c'est une question de temps.
Fiora entra dans une crise de sanglots. Reyn la laissa seule pour qu'elle puisse se reprendre. Il retournait vers son bureau quand il entendit un cri perçant, brisant le silence. Il revint précipitamment en arrière pour trouver Fiora, étendue sur le sol, un couteau entre ses mains, planté dans son abdomen supérieur. Reyn retira l'arme puis compressa le torse de Fiora après l'avoir dégagé, pour empêcher l'hémorragie. Mais avec un point vital touché, aucun miracle ne pouvait être attendu.
La nuit tombait, un sauros deinos approchait du village nopon avec sur son dos, un enfant. Celui-ci chevauchait l'énorme monstre au niveau de son cou. Il était blond aux yeux bleus, mais pas très grand pour son âge. Sa chemise était déchirée, son pantalon troué et boueux. Il intima un geste et le monstre baissa son cou pour laisser le garçon descendre. Il se dirigea à l'intérieur de l'Arbre, vers les ambassades homz. Il grimpa plusieurs étages jusqu'au sixième où il entra dans une habitation différente des autres, non seulement plus haute mais aussi plus large. Un Homz se tenait derrière un bureau.
- Qui es-tu et que fais-tu là ?
- Je me nomme Eghil. Je crois que vous me cherchez. Et puis, j'ai réussi votre épreuve. Je suis donc accepté ?
L'homme se leva et le prit par les épaules. Il l'emmena vers l'aire d'atterrissage où une navette le prit en charge. L'engin s'envola.
Quinze minutes plus tard, l'enfant se retrouvait chez lui. Reyn arriva devant lui.
- J'ai réussi votre épreuve, je suis donc pris, non ?
Reyn ne dit rien. Il emmena Eghil vers l’hôpital général de la colonie. Il monta les marches pour déboucher dans un couloir blanc. Ils entrèrent dans une chambre où était allongée Fiora. Eghil s'approcha. Quand il comprit la situation, il fondit en larmes.
Chapitre 6
Eghil courut vers le cadavre, se libérant de l'emprise des gardes, et enlaça sa mère. Des larmes perlaient sur les mèches blondes qui lui couvraient le visage, il pleurait de tout son corps et personne n'intervenait pour le consoler. Reyn s'avança et prit le garçon par les épaules.
- Ressaisis-toi Eghil ! Tu ne peux pas te lamenter sur ce qui est fait !
- Qui ? Qui lui a fait ça !
- C'est... elle... Je suis allé la voir pour lui dire que nous ne t'avions pas encore retrouvé... J'ai commis l'erreur de la laisser puis j'ai entendu son cri. J'ai couru pour rentrer chez toi mais c'était trop tard : elle s'était enfoncée un couteau en plein cœur. J'ai tenté de la sauver en stoppant l'hémorragie mais elle est morte dans mes bras. Je suis désolé...
- On peut toujours faire quelque chose ! Comment ma sœur pourra vivre avec ça ? Comment !
- Et bien, j'ai une solution, et je te laisse le choix. Soit, ta sœur part en orphelinat et nous lui avouerons que ses deux parents sont morts, soit...
- Tu as tort, papa est en vie, l'interrompit Eghil.
- Soit, je la prends avec moi et je l'adopte. Nous lui dirons quand elle sera plus grande et si elle le demande, que je suis séparé de sa mère depuis plusieurs années.
- Et si elle veut la rencontrer ?
- Je connais quelqu'un qui acceptera de jouer le rôle. La vie d'Ariana ne sera que mensonges jusqu'à ce qu'elle soit en âge de comprendre, en es-tu conscient ?
- Oui, mais où vivra-t-elle ?
- A la caserne, tout comme toi. Tu ne seras bien entendu que le fils d'un ami et que tu es orphelin.
- Cela me semble juste, mais je te prie de rien ne lui révéler tant que je ne jugerai pas le moment approprié.
- Son éducation sera parfaite par le système d'éducation public, où elle rencontrera d'autres filles de son âge. Elle ne te considérera jamais comme un frère, t'en rends-tu compte ?
- Oui, et je l'accepte, pour son bien...
Suite à cet entretien, Eghil fut conduit par deux soldats hors de l’hôpital, puis dans une unité motorisée à plusieurs place qui les emmena dans la forteresse. Une fois arrivés, ils descendirent tous et se dirigèrent vers un des bâtiments. Ils marchèrent dans un couloir sombre, faiblement éclairé par des lampes à éther diffusant une lueur insuffisante et accrochées au plafond. Un arrêt fut entrepris pour entrer dans une salle tout aussi obscure que le couloir avec, en son centre, une table sous laquelle reposaient deux chaises. Un soldat fit asseoir Eghil tandis que l'autre s'asseyait face au garçon éprouvé à un tel point par les derniers événements qu'il en était livide.
- Tu es désormais une recrue des Forces Armées de la Colonie 9, tu te dois donc en tant que tel de répondre aux quelques questions que nous allons te poser. Commençons par ceci : L'épreuve durait trois jours, pourtant tu es revenu près une semaine entière sans signe de vie de ta part, pourquoi ce choix ?
- Je ne l'ai pas eu, si c'est ce que vous vouliez savoir.
- Tu n'as pas eu le choix ? Tu es bien maître de tes mouvements ? N'est-ce pas ?
- En effet, mais je devais accomplir quelque chose, ne me demandez pas quoi.
- Tu devras répondre aux questions, quel quelles soient ! répondit violemment l'interrogateur alors que que son collègue observait les réactions du petit. D'après une patrouille qui surveillait l'épreuve, tu te battais face à un deinos mais la suite semble confuse. Peux-tu nous éclairer à ce sujet ?
- Et bien, je venais de me faire agresser par un de vos participants et pendant que je récupérais de ses coups, je suis sorti et suis tombé face à un deinos.
- Quel genre de deinos ? Un jeune tonitol ?
- Il s'agissait d'un sauros et, plus précisément, de celui étant registré sous le nom de Digalus, enchaîna Eghil sans pour autant ponctué sa voix de quelque excitation.
- Impossible ! s'étrangla le soldat, un enfant de ton age ne peut vaincre un pareil monstre seul ! Tu mens !
- Mais je suis face à vous, sincère. Je réponds à vos interrogations, je l'ai vaincu. Je ne l'ai pas tué mais assez affaibli pour... Je ne sais plus !
- Fini les plaisanteries ! Répond sérieusement à mes questions ! Qu'est-il advenu de toi lors de ton combat ?
- J'ai... J'ai été pris d'une étrange puissance... Je me suis précipité vers Digalus, puis je l'ai escaladé pour finalement attaquer en piquée et lui tranche son œil et une de ses griffes gauches...
- C'est théoriquement impossible ! Tu n'avais aucun entraînement aux armes, et puis tu t'es fait voler n'est-ce pas ? Tu as donc été dépouillé de ton couteau ! Tu n'avais aucune arme, tu n'aurais pas dû t'en sortir !
- Vous regrettez ma réussite ? Vous, les Homz de qui j'hérite mon patrimoine génétique et dont certains d'entre vous sont proches de ma personne. Vous, vous cherchez ma mort ? entama Eghil, toujours d'un ton aussi pondéré. Vous croyez m’effrayer, j'ai à ma disposition des armes dont vous n' imaginez même pas l'existence, ni la puissance.
L’enfant avait baissé la tête et riait. Il riait pour se moquer des deux personnes chargées de l’interrogatoire. Il se leva et comme un soldat voulait le retenir, il frappa le malchanceux d'un coup à la nuque qu'il atteignit en se propulsant sur un mur. L'autre sortait déjà son arme, un simple pistolet à canon à éther, ce qui ne perturba pas Eghil le moins du monde. L'enfant paraissait possédé.
- Papa, puis maman, pourquoi me quittez-vous tous ! hurla Eghil.
Le soldat prit son courage à deux mains, s'avança, tenta un coup pour étourdir son juvénile opposant. Attaque qui échoua car le concerné avait déjà esquivé pour riposter par un coup de paume sur la nuque, du même acabit que celui porté à son collègue. Après s'être débarrassé des deux soldats, Eghil sortit alors que des pas retentissants traversaient le couloir pour venir vers l'échappé. Se rendant compte que sa fuite ne passerait pas inaperçue, le fuyard se mit à courir. Il déboula à un carrefour, où il pouvait choisir entre trois directions avec des soldats arrivant de chaque. Au lieu de s'affoler, Eghil prit la voie la moins bouchée et arrivée devant les soldats se propulsa sur le mur sur lequel il rebondit pour atterrir derrière le groupe à sa poursuite. Il recommença sa course pour, cette fois, déboucher à l'air libre. Plusieurs groupes l'avaient dans leur ligne de mire. Toujours impassible, l'enfant sprinta vers le pont de Regnar. Des tirs fusaient de toutes parts et en représailles, la jeune recrue sortit la garde de laquelle apparut une lame longue d'un mètre. Il se retourna et continua son sprint en direction des soldats. Un tir l'atteint en pleine jambe sans que cela le gêne. Une longue traînée suivait sa trajectoire, probablement une artère touchée. La cible de tous les soldats ralentissait mais ne cessait pas sa folle course. Un homme armé d'une longue et lourde épée se précipita vers le gamin et lança un coup qui le stoppa net. Surpris et désemparé, Eghil se tourna vers le nouvel arrivant pour découvrir qu'il s'agissait de Reyn. L'enfant qui attirait l'attention de tous, s’effondra.
- Docteur, qu'en pensez-vous ? Que lui est-il passé par la tête ?
- Aucune idée, mais sa jambe n'est pas irrécupérable. Il lui faudra tout de même plusieurs mois de rééducation. La cuisse a beau avoir été perforée, la graisse a amorti le choc. La balle a été extraite.
- Et les deux soldats ?
- Ils sont en bon état, mais l'un de est transi de peur. Comme si il avait vu un démon. Il marmonnait quelque chose que j'ai retranscrit : « Haine, démon de la haine ». Il répétait cela sans cesse. D'après ce que je pense, je peux conclure qu'une partie inconsciente d'Eghil a mobilisé toute la haine que le petit renfermait et qu'il enfouissait, jour après jour.
- Cela peut donc se reproduire ?
- Oui, mais j'ai une solution. Il faudrait placer la haine du jeune garçon dans un réceptacle assez résistant et où Eghil pourrait laisser sa haine.
- De quoi avez-vous besoin pour la création d'un tel objet ?
- Tout d'abord, il vous faudra du sable, je ne sais pas où vous pourriez en trouver. Puis, une flamme pure de dragon ainsi que de l'eau des différentes contrées de notre monde.
- Alors je m'en chargerai, gardez le petit sous bonne protection jusqu'à mon retour. A bientôt.