Harry Potter s´attend au pire
Laurence Bertels
Mis en ligne le 06/10/2005
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Très présente en début de récit, la confrontation entre Drago Malefoy et Harry Potter est plus ouverte et surtout plus dangereuse qu´auparavant.
EPA
Peu ou pas grand-chose. En ces mots se résume «Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé», sixième et avant-dernier tome des aventures du plus célèbre des sorciers. Et pourtant, avant d´étayer la légitime déception face aux longueurs des 715 pages de ce volume, longueurs sous-jacentes dans «Harry Potter et la Coupe de Feu» (IV) et plus marquées dans «Harry Potter et l´ordre du Phénix» (V), force est d´avouer que le plaisir de lecture reste intense et grandit au fil des chapitres pour s´achever, comme toujours, en apothéose avec 150 pages de suspense - sans pour autant rivaliser avec la fin de «Harry Potter et la Chambre des secrets» -, de frissons et de chagrin dont on ne dévoilera pas les raisons.
Ainsi va le paradoxe de ce sixième tome au cours duquel on sent Joanne Kathleen Rowling tirer à la ligne tout en mettant les éléments en place pour un septième volume qu´on devine explosif et particulièrement noir, vu l´ampleur des tâches à réaliser par Harry.
SUPPOSITIONS
On suppose, en effet, que ce dernier volet confrontera pour une ultime fois Harry et Voldemort dont, on le sait désormais, les destins sont dangereusement liés. Harry sera bien seul pour accomplir cette tâche, lui qui voit partir peu à peu les rares personnes susceptibles de l´aider. La chasse aux horcruxes, lesquels permettent de diviser l´âme, sera sans doute ardue et déterminante pour la fin de l´aventure et on se demande de plus en plus précisément quel sort et quels destins attendent Harry. S´il survit à la confrontation annoncée, mais point assurée, va-t-il un jour devenir directeur de Poudlard ou se transformera-t-il en Auror comme le veut la prophétie? De plus en plus obsédantes, ces questions se posent au fil des pages et des indices de magie noire qui, chacun, nous rapprochent d´une fin de plus en plus attendue.
Fallait-il pour autant délayer le récit à ce point? Face à la fortune de l´auteur, désormais plus riche que la reine d´Angleterre, et à l´énorme machine commerciale qu´est devenue Harry Potter, vendu à 300 millions d´exemplaires dans le monde entier, on est en droit de s´interroger tout en privilégiant le choix de la confiance. L´expérience a effectivement prouvé que rien n´avait jamais été laissé au hasard dans cette saga savamment construite et imaginée, en 1990, lors d´un voyage en train, de Manchester à Londres.
LÉGÈRETÉ
Antichambre du dernier tome, plus limpide et féminin que les précédents, «Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé» nous convie dans un univers familier que l´on retrouve, après une mise en place de 150 pages, avec plus de joie qu´attendu. Un peu de légèreté, dans ce monde de sortilèges, de dangers, de traîtrises, de recoupements et de métamorphoses, ne fait pas de tort même si les amourettes de Ron frisent le ridicule alors qu´Harry semble, lui, très sincère vis-à-vis de Ginny.
Ce sixième tome donne aussi et enfin plus d´espace à la relation presque filiale de Harry et d´Albus Dumbledore. Leurs voyages dans la Pensine, pays de la mémoire, éclairent le héros sur un passé ignoré. Suite aux événements du cinquième tome, le ministre de la magie a démissionné. Severus Rogue devient enfin professeur de défense contre les forces du mal, un poste auquel personne n´est resté plus d´un an depuis bien longtemps.
Très présente en début de récit, la confrontation entre Drago Malefoy et Harry Potter est plus ouverte et surtout plus dangereuse qu´auparavant, en raison surtout du livre de potions du Prince de Sang-Mêlé dont Harry a hérité sans savoir pourquoi. Peut-être eût-il dû se méfier... Harry est également approché par le ministère de la magie tandis que Hagrid reste un colosse au coeur d´argile, un ami pour pleurer en attendant le dernier tome. Car plus que jamais, J.K. Rowling a su créer le manque et l´envie.
© La Libre Belgique 2005