Encaisse ou meurt : deuxième partie
Durant le voyage Leto garda le même silence inquiétant tout en aiguisant sa lame de katana. Léviathan racontait ses blagues et cette fois Marcus lui répondait, ils avaient l’air de bien s’entendre. Il faut aussi dire que Marcus est un chic type, toujours souriant, jamais rancunier, bref un bon gars !
Je profitais de la longueur du voyage pour me reposer un moment, et songer aux derniers évènements. Le Condor était moins confortable que le Pélikan, mais les sièges arrière me permirent de me coucher convenablement. Je me plongeais alors dans un sommeil réparateur.
A mon réveil j’étais aux prises avec Leto, et Léviathan nous regardait d’un air bizarre. Je tenais dans mes mains une lame en sable durci et celle de Leto commençait à découper ma création. Il vit alors que j’avais ‘repris mes esprits’ et commença à lâcher la pression, j’en faisais de même. Mon vis-à-vis se posa au même endroit où il était plus tôt et je faisais la même chose.
-Dis donc, tu pourrais le dire que tu fais des sautes d’humeurs par moment !, me lança Léviathan qui n’était visiblement pas au courant des derniers agissements de mon corps.
-C…c’est vrai, excusez-moi. Je pensais juste que vous étiez au courant pour ce qu’il s’est passé il y a un peu plus d’un mois…
-On est au courant, mais la règle de la famille c’est qu’on en reste une peu importe ce qu’il se passe, enchaîna Marcus en pointant son pouce en l’air.
-Je vois, et bien merci !
La fin du voyage arriva quelques minutes plus tard, et nous débarquions dans un petit village sur la côté est de l’Irlande. Tout était calme, en apparence, et le hameau semblait être abandonné. Leto partit devant et s’engouffra dans une maison, Léviathan, Marcus et moi prenions le côté opposé. Nous fouillions maisons après maisons, mais la recherche fut infructueuse, c’est Leto qui trouve la chose que nous cherchions : une entrée.
Il nous prévint et pendant que nous le rejoignions Marcus activait le pilote automatique du Condor. Leto nous montra la trappe et s’y jeta sans autre forme de procès. Léviathan nous mit une claque dans le dos et Marcus me tomba dessus. Le plaisantin nous rejoignit aussitôt et nous aida à nous relever.
Leto plaça son doigt sur sa bouche et dégaina silencieusement sa lame. Il se précipita vers un embranchement, sans un bruit, et lorsque deux hommes vêtus de noir débarquèrent il leur trancha la gorge. Nous le suivîmes en essayant de faire le moins de bruit et Léviathan poussa les corps dans la partie condamnée des égouts dans lesquels nous étions.
De la lumière apparut au loin, formant plusieurs ombres. Leto se jeta à plat ventre et contre toute attente il se mit à ramper. Marcus me chuchota que ce gars avait le don de modifier son corps comme celui d’un serpent : peau écaillée, invertébré, silencieux, rapide, mortel.
A ce moment-là je me rendis compte qu’il fallait mieux avoir un gars comme ça avec soit, que contre soit. Il se faufila de l’autre côté de l’ouverture d’où la lumière provenait et fit signe à Marcus, il leva six doigts et imita des tirs de fusils. Marcus acquiesça et disparut dans un nuage photonique.
L’instant d’après, des cris se firent entendre, accompagnés par des flashes lumineux et quelques petites explosions. Marcus nous fit comprendre que la voie était libre, nous le rejoignîmes donc. La salle donnait droit sur une pente qui donnait sur un long et sombre couloir, Leto s’y faufila et nous fit signe de le suivre.
« S’infiltrer dans une base ennemie c’est plutôt simple », me disais-je. Une porte blindée bloquait alors le passage, Léviathan toqua avec un grand sourire, pas de réponse. Son bras gauche devint rouge, un tatouage commença à apparaitre. Il sourit et donna une pichenette dans la porte qui voltigea dans le couloir qu’elle protégeait.
-Ah bah bravo, pour l’effet de surprise c’est mort…, chuchota Marcus.
-Oups, désolé !, lança Léviathan en plaçant sa main sur la bouche comme les enfants.
Leto soupira et se faufila à travers le couloir, Marcus en fit de même et Léviathan me laissa passer en gloussant. Nous progressions alors dans ces sombres corridors qui n’en finissaient pas, Leto et Marcus se chargeaient des ennemis nous rendant complètement obsolète Léviathan et moi. Nous arrivâmes alors à la fin de cette succession d’embranchement pour finir bloquer par une autre porte. Cette fois la brute ne toqua pas mais envoya la même pichenette que toute à l’heure.
La porte vola avec fracas et emporta un homme en blouse blanche. L’attaque ne se fit pas attendre, Leto se précipita sur les personnes dangereuses, précédés par Marcus, Léviathan rentra dans la salle en poussant un rugissement animal qui fit peur aux plus faibles pendant que j’encadrais ces derniers entre quatre murs de sables.
Le but de cette mission se trouvait la, devant nous. Les chercheurs travaillaient dessus pour améliorer certaine chose, mais le plan était bel et bien rempli.
« Ce serait drôle si quelqu’un intervenait en ce moment même et détruisait les plans, non ?, fit une voix. »
-Qu…qu’est-ce c’était que ça ?!
-Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?, me demanda Marcus.
-Cette voix ! Quelqu’un m’a demandé ce qui se passerait si une personne détruisait les plans…
« C’était moi !, fit de nouveau cette voix. Je suis en toi ! Tu ne peux me renier ! »
-Hein ?! En moi !
-Quoi ?! Qu’est-ce qu’il y a en toi ? Liam !
-Il…il est en moi…
Après ces mots je ne me souviens plus de rien, juste le vide, à perte de vue. Je ne sentais plus mes membres et n’entendait plus rien, j’avais beau parler aucun son ne sortait. Je commençais alors à courir à la recherche de je-ne-sais-quoi.
Soudain un gamin apparut, c’était celui dont j’avais emprunté le corps ! Il me regardait de ses yeux pleins d’orgueil et afficha un sourire narquois.
-Alors Liam, on perd le contrôle ?
-Co…comment me connais-tu ? Et puis qu…qu’est-ce que tu fous la ?
-Je suis toi, et tu es moi ! Nos âmes ont étaient inter-changés, mais je me suis plu ici, alors que toi tu voulais reprendre tes biens ! Nous ne faisons plus qu’un maintenant, et jamais tu ne reprendras le contrôle ! En ce moment tes amis sont en mauvaises posture, malgré ton manque de puissance je parviens à les tenir en haleine. Tu es un faible Liam !
-Nn…non ! NON ! NOOON !
Le gamin disparut dans un gloussement et me laissait à nouveau seul dans ce noir sans fin. J’étais habité par une autre âme que la mienne, et je ne pouvais rien faire pour reprendre mon corps.
J’étais perdu…