L’abomination
Voila maintenant trente bonnes minutes que nous combattions les hordes enragées de personnes affectés par la mélodie qui continuait inlassablement. Des bataillons d’Anges débarquèrent et nous pouvions enfin souffler un peu. Selennia était complètement crevée, Onyria commençait à s’essouffler et Sting…bah c’est Sting, il continuait d’envoyer valser nos assaillants sans faire de différence. Puisque j’avais l’habitude de me dépenser je n’étais pas du tout affecté par le long combat dont nous sortions, je pouvais donc couvrir les arrières de nos alliés.
La situation était sous contrôle, les deux filles se reposaient tranquillement, Sting s’amusait comme un petit fou et je veillais à ce qu’il n’y ait pas de débordement. Les Anges faisaient du bon boulot eux aussi, le même chef d’escadrille qui était venu nous chercher la veille était la.
Mais c’est dans les meilleurs moments qu’il se passe toujours quelque chose d’inattendu, Sting beugla qu’un homme nous épiait au loin. Après avoir suivit ses indications plus que bordéliques j’apercevais enfin l’homme. Son apparence me rappela Neo dans Matrix, un long manteau noir, des lunettes de soleil et une coupe faite à la va-vite au gel.
Un des Anges s’approcha de lui pour tenter de le mettre en lieu sûr, mais au même moment une lumière verte jaillit de tout son corps. L’instant d’après un tourbillon apparaissait, aspirant toutes personnes à proximités. Sting fit un bond dans notre direction mais le vortex l’attira, il redoubla d’effort pour nous atteindre après quoi Selennia érigeait une barrière de métal autour de nous. Des Anges, des civils, de Pros-Humains, des Nézumis bref toute la population de Leinster se fit aspirer par ce cyclone verdâtre. Heureusement les trois-quarts du groupe étaient replié avec nous.
Quelques minutes plus tard le tourbillon disparut, laissant place à un nuage de fumée opaque, un rugissement bestial retentit puis plus rien. Des tentacules gluantes et monstrueuses jaillirent de l’amas de poussière et emportèrent les pauvres malheureux à portée. Leurs cris se firent entendre avant de disparaitre dans un grand fracas.
Petit à petit le nuage tombait et nous distinguions une silhouette inhumaine et surtout gigantesque. J’envoyais à mon tour une tornade de sable pour mettre fin à cette couverture grise où se cachait la créature. Une masse informe s’éleva alors de tout son long, des tentacules et des visages sur toute la hauteur de son corps. Un gigantesque ver en quelques sortes, de plus d’une vingtaine de mètres, s’élevait devant nous.
Ce qui semblait être sa tête se tourna dans notre direction, un énorme trou béant apparaissait en plein milieu, parcourus d’une multitude de crocs de la taille d’un camion.
Onyria rendit son déjeuner un peu plus loin, Selennia réprima un cri d’effroi, Sting pour ne pas changer se moqua de l’apparence de cette abomination alors que je ne pouvais plus bouger, paralysés par la puissance qui se dégageait de cette créature aux proportions dantesques.
Le chef d’escadrille ordonna à ses hommes de se mettre en position, et sous l’ordre habituel commandant une salve de tire, tous firent feu dans la direction du ver géant. Des dizaines de traits de lumières partirent dans sa direction et produisirent des micro-explosions à son contact. Voyant que les tirs de bas niveau ne fonctionnaient pas, le chef demanda une salve plus puissante.
Trois soldats débarquèrent un fusil beaucoup plus gros sur l’épaule et se mirent en position. L’instant d’après un rayon proportionnel à la taille de l’arme partit vers l’abomination, le rayon la traversa lui soutirant un rugissement.
Après cette victorieuse attaque, les mêmes tentacules qu’il y a quelques minutes fusèrent dans notre direction, emportant une petite dizaine de soldats. Il était temps d’intervenir, Sting chargea ses mains d’énergie et partit en trombe sur notre ennemi, Onyria enchaîna les salves de boules de feu, Selennia déversa elle aussi des projectiles pendant que je suivais de près mon ami, une vague de sable derrière moi.
L’odeur environnante était nauséabonde, nous forçant à actionner nos casques. Pendant que Sting se propulsait au plus haut pour déchaîner ses ondes, je créais deux poings autour de la base du ver. Arrivé à la taille voulue je frappais mes propres poings l’un contre l’autre, sitôt imité par mes créations sableuses. La créature poussa un cri, des milliers de crachats verdâtres tombèrent au-dessus de nous, je m’empressais alors de créer un cocon de sable autour de nous.
Les projectiles semblaient recouverts d’acides car ils percèrent ma défense, que je renforçais tant bien que mal. Pendant ce temps Onyria continuait de pilonner le ver à grands renforts de roquettes enflammées. Selennia, en voyant notre situation, décida de venir nous prêter main forte, elle se précipita dans notre direction et créa plusieurs plaques de métal qu’elle envoya se planter dans le corps informe du ver. Il poussa un autre cri mais cette fois son corps tout entier se contracta, nous laissant champ libre pour rejoindre les autres.
Selennia créait une plaque où elle sauta et fusa vers le reste du groupe, je l’imitais en prenant soin d’y faire monter Sting. Le ver poussa alors un hurlement strident qui dura plusieurs minutes, nous obligeant à nous recroqueviller.
Puis, le cri se stoppa net, précédé par le bruit que produit un étouffement. Le ver était transpercé par un gigantesque rayon lumineux, Raphael apparut à nos côtés.
-Heureux de vous voir en bonne santé !, fit ce dernier. Vous avez fais du bon boulot en contenant cette abomination !
Quelques secondes plus tard le ver rétrécit, prenant petit à petit forme humaine. Au loin nous pouvions apercevoir l’homme en noir que nous avions vu plus tôt. Les versions évoluées du Pégaze débarquèrent et nous montâmes dedans.
Une fois à la base Raphael nous donna le temps de nous changer puis nous convoqua à la salle de réunion de la Cabale. Selennia nous suivit même si elle appréhendait ce moment. Sandalfon, Raphael et Zakfiel nous attendaient, assis dans leurs sièges respectifs.
-Chasseurs, aujourd’hui vous avez fais preuve d’une grande force en sauvant notre QG de l’anéantissement et en contenant la créature de Leinster. Il semblerait qu’elle était la source de cette mélodie, commença Sandalfon.
-Liam, puisque tu es le chef d’équipe, tu passe au rang prestigieux de Traque-Sang, ce n’est pas vraiment un grade mais plus un titre qui récompense la bravoure de ton équipe, poursuivit Raphael.
-Pour ce qui est de votre ‘nouvelle recrue’ nous tirons un trait sur son ancienne appartenance. Son frère a accepté de porter toutes les charges dont ils étaient accusés. Elle peut donc rester avec vous si tel est votre souhait, et le sien.
Tous trois nous tournâmes vers notre nouvelle amie qui ne savait plus où se mettre. Elle fini par acquiescer en affichant son plus beau sourire.
-Nous vous laissons quartier libre, mais nous attendons ton rapport Liam, finit Raphael.
Une nouvelle équipière dans notre équipe, nous lui faisions visiter les lieux. A la fin de la visite elle tenue à ce que nous partions pour la serre océanique, elle rêvait de voir l’océan depuis toute petite. Cette petite blonde aux yeux azurés semblait être libérée de toutes les peines qui la tracassaient plus tôt dans la journée.
Ainsi nous finissions cette dure journée au bord de l’eau à jouer comme des enfants en bas âges.