Papauté : Derrière les masques (partie 1) 
Quelques minutes après le discours d'Eric
Bruxelles, Rassemblement des élites du GIAP
Le balcon, Général Adams
Alors que le combat faisait rage entre l'alliance Leeches/Strange Elfen et les troupes du GIAP en Italie, les plus hauts placés du GIAP s'étaient réunis à Bruxelles lors d'un sommet exceptionnel. Cette assemblée très particulière ne réunissait pas seulement les dirigeants du GIAP, elle incluait également l'ensemble des chefs d’États européens, tous réunis pour débattre de l'urgence de la situation. La diffusion publique en direct du combat sur les chaînes publiques --du fait du pouvoir de Lucas Ortensia-- avait soufflé un vent de panique en Europe. Face aux multiples "chasses aux sorcières" organisées un peu partout à l'encontre des porteurs et la hausse des violences en ville, le GIAP s'était déployé à travers tous les pays membres, assistés par les Pro-Humains dans certaines régions. Rétablir l'ordre était devenu la priorité n°1 face à l’anarchisme ambiant qui régnait par endroit. Pour ne pas céder à la panique, les politiciens ne cessaient de rassurer leurs peuples par de vaines promesses télévisuelles. Mais tout ce remue-ménage médiatique n'aidait en rien à rétablir la situation. Le Général Adams le savait mieux que quiconque : leur destin était entre les mains des soldats vaillants combattants à la Papauté, et non pas entre celles d'hommes avides dont le seul souhait consistait à gonfler leur capital sympathie auprès du peuple.
Chargé de la sécurité dans la capitale, Adams avait méticuleusement placé chacun de ses hommes de confiance à travers chaque ruelle. Des milliers de soldats chargés de protéger les fesses d'une poignée d'hommes politiques, sans compter la quantité impressionnante d'automates, machines, détecteurs de porteurs et technologie de haute pointe déployées pour l’occasion. Un bouclier d'énergie entourait également à la fois la ville et le bâtiment où la réunion se déroulait, un bouclier semble-t-il trafiqué à l'aide d'artéfacts et orbes céléstiennes. La peur d'une attaque extérieure était encore bien présente au sein de chacune des têtes des membres de cette assemblée. Seulement, avec ce déploiement faramineux, n'importe quel porteur serait détecté en moins d'une seconde et neutralisé par les forces de sécurité. 8 Prototypes étaient même chargés de défendre le bâtiment en cas d'attaque. Un plan d'urgence établi à l'aide de l'Originel Braid, qui avait lui-même avoué qu'une armée entière d'Originels ne suffirait pas à outrepasser ces défenses par la force. Le bouclier céléstien ne laisserait entrer ou sortir nul individu non-célésien tant qu'il serait actif, et les systèmes de détection en place aux quatre coins de la ville reconnaîtraient à une centaine de km un porteur.
Malgré tout, le Général Adams ne pouvait se défaire de ce mauvais pressentiment qui l'habitait : quelque chose de terrible allait se produire. Lorsque le Méta-Prototype trahit l'alliance avec l'Agence, l'assemblée exceptionnelle lui ordonna de s'arrêter. Face à son refus catégorique, le GIAP neutralisa la plupart de ses forces et ordonna aux hommes sur place de l'éliminer. Le refus des soldats sonna comme un acte de rébellion aux oreilles de ce conseil. Chacun d'entre eux était condamné à attendre de voir comment la situation allait évoluer, impuissant. Quant au Général Adams, il continuait inlassablement de scruter l'horizon depuis son balcon, persuadé que le ciel allait lui tomber sur la tête. Rongé par la Guerre d'Irak et témoin impuissant de la destruction des États-Unis par la Bête, il avait appris une terrible leçon de ces conflits : il n'y a rien que l'homme ne puisse faire lorsque sa vie est en danger. Il avait vu de ses propres yeux les citoyens New Orléans bruler leur ville dans le but illusoire d'arrêter la Bête, au détriment de milliers de personnes piégés au milieu des décombres. Humains comme Porteurs sont capables des pires atrocités lorsqu'il s'agit de sauver les leurs. Pourquoi donc réserver une aussi grande sécurité pour une bande de technocrates ? Leurs vies valent-elles plus que celles des italiens sacrifiées sur la place Saint-Pierre ? Que celles des américains morts à cause de l'armée de le Bête ou celles des asiatiques combattants cette même armée ? Les Généraux triomphent, les soldats tombent. Peu importe les conflits, les élites n'ont jamais été en danger, seuls les soldats tombaient sur les champs de bataille, pas les individus les dirigeants. Pourquoi donc cela évoluerait-il pour cette guerre ? A la fois résigné et dégouté, Adams rentra dans le bâtiment pour prendre part aux débats.
<<Je me fais vieux, je deviens paranoïaque…>>
Moins d'une demi-heure avant le discours d'Eric
Paris, quartier provisoire de l'Est
Un studio à l'abandon, Nomen
De retour dans son studio de fortune, Nomen se précipita dans la salle de bain. Il versa des litres d’eau sur son visage, comme pour se réveiller après un mauvais rêve. Il avait préparé ce plan durant des mois, il ne pouvait pas faillir maintenant. Tant de chose s’était déroulé durant l’attaque de la Porteuse Mère sur l’Agence, Nomen se sentait en quelque sorte coupable de ne pas avoir fait mieux. Plus qu’un mercenaire, Nomen était un homme choisissant avec attention chacune de ses missions. L’argent ne l’intéressait pas plus que cela, pour lui le plus important était de respecter son sens de la morale et du bon sens. Nomen s’était toujours vu comme une sorte de justicier, prêt à tout pour exterminer ceux qu’il juge nuisibles. Peu lui importait l’image que les autres se faisait de lui, il faisait cela uniquement pour lui-même. Ses méthodes radicales lui avaient même values d’être dans le top 15 des porteurs les plus recherchés d’Europe du GIAP. Dans son cas précis, ce n’était même plus de la recherche, mais plutôt une chasse au fantôme. Nomen prenait bien soin de ne jamais laisser de traces. Combattant toujours derrière un masque, Nomen était devenu une sorte de légende urbaine, celle d’un homme tuant impitoyablement et avec une rage inhumaine ceux qui enfreignaient la loi, faisant de lui un criminel aux yeux des autorités. Car rien n’est plus dangereux pour l’ordre public qu’un justicier ne respectant que ses propres règles.
<<Le convoi arrive dans quelque minutes, je n'ai pas de temps à perdre>>
D’origine américaine, il fut capturé dès son plus jeune âge et enrôlé en tant qu’enfant-soldat au Moyen-Orient. Après l’intervention américaine des années plus tard, il se déplaça au Japon où il vécut une bonne partie de son adolescence simplement, avant de tomber dans la criminalité, la drogue et la violence. Son instinct naturel de tueur reprit le dessus et il officia en tant que mercenaire à travers le monde entier. Lorsqu'il était encore un simple humain, il était considéré par ses proches comme un monstre sans émotion : tuer faisait parti de lui, et retirer la vie était aussi banale pour lui que d'aller commander une pizza. Plus qu’un tueur, Nomen avait longtemps forgé son corps dans le seul but de combattre, tout en étant un maître utilisateur d’armes à feu. Il réussit de nombreuses fois à éliminer des porteurs alors qu’il n’était encore qu’un ‘’humain’’. Contrairement aux porteurs de la nouvelle génération, il n'obtint pas ses pouvoirs par le biais d'une métasphère mais naturellement. Au cours de l'une de ses nombreuses missions de "nettoyage" il développa une force et une vitesse surdéveloppée. En quelques mois il finit par comprendre qu'il était un porteur, ce qui ne changea rien à son quotidien : se lever, manger, tuer, rentrer chez lui, s’amuser puis dormir.
Après avoir été recruté par l’Agence, il devint l’apprenti de l’un des 4 Penseurs. Contrairement au reste des Agents, il refusa d’assassiner des vies innocentes. Ses cibles se devaient d’être coupables de crimes avant de recevoir son jugement bestial. Il apprit beaucoup grâce à son mentor, notamment sur son pouvoir. Le ‘’ Morph Cryptique de l'Oni’’, un jargon scientifique qui ne signifiait rien pour lui. De son séjour au Japon, Nomen s’était imprégné de la culture locale. L'Oni est une créature sans forme déterminée, une simple cristallisation des peurs des humains. Par conséquent, son pouvoir consiste à créer des masques d'Oni, chaque masque lui apportant des capacités et des formes différentes. Le design des masques varient selon le pays dans lequel il les fabrique. Lors de son voyage en Égypte, il a pu fabriquer des masques représentants les dieux égyptiens, alors que dans les pays européens les masques représentaient plutôt des animaux communs. Mais la principale marque de fabrique de Nomen restait son utilisation des armes à feu pendant ses combats, renforcées à l’aide de son énergie.
<<Les porteurs font rarement attention aux balles, alors que les miennes sont plutôt mortelles, pensa Nomen en sortant ses armes de sa planque. >>
Etalant son équipement et ses armes sur son vieux lit, il analysa calmement la situation : il lui fallait entrer discrètement à Bruxelles, éliminer ses cibles puis repartir en évitant au maximum les soldats présents sur place. Fort heureusement, il avait à de nombreuses reprises étudié les lieux, il connaissait très exactement quel chemin emprunter à son entrée et à sa sortie. Son contact lui avait très précisément détaillé le plan d’urgence concocté par l’Originel Braid pour l’élite du GIAP en cas de crise. Le premier obstacle qui se dresserait sur sa route serait inévitablement le Bouclier d’énergie d’origine Céléstienne. Confectionner un masque d’Abomination lui avait pris plusieurs mois, mais le résultat lui permettrait sans nul doute de traverser le bouclier comme du beurre –et cela sans alerter quiconque--. Le deuxième obstacle étant les détecteurs de porteur, il devrait porter son masque Oni d’humain afin de tromper cette technologie. La partie la plus difficile du plan serait alors de traverser la cohorte de sentinelles entre l’entrée de Bruxelles et la résidence où avait lieu la réunion sans utiliser le moindre pouvoir.
<<Je ne pourrais compter que sur mes capacités naturelles et mon équipement. Le matériel d’escalade sera nécessaire pour prendre de la hauteur, et les lunettes thermiques pour éviter toute mauvaise surprise. Les armes non létales et les silencieux permettront en cas d’urgence de neutraliser des gardes. Le masque du caméléon sera utile pour me fondre dans le décor, mais est repérable par les automates et les détecteurs. Le masque de l’humain est la seule alternative pour passer les machines, mais il ne trompera pas longtemps un haut gradé qui connait le visage de chacun de ses hommes. Les planques de costumes que j’ai soigneusement installés plus tôt pourront servir à s’infiltrer dans certains lieux clés. Une fois arrivée dans le bâtiment et abattu les cibles, mon unique porte de sortie viendra des souterrains puis du bas quartier. Une partie de plaisir, mais ces pourris ont mérité ce qui va leur arriver ce soir.>>
Nomen fut coupé dans ses pensées par un appel téléphonique en provenance de l’un de ses subordonnés, le convoi était prêt. Ses préparatifs terminés, il enfila un masque au hasard parmi sa réserve et parcourut une bonne distance jusqu’aux portes de Bruxelles grâce à l'avion obtenu par les siens. Au loin, il pouvait apercevoir Bruxelles, véritable citée imprenable qui n'attendait que lui. Une ville vierge de sang qui n'attendait que lui pour s'épanouir. La nuit ne faisait que commencer...