Mission 1 : Bienvenue en milieu hostile
- Martin Von Einzbertz, commença le scribe en grattant sur son papier, 20 ans, capturé trois jours auparavant, jugé comme étant « peu dangereux » par la cellule de Dantzig. Quelque chose à ajouter, M. Einzbertz ?
Je me gardai bien de lui faire remarquer qu’avec un sac recouvrant la totalité de mon visage ainsi qu’avec la présence d’un bâillon dans ma bouche, je n’étai pas dans des conditions propices à la communication. Et pour cause, les deux gorilles que je devinai derrière moi, à l’affut de tout comportement suspect, m’en dissuadèrent bien rapidement.
- Et bien messieurs, je vous pris de bien vouloir accompagner notre hôte jusqu’à sa nouvelle demeure, finit mon interlocuteur alors qu’un des deux parasites derrière moi me fit ordre d’avancer.
Bien ennuyé d’être privé d’un de mes sens les plus essentiels, je commençai à me mettre à l’un des arts les plus antiques, la comédie…ou plutôt la simulation tel que l’on appellerait cela de nos jours. Cela dit, j’attendis quand même que l’on se fut éloigné de l’emplacement du scribe, ce dernier semblait avoir une intelligence infiniment supérieur aux deux abrutis de par son vocabulaire enrichi.
- Oh putain, jura l’un des deux gardiens derrière moi alors que je tombai malencontreusement en avant, ce con ne peut même pas se tenir sur ses deux jambes ?
- Grmgllhmm, répliquai-je alors, vainement cela dit à cause du maudit bâillon.
- Enlève lui le sac, enjoignit alors l’autre.
- T’es complètement tarré, mon pote ! Tu te souviens pas de ce que nous disait le vieux Friedrich ? « Risque zéro » avec les Porteurs.
- Ouais mais jusqu’à preuve du contraire le vieux Friedrich s’est fait renvoyé parce qu’il se bourrait la gueule 24/24. Et t’as bien entendu l’autre type, il est pas dangereux ce mec.
Il y eut un instant de silence. Pensif, le premier garde donna finalement sa réponse.
- C’est d’accord. Par contre, si on a un problème, c’est toi qui prend sur toi.
- Ouais ouais, répondit distraitement le second, n’en pensant pas un mot.
Je détaillai alors les deux hommes. Tout deux portait des smokings impeccables, semblant avoir été spécialement repassés pour l’occasion. A leurs ceintures pendaient deux Lanze-Blizt et il n’y avait aucun doute qu’ils savaient les utiliser et qu’ils n’hésiteraient pas à s’en servir en cas de problème.
Les deux arboraient une mine patibulaire, des cernes particulièrement marqués et les cheveux en batailles du premier juraient avec l’allure soigné du premier.
- Arrête de nous reluquer, tu veux ? reprit ce dernier face à mon regard. On y va.
Notre petit groupe arriva bientôt au bout du chemin. Se dressait au bout de celui-ci une immense porte, entièrement de couleur bleue et frappée de l’enseigne du GIAP. Une multitude de chaînes serpentaient dans tous les sens et ne me rassuraient pas du tout sur ce qui se trouver derrière cette porte.
Un homme se tenait là, droit comme I. C’était un vieil homme, quinquagénaire, dont la peau était tannée par la vie. Ses yeux n’étaient plus que des puits insondables dont toute lueur de vie semblait s’être éteinte depuis des lustres.
Même les deux gardes étaient mal à l’aise.
Le vieillard nous jaugea du regard et renifla sèchement.
- Du bois pour alimenter le bûcher, hein ? Vous pouvez y aller.
Il leva son bras puis le laissa retomber mollement. Aussitôt, les lourdes chaînes retombèrent bruyamment au sol, produisant un boucan de tous les diables. Apparut alors ce qui semblait être un couloir s’enfonçant dans les méandres de la Terre – l’obscurité n’aidant vraiment pas – alors que le grincement sinistre que produisait cette porte commençait à perdre en intensité.
Le premier gorille inspira longuement, comme si il allait faire face à
- On y va.
Ce qui me frappa d’abord fut l’immonde odeur que dégageait ce lieu. Non, pas l’odeur. La puanteur.
Ce lieu empestait la merde, la pisse et tutti quanti. Un comble pour quelqu’un comme moi, qui n’ai connu que la propreté.
Et quelle ne fut pas ma surprise quand une main crasseuse sembla sortir du néant et se resserra autour du bras du second larbin.
- Hermann ! lança une voix dont je ne perçus pas le propriétaire, fais-moi sortir d’ici ! J’en peux plus, chaque jour je crois que je vais mourir et je survis de peu aux combats ! Hermann, t’es mon frère bordel de merde ! Je veux sortir, je veux juste…
Je pus enfin constater l’efficacité des Lanze-Blitz de mes propres yeux. Le numéro un s’interposa, dégaina son arme et fit feu vers ce qui se trouvait de l’autre côté – en fait une cellule – à bout portant.
De l’arme sortit une nuée de filaments translucides qui vinrent se déposer sur le torse nu du malheureux, le projetant contre le mur en face par la puissance de ces derniers et paralysant le pauvre homme.
- On continue, fit le bourreau.
Des centaines de cellules se trouvaient là… ainsi que plusieurs milliers de porteurs emprisonnés. C’était un spectacle monstrueux qui s’offrait à mes yeux, la plupart d’entre eux n’étaient désormais plus que des cadavres sur pattes tandis que certains agressaient leurs compagnons de cellules…c’était la loi du plus fort, cruelle et sans pitié.
On parvint enfin devant une cellule dont deux lits se faisaient face. L’ensemble était excessivement petit et le confort semblait des plus spartiates. Je tentai tant bien que mal mon mécontentement.
Les deux idiots derrière moi durent lire sur mon visage plus qu’il n’en faut car ils se mirent aussitôt à s’esclaffer bêtement.
- Oh, l’ensemble n’est sans doute pas à votre convenance, majesté ? se moqua le second sur un ton volontairement choqué. Il me semble que châtier les responsables d’une pareille infamie serait le plus judicieux.
Ils échangèrent un regard, réalisant qu’ils faisaient partit de ces « responsables » avant de s’esclaffer de plus belle.
Le premier garde reprit néanmoins son sérieux et me laissa pénétrer à l’intérieur de la cellule. Avant de la refermer cependant, les deux me lancèrent un regard moqueur avant de disparaître en empruntant un couloir.
J’entendis du bruit à ma gauche. Me retournant, je constatai que je n’étai pas le seul prisonnier ici présent.
Une véritable masse de muscle se redressa sur son lit, produisant un craquement sinistre qui ne faisait aucun doute de la puissance de ce monstre.
Il était grand, noir de peau bien que sa couleur était bien plus claire que celle de la plupart de ses semblables, les yeux marron clair. Il possédait également un bouc bien entretenu et un pantalon de toile usé jusqu’à la corde. Torse nu, il mettait des bottes de cuir.
- On va être bien clair, commença celui-ci sans faire dans la politesse, tu veux chier ? Tu le fais dans le sceau prévu à cet effet. Tu veux pisser ? T’as le trou derrière ton lit. Et par pitié, si tu veux lâcher une caisse, tu colles ton cul à la grille.
Je repris mes esprits en l’espace de quelques secondes, avant de faire face à mon interlocuteur.
- Je sais me tenir.
- J’espère bien, mon petit gars. Le dernier mongolien qu’ils m’ont mis ici, il passait son temps à rassembler sa merde et à la balancer aux pions qui passaient devant lui. Autant dire qu’ils l’ont pas loupé. Moi non plus d’ailleurs, quand j’ai découvert qu’il déchirait la couverture de mon lit pour s’essuyer les mains.
- Ca a l’air bien sympa, ici.
- T’imagines pas à quel point. Les types endoctrinés par la propagande du gouvernement sont les premiers à devenir fous ici, quand ils découvrent qu’ils sont des Porteurs.
- Il y a que des Porteurs, ici ?
- Non, on voit pas mal de fois des humains que le gouvernement veut écarter, sécurité du pouvoir oblige. Mais on les voit pas très longtemps, la plupart d’entre eux meurent dans la Fosse, d’ailleurs. Seul Cris l’Imbattable a survécu.
- C’est quoi la Fosse ? Et qui est ce Cris ?
- Cris l’Imbattable, mon petit gars. Et tu devrais bientôt découvrir ce qu’est la Fosse. Quant à l’Imbattable, c’est une vraie légende dans le milieu. Il n’arrêtait pas de remporter les combats, il était charismatique et entretenait des affaires avec plusieurs gardes. Enfin, on dit qu’il est devenu trop puissant et que le G.I.A.P l’a fait exécuté. Comme pas mal de types d’ailleurs.
- Les combats ? répondis-je, interloqué.
- Ouais. Tu n’as pas à t’en faire, ça devrait pas tarder.
Je m’apprêtai à rétorquer que les réponses mystérieuses ne m’avançaient à rien, quand ce qui ressemblait plus à un commando des forces spéciales qu’à des gardes s’interposa dans ma chambre.
- Martin Von Einzbertz, tonna un d’entre eux, que je devinai être le chef. Vous êtes attendu pour votre test d’initiation.
- Mon…quoi ?
- Avancez, prisonnier, et pas de mouvements brusques si vous espérez survivre quelques secondes de plus.
Avant de me faire littéralement kidnapper par ces brigands, je lançai un regard désespéré à mon compagnon de cellule. Je ne lus sur son visage ni surprise, ni incompréhension comme si toute cette mascarade était… parfaitement normale. Mais il n’empêche que les bribes de paroles que j’ai saisie au milieu de tout ce raffut avaient de quoi surprendre, tant elles m’étaient étranges.
« Tâches de pas crever tout de suite, petit gars ».