quand je parlais d'happy end je pensais pas à tous le monde ils est content, tous le monde se tire de la planète.
Mais si y'a une bad end où tous le monde y meurt.
J'aurais aimé voir une happy end (plus ou moins) ou au moins un survis et ce tire . ![]()
OMAGAD Louis est de retour ![]()
Yugo
Qui as dit que je ferais forcément une Bad End? ![]()
Et puis, il peut arriver tant de choses à la fin, même s'ils parviennent à fuir... ![]()
oui il peut s'en passer des choses s'ils parviennent à survivre. Le mieux étant qu'ils s'en sortent.
Mais avec toi j'ai peu d'espoir, tu es un spécialiste des fin amère et morbide ![]()
Parfaitement ![]()
Boh, je vous avais quand même laissé une once d'espoir que ça finisse un minimum bien pour la fic précédente ![]()
On est samedi ![]()
Voui
Chapitre 52 : Retrouvailles
Je rouvris les yeux brusquement, réveillé par un hurlement. Laura pivota tout aussi brutalement entre mes bras, tournant la tête en tout sens. Je desserrai mes mains, croisées sur son ventre, et me redressai vivement, tandis que les deux Créateurs rampaient à quatre pattes vers leurs armes, à moitié endormis.
« Merde, s’exclama Jennie d’une voix apeurée, où est Jim ? »
Je croisai le regard de ma copilote et me relevai, avant de lui tendre la main pour qu’elle puisse faire de même. Pourquoi avait-il quitté le camp ? Pourquoi ?
Une silhouette apparut au niveau du fleuve, remontant la berge à toute allure. Il n’était pas difficile de reconnaître de qui il s’agissait, mais la question était surtout de savoir pourquoi il s’était mis à crier et courait vers nous comme s’il avait un Rôdeur aux trousses. Son fusil bondissait contre ses jambes, et sa gourde pendait au bout de la sangle qu’il tenait en main, au point de presque racler le sol.
Sans le lâcher des yeux tandis qu’il avançait à toute allure, je tendis une main à Jennie, puis échangeai un bref regard avec Kleef. Le Créateur était méfiant. Comme moi.
Le jeune homme déboula dans notre campement sans le remarquer, du fait qu’il gardait la tête dirigée derrière lui. Il fonça droit sur moi, et je dus l’arrêter brutalement.
« Qu’est-ce qu’il y a ? demandais-je d’une voix forte. »
« Il est là ! De l’autre côté, il est ici, il nous attend ! Répondit-il, complètement paniqué. »
« Qui ? Insistais-je, Qui est là ? »
« Louis ! Cracha t-il entre ses dents qui s’entrechoquaient de peur. »
Mes mains se décrochèrent de ses épaules sans que je m’en rende compte, et je vacillai. Avec un unique mot, le jeune homme venait de m’asséner un coup de marteau mental. Il se dégagea et se retourna vers l’endroit d’où il venait, livide. J’entendis à peine la conversation qui suivit.
« Louis ? Qu’est-ce que c’est ? demanda Kleef. »
« C’est l’un de nos coéquipiers, répondit Laura, il a été capturé dès le début et... »
« C’est... coupa le Créateur, incrédule. C’est celui qui a combattu dans l’arène ? Que vous avez libéré ? C’est celui qui... »
Mais il s’arrêta. Peut-être qu’il ne se résignait pas à le dire, ou peut-être que son traducteur ne connaissait tout simplement pas ce mot. Néanmoins, il n’avait pas besoin d’en dire plus. La fin de sa phrase resta en suspens dans les airs, mais chacun de nous pouvait la saisir, comme si elle était une hache qui s’apprêtait à s’abattre. Effectivement. C’est celui qui se régénère.
*
L’humain hurlant rejoignit bien vite ses compagnons, à quelques dizaines de mètres de là. Louis savait ce qu’ils se diraient. Ils s’attendraient donc à le voir, et il n’avait plus besoin de se cacher. Il était indestructible. Mais malgré cela, il pouvait profiter d'un éventuel effet de surprise pour les abattre avec vélocité, sans qu’ils ne puisse se défendre.
Ce plan fut cependant abandonné dès que l’abomination eut fini de détailler les êtres qui s’était retranchés au loin. Parmi ce groupe d’humains, dont les images revenaient fréquemment hanter son esprit morcelé, se trouvaient deux aliens, ces êtres répugnants qui l’avaient transformé et fait souffrir.
Alors il laissa tomber l’effet de surprise.
En frappant vite et fort, il n’aurait pas le temps de regarder ces monstres en face. Et il ne pourrait jamais voir la lueur de vie disparaître de leur yeux, tandis qu’ils expiraient leur dernier souffle.
Son regard se tourna ainsi vers le pont, plus loin.
C’est ici qu’il les attendrait.
*
Il me semblait voir quelque chose bouger dans les arbres, au loin. Mais bien sûr, à cette distance, ça ne pouvait qu’être mon imagination, maintenant que je savais ce qui rôdait près du fleuve. Même si en revanche, il était certain que Louis se déplaçait, que je puisse le voir ou non. A condition que Jim ne se soit pas trompé et qu’il s’agisse bel et bien de notre coéquipier. La question principale était de savoir comment il avait pu nous devancer, mais si c’était lui, cela signifiait que la capitale était tombée.
Cette éventualité fut reléguée au second plan. La présence de notre ancien mécano risquait de couper court à toute tentative de rejoindre la ville. dans tous les sens du terme.
Quoi qu’il en soit, il fallait y aller. Ce pont était notre seul moyen de traverser.
Nous rassemblâmes toutes nos affaires, prenant chacun une gorgée d’eau à la gourde que Jim avait rempli. Je vis une nouvelle fois Kleef glisser un regard inquiet à son épouse, tandis qu’il passait devant elle. Je soupirai doucement, et mon propre regard se tourna vers Laura, qui fixait un point, vers le fleuve. Peu importe ce qui nous attendait là-bas, il fallait y aller.
Alors que nous nous mettions finalement en route, Jim conservant son fusil répulsif en bandouillère, je passai un bras autour des épaules de ma copilote.
« Fais attention... s’il te plait... chuchotais-je à son oreille. »
« C’est toi qui est le plus mal en point maintenant, répondit-elle avec un sourire narquois. »
« La dernière fois qu’on a traversé un pont ensemble a pas été de tout repos, tu te souviens ? »
Elle me décocha un regard qui signifiait plus ou moins « très drôle », avant de tendre le cou en avant et de déposer ses lèvres sur les miennes. Je lui rendis son baiser rapidement, avant de regarder à nouveau devant moi. La jeune femme venait à nouveau de rougir très légèrement, conservant toujours une part de sa timidité naturelle, malgré tout ce qui était arrivé.
Le pont n’était plus qu’à une dizaine de mètres.
Et les sentiments que j’éprouvais se retrouvèrent envoyés au second plan au fur et à mesure que mon front se plissait. A l’extrémité de l’édifice, dans les ombres de la forêt encore mal éclairée, une autre ombre se détachait.
Mon sourire disparut en quelques secondes, remplacé par une moue inquiète. Je laissai glisser mon bras des épaules de ma copilote, et elle eut une sorte de spasme lorsque mes doigts effleurèrent la déchirure dans sa combinaison en retombant. Malgré une expression aussi neutre que possible, la jeune femme était affreusement tendue. Une main me tapota le bras droit.
« Il nous surprendra pas, cette fois, hein ? Me glissa Jim dans un murmure. »
Le regard du jeune homme était affreusement vide. A croire que tout son esprit s’était focalisé sur le moment où cette... chose avait jaillit de sa cellule alors que nous cherchions à sauver notre coéquipier. Je revis moi-même le mouvement de recul du Créateur combattant dans l’arène, au moment où Louis s’était régénéré.
« Non, répondis-je dans un souffle. Pas cette fois. »
Le fleuve faisait une cinquantaine de mètres de large. A croire que le pont avait été fait à l’endroit le plus étroit. Nous mîmes le pied sur sa surface noire teintée de reflets mauves au moment où l’abomination décida de sortir de la pénombre. Kleef repoussa encore davantage sa compagne derrière lui, et je dus résister à l’envie de faire de même avec Laura. Après tout, elle avait raison.
C’était moi le plus vulnérable maintenant.
Notre ancien coéquipier avait beaucoup changé depuis notre dernière rencontre. Une carapace noire et parfaitement lisse, à tel point qu’on pourrait presque croire qu’il s’agissait de sa peau normale, recouvrait l’intégralité de son corps, de ses pieds pourvus de griffe jusqu’à son crâne au regard d’un jaune morbide. Sa mâchoire inférieure manquait toujours à l’appel, mais deux canines descendaient comme des couteaux sur plusieurs centimètres.
Il n’avait plus de lames au niveau des épaules, alors que je me rappelais l’avoir vu avec quatre bras en tout. Alors que nous marchions de plus en plus lentement, nos armes braquées sur cette véritable machine à tuer, mon regard glissa sur ses véritables bras. A partir du coude, ils n’étaient plus que deux lames parfaitement droite et tranchantes, qu’il pouvait orienter dans toutes les directions, l’articulation ayant l’air de pouvoir se tordre de façon répugnante.
Nous n’étions plus séparés que par une vingtaine de mètres, mais aucun de nous n’osait tirer. L’être qui nous faisait face ressemblait presque à un humain, à l’exception de ces quelques détails meurtriers. Une fine bande de tissu délavée et couverte de sang séché courait encore sur son torse, dernier souvenir de celui qu’il avait été.
Il s’immobilisa alors que nous arrivions à la moitié de l’édifice, à quelques mètres du fleuve qui coulait en dessous, inconscient du spectacle qui allait se jouer au-dessus de lui. Il n’était qu’à cinq mètres, mais il ne bougeait plus, se contentant de nous toiser de ses yeux meurtriers.
« Pourquoi il fait rien... gémit Jim entre ses dents. »
« Si on tire tous en même temps... proposa Jennie, » avant de s’arrêter.
Louis venait de grogner, comme s’il avait entendu, et surtout compris, ce qu’elle venait de dire. Il pencha la tête de côté, comme le ferait un enfant devant un objet qu’il n’a jamais vu. Nous fîmes tous un mouvement, posant nos doigts sur nos gâchettes, braquant les fusils vers la créature.
Jamais un de nos combats ne fut aussi court.
Alors que l’intention de presser la détente se formait encore dans nos esprits, l’abomination, elle, était déjà en mouvement. Si bien que, lorsque les lasers quittèrent les bouches meurtrières des canons pour plonger vers leur cible, il n’y avait déjà plus rien au point d’impact. Un unique bond sur le côté l’avait amenée hors de notre ligne de mire.
Et, avant même que nous n’esquissions un geste pour déplacer légèrement nos armes, la créature sautait à nouveau, se jetant par-dessus la barrière qui longeait l’édifice. Notre étonnement ne dura que quelques secondes. Je n’eus même pas le temps d’assimiler les crissements métalliques au son que produisaient ses lames en se plantant dans l’acier. Je tournai à peine la tête vers Laura pour lui lancer un regard interrogateur que l’atrocité jaillissait à nouveau sur le pont.
Derrière nous.
L’os pénétra la chair avec une facilité et une vivacité déconcertante. Un hurlement déchirant jaillit de sa proie avant même que nous ne puissions pivoter complètement. Et, lorsque nous fûmes enfin prêts à tirer à nouveau, décidés à ne pas le rater, Louis s’était déjà retourné, plaçant sa victime entre lui et nous.
Empalée sur l’un des bras de notre ancien ami qui dépassait de son abdomen d’une bonne trentaine de centimètres, Kolyath s’était figée, les traits tordus dans une indescriptible souffrance. Les seuls sons qui s’échappaient de sa gorge étaient des couinements plaintifs, étouffés par le sang qui commençait à couler entre ses mâchoires entrouvertes. Moins de cinq secondes après avoir été embrochée, la Créatrice avait déjà le regard lointain et brouillé.
Un son métallique me parvint sur le côté, mais je n’eus pas besoin de tourner la tête pour voir que c’était le fusil de Kleef qui était tombé au sol, ses mains n’étant plus capables de serrer la crosse. Louis pencha la tête en avant, approchant ses canines monstrueuses de l'épaule de Kolyath. Toujours gémissante, la Créatrice tourna à peine le cou.
Les deux points jaunes fixèrent les deux pupilles rouges, puis l’abomination repoussa l’alien en avant. Elle glissa le long de la lame et s’écrasa sans un bruit sur la surface noire du pont, son sang coulant en suivant la courbe de l’édifice.
L’atrocité se tourna vers nous, braquant ses lames dans notre direction.
Il y eut un son sourd, et elle partit en arrière, projetée par un poing invisible. Son dos heurta la barrière, puis elle bascula par-dessus dans un hurlement. Un bruit d’éclaboussure mis un terme à ce cri.
Je tournai lentement la tête, et vis Jim, son fusil répulsif toujours levé devant lui, son doigt enlaçant la gâchette.
« Il est mort ? Couina Laura, les yeux embués de larme. »
Je ne parvins à émettre qu’un grognement étranglé par ma propre émotion, alors que mes yeux tombaient sur le corps agité de soubresauts, devant nous. Non, il n’était pas mort. Il ne pouvait pas l’être. Pas aussi facilement.
Kleef était toujours debout, immobile, son fusil gisant toujours au sol. Son visage n’affichait pas la moindre expression. L’espace d’un instant, je crus qu’il allait encaisser le choc avec son ancienne froideur. Il serra les poings, plantant ses griffes dans ses paumes, et crispa la mâchoire. Deux écailles se décrochèrent de son museau, comme de fins pétales de fleurs d’un mauve très pâle. L’une de ses épines dorsales encore intacte claqua en se rabattant violemment contre son dos.
Puis Kolyath cessa de trembler.
Un très léger râle s’échappa de sa gorge, à peine détectable au milieu de l’écoulement du fleuve. La digue qui retenait les émotions du Créateur céda brusquement.
Allez, un en moins
Ça va chier pour la suite ![]()
Maieuh, c'est criste, pourquoi tu t'en réjouis? ![]()
Je m'en doutais que la prochaine victime ce serait elle.
Louis est balèze.
Pauvre Kleef, on peut dire qu'il aura souffert physiquement et mentalement.
C'est bon chapitre, on les sent complétement dépassé.
Merci
+ Suis-je donc si prévisible?
Ben disons qu'elle était un peu la plus amoché et vu les quelque détails du chapitre précédant. C'étais pour moi prévisible, enfin faut dire que j'ai l'habitude plus ou moins de lire entre les lignes.
Je plaisantais, je me doute que c'était pas le truc le plus dur à deviner
Mais bon, perso je trouve que ça fait un petit contraste avec le combat contre le Neebray, qui avait été long, intense, titanesque mais au final non mortel, alors que celui là est nettement plus rapide, contre un adversaire plus petit, qu'il se passe dans l'incompréhension totale pour les persos mais qui au final se termine par un meurtre ![]()
Chapitre 53 : Le choc de trop.
Trente secondes. L’affrontement n’avait duré que trente secondes, du premier mouvement de Louis jusqu’à sa chute dans le fleuve. Peut-être même moins. Il s’en était écoulé dix jusqu’au moment où le destin de Kolyath avait basculé. Le reste n’était qu’une scène floue, que je me souvenais à peine avoir vécu, alors qu’elle avait eu lieu moins d’une minute auparavant.
Et toutes mes pensées semblèrent se mettre en pause lorsque mon regard se posa sur le Créateur.
Il était tombé à quatre pattes, les mains et les genoux trempant dans le sang de son épouse. Sa gueule s’ouvrait et se fermait spasmodique et il hoquetait, comme s’il était tellement effondré qu’il n’était plus en état d’exprimer son chagrin.
Des larmes ruisselaient sur son visage reptilien de ses yeux grands ouverts, rivés sur le cadavre. Un crissement me fit sursauter, et je me retournai vivement, craignant que Louis ne soit en train d’escalader le pont.
Mais il n’en était rien.
Kleef avait planté ses griffes dans le sol, si fort qu’une fine plaque d’acier noir s’était pliée sous chacune de ses mains. Malgré cela, le Créateur tremblait de tout son corps, encore plus violemment que lors du face à face avec le Neebray. Face à la créature, c’était la peur qui lui avait fait perdre un peu de son courage. Mais là...
Ses dents se mirent à claquer, et nous échangeâmes un regard inquiet entre nous quatre. Il allait finir par exploser. Je déglutis, avant de faire signe à Jim, lui pointant le Créateur du doigt. Il me jeta un regard effrayé, avant de hocher doucement la tête. Nous fîmes quelques pas pour nous placer de chaque côté, avant de l’empoigner solidement par les bras.
Le métal grinça lorsque ses griffes s’en arrachèrent alors que nous le relevions avec difficulté. Aussi étrange que cela nous paraisse, la fin de ce contact avec le pont et le sang de son épouse fut l’élément déclencheur.
Kleef s’arracha à notre prise, l’un de ses éperons m’entaillant la main au passage. Je m’apprêtai à le rattraper pour l’empêcher de retomber auprès du cadavre, mais n’en eut pas besoin. Il s’immobilisa, pantelant, et leva la tête vers le haut, ouvrant largement sa gueule. La puissance du rugissement fut telle que je reculai de plusieurs pas, sentant un important frisson me secouer. Les épines dorsales intactes du Créateurs se dressèrent presque perpendiculairement à son dos, manquant de fouetter Jim, qui n’avait pas reculé.
Puis il s’arrêta, le cri s’étranglant dans sa gorge alors qu’il laissait sa tête retomber. De longues secondes après, ce hurlement de désespoir continua de résonner en écho dans la forêt proche et sur la plaine, couvrant presque le grondement du fleuve.
« Kleef... Venez, on ne peut pas rester là..., tenta maladroitement Jennie, après s’être approchée légèrement. »
Le Créateur tourna la tête dans sa direction, et la peine lisible dans ses yeux était telle que la jeune femme sembla en perdre momentanément la parole. Il se pencha au-dessus de la barrière, et je me mis instantanément sur mes gardes, de peur qu’il ne décide par un accès de folie de se jeter par-dessus. Mais il se contenta de s’y appuyer, plaquant son visage dans ses mains, en y arrachant d’autres écailles au passage.
Sa peau d’un noir clair était de plus en plus visibles au niveau de son museau et des coins de sa gueule. Même ses griffes semblaient moins luisantes qu’auparavant, couvertes de sang séché et de poussière. Ses éperons et sa couronne de cornes, eux, avaient un aspect délavé, d’un couleur nettement moins vive qu’à l’origine. Cette aventure laissait ses traces même sur le seul natif de la planète qu’il restait dans le groupe.
Il ouvrit la gueule, et claqua férocement des mâchoires. Le son fut suivi d’un craquement et d’un couinement étouffé. Il se retourna, et cracha au sol.
Une dent brisée tomba sur le pont au milieu d’un filet de salive et de sang. Il la fixait avec la même incrédulité que nous.
« C’était douloureux depuis le Neebray, grogna t-il d’une voix sifflante. Je ne pensais pas que c’était à ce point... »
« Vous... Vous voulez qu’on en fasse quoi ? Demanda Laura d’une toute petite voix en indiquant le corps. »
Je tournai la tête vers elle, étonné qu’elle ait osé poser cette question. Le Créateur se contenta de la fixer pendant quelques secondes de son regard vide, comme s’il ne la voyait même pas. Puis il se pencha, s’agenouillant à nouveau à côté du cadavre de Kolyath. Il tendit la main et ramassa sa propre dent, longue de cinq centimètres, avant de la jeter par-dessus son épaule. L’éclaboussement qu’elle produisit ne fut même pas audible à travers l’écoulement de l’eau.
Puis il glissa ses deux mains sous le corps, avant de le soulever avec douceur. Le cou de la Créatrice retomba en arrière avec une facilité écœurante. Puis il la leva suffisamment haut pour lui faire passer la barrière, et la tint ainsi au-dessus des flots grondants. Laura vint se blottir contre moi en frissonnant, alors que le Créateur parlait dans sa propre langue. Il ferma les yeux, laissant de nouvelles larmes couler sur son visage, glissant jusqu’au bout de son museau avant de tomber sur le ventre ouvert aux écailles fines de Kolyath.
Puis ses bras penchèrent vers l’avant, et le corps en glissa.
Il bascula de l’autre côté de la barrière comme un pantin auquel on aurait coupé les fils, avant de s’engouffrer dans les flots, répandant un nuage de sang mauve dans le fleuve. Le cadavre continua de flotter à la surface, entraîné par le courant.
Kleef laissa échapper une longue plainte, attendant que le corps ne soit hors de vue.
Jennie s’approcha une nouvelle fois de lui, l’entrainant avec douceur.
« Il faut y aller. S’il était là, ça veut dire que la capitale est infectée. On ne peut plus se permettre de perdre du temps... »
« Vous avez raison, renifla le Créateur, sans pour autant décrocher le regard des flots. »
La jeune femme se fit plus insistante, et il finit enfin par accepter de la suivre. Je passai un bras autour des épaules de ma copilote qui tremblait toujours, avant de leur emboîter le pas. Jim s’attarda quelques secondes de plus, et se mit en route à son tour. Le sang de la Créatrice avait formé une trainée qui descendait le long de la courbe du pont, et le liquide nous accompagna ainsi sur plusieurs mètres.
Enfin, nous arrivâmes de l’autre côté de l’édifice, regardant d’un œil méfiant l’entrée de la forêt, devant. Le sentier qui s’y enfonçait était aussi mal entretenu que les grottes, ce qui signifiait que nous irions presque à l’aveugle. Je baissai les yeux, et mon regard se posa sur plusieurs jeux d’empreintes à quatre griffes faites dans le sol meuble à proximité de la rive.
Je soupirai, et redressai la tête, désireux d’oublier l’évènement passé.
« Attendez ! s’exclama Jim alors que nous avancions »
« Quoi ? Demandais-je d’une voix lente. »
« Les gourdes. On devait les remplir... »
Je clignai plusieurs fois des yeux, avant de comprendre ce qu’il voulait dire. C’est seulement à ce moment que je me rendis compte que j’avais la bouche très sèche. Le regard de mes deux coéquipières s’éclaira, et même Kleef s’accorda une légère moue qu’on pouvait interpréter comme un sourire. Nous descendîmes la rive en glissant sur les cailloux, jusqu’à atteindre le bord de l’eau. Je me laissai tomber à genoux pour remplir ma gourde, que je m’empressai de vider à moitié, avant de la remplir à nouveau.
Jim resta quelques instants fixés sur la rive d’en face. On distinguait encore nettement l’endroit où il avait creusé des sillons en remontant la pente en courant. Le soleil illuminait agréablement les environs, maintenant qu’il s’était levé pour de bon. Kleef but lui aussi quelques gorgées, mais le cœur n’y était pas. Ses yeux suivaient le mouvement de l’eau, et le liquide cristallin dégoulinait de sa gueule sans qu’il s’en rende compte.
Nous parvînmes à le décrocher de sa contemplation pour remonter vers la forêt.
C’était le dernier obstacle. La dernière partie du ‘’triple anneau’’ enserrant la capitale. Une fois sur place, nous aurions probablement à lutter contre de nouvelles créatures pour atteindre les vaisseaux. Mais pour le moment, cela n’était une vague préoccupation.
La simple vision de certains arbres morts tendant leurs branches noircies vers le sentier parvint à me faire frissonner. Ça, plus les gros nuages noirs qui était en train de dériver lentement vers nous.
*
Deux longues traces parallèles creusaient le lit du fleuve, parfois précédées de plusieurs autres marques, plus fines et plus petites. A un endroit où le fond était plus haut, plusieurs rochers avaient été déplacés par le choc d’une masse en pleine agitation. Un ensemble d’algues et de racines avaient été lacérées par la créature qui avait tenté de s’y accrocher.
Et elle avait réussi.
Des empreintes à quatre griffes, dégoulinantes, marquaient le sable et les cailloux qui constituaient la berge. On pouvait distinguer de temps à autre une longue fissure dans le sol, créée lorsque l’abomination s’était effondrée, s’appuyant sur ses deux puissantes lames pour se redresser. Et, abritée dans l’ombre fraîche de la forêt, la créature crachait et suffoquait.
La rage faisait trembler chaque fibre de son corps transformé, menaçant de la faire éclater dans un hurlement audible à des centaines de mètres. Mais rugir n’aurait fait que fuir les créatures environnantes, et il fallait bien qu’elle s’en nourrisse.
Elle jeta un dernier regard jaune et rageur au fleuve, avant de reculer davantage dans la pénombre. Et, alors qu’elle s’apprêtait à s’enfonçer dans la forêt, quelque chose calma largement sa rage meurtrière.
Flottant entre deux eaux, poussé par le courant, le cadavre de l’un de ces aliens répugnants passa devant elle. Le corps franchit la zone peu profonde, avant de retourner à un endroit où le fleuve s’élargissait davantage.
Une gueule garnie de dent creva les flots, et engloutit le cadavre.
Louis fit demi-tour, gardant l’image de la Créatrice gravé dans son esprit. S’il avait encore disposé de sa mâchoire inférieure, peut-être aurait-il sourit. Le grognement étouffé et saccadé qui s’échappa de sa gorge valait néanmoins tous les sourires.
Flippant
En tout cas, ça risque d'aller mal, mais en tout cas, on est sûr que le prochain, c'est Jennie ![]()
D'après le post de Help j'ai l'impression que plein de personnages meurent là ![]()
Help
Je croyais que tu penchais pour Laura?
Seb
Pas "plein". L'en reste plus que cinq après tout ![]()
OUais, je lirais ça un jour
Je finis toujours par faire ce que je dit que je vais faire
Là par exemple, j'écris mon chapitre, mon intro étant finie ![]()
Ben poste la ton intro alors
T'es au courant que t'as les deux pieds dans la tombe là, inutile de perdre davantage de temps ![]()