Vouala
Chapitre 2: Le grand départ.
Désert...
Lorsque nous sortîmes à notre tour après avoir réglé nos combinaisons pour être à la bonne température, les mots de Cole prirent tout leur sens. Un vaisseau venait de s'écraser à moins d'une centaine de mètres de leur muraille, et il n'y avait pas le moindre bruit. Bien entendu, les murs empêchaient totalement d'avoir une vue sur l'intérieur, mais niveau sonore, c'était le vide total.
« Bon, ben on fait quoi? »
« Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse? On fait nos sacs, on prend nos armes et on essaie de rentrer. Ils sont peut-être tous dans ce temple, là. »
« L'espoir fait vivre hein? »
« Si t'as une meilleure idée... »
Après quoi nous retournâmes tous les sept à l'intérieur. Excepté nos combinaisons personnelles, nous n'avions pas d'armure ni quoi que ce soit qui s'y apparente dans notre matériel. Ainsi, si les deux mécanos et ma copilote et moi avions des combinaisons renforcées à certains endroits pour notre travail, les trois autres n'avaient que leurs vêtements de base, avec juste des doublures sur les genoux et les coudes.
Au moins, la CEC avait eu la présence d'esprit d'équiper le vaisseau de casques pour tout le monde, que je m'occupais de rassembler sur la table principale. Louis, Célia et Laura s'occupèrent d'aller vider la petite armurerie, tandis que Cole, Jim et Jennie fouillaient un peu partout pour chercher tout ce qui pouvait se trouver dans le moindre recoin. Le tri viendrait plus tard.
J'allai chercher toutes nos rations restantes, bien que la faune nous permette peut-être de chasser en cas de besoin. Et j'étais bien placé pour savoir qu'on avait tous vu ces saloperies déshydratées et sans gout pour le reste de notre vie. Il restait tellement peu de ressources sur Terre que tout ce qui était de l'ordre du mangeable était réservé à ceux qui vivaient sur les stations ou dans les colonies. Et leur précieuses cultures l'étaient bien trop pour en céder à de banales équipes de reconnaissance.
Bientôt, une pile de nourriture, armes et affaires en tout genre recouvrit les sièges et la table.
Nous prîmes tous un sac, un pistolet et un fusil chacun, avant de séparer les munitions, qui remplirent déjà une partie de la place dont nous disposions. Chacun attacha une bombonne d'oxygène et deux d'eau de chaque côté de son sac, et nous dûmes nous résigner à en laisser une partie ici.
Le reste étant principalement constitué de vêtements de rechange et divers ustensiles utilisables uniquement pour le voyage ou le vaisseau, le tri fut vite fait. Quelques bricoles vinrent compléter la place restante dans nos sac, et nous achevâmes nos préparatifs en prenant couteaux et lampes.
« Bon, nous voilà prêt, en route pour l'inconnu! »
« En espérant qu'on en reviendra. »
« Tu passe vite du positif au négatif Dave, y a pas vingt minutes tu affirmais qu'on trouverait de la populace. »
« Je sais. Allez, vérifiez juste qu'on oublie rien d'important, j'veux pas me retrouver à dix bornes d'ici avant de remarquer qu'on a pas pris de batteries pour les lampes. »
Une fois à l'extérieur, nous décidâmes de chercher un portail dans ce mur gigantesque. Il se passa une bonne demi-heure de marche silencieuse avant que la surface parfaitement unie de la muraille ne se brise pour qu'apparaissent enfin les contours d'une arche ou de tours. Après quelques minutes supplémentaires, les détails d'un portail nous apparurent. Au loin, un autre troupeau de créatures passait dans l'indifférence la plus totale.
Finalement, nous arrivâmes devant deux battants de la même couleur que la muraille, à savoir une acier noir et suffisamment lisse pour que la lumière du jour se reflète légèrement dedans. Sur chacune des portes était gravé un signe étrange qui prenait toute sa surface. L'extrémité de leur trait se rejoignait au centre de la porte, à un endroit vide et creux.
Comme lorsque nous avions survolés le temple, ces deux symboles me parurent familiers. Je n'était pas unitologue, ni aucune personne ici, mais certaines églises étaient des lieux de visites en famille appréciables en raison de leur architecture. De plus, rares étaient les stations où on ne trouvait pas de gigantesques panneaux d'endoctrinement.
Jim, fidèle à lui-même, tenta stupidement de s'approcher de l'une d'elle et de frapper quelques coups secs. Il se retourna et surpris nos regards effarés.
« Quoi? On sait jamais. »
Néanmoins, malgré la tentative de notre coéquipier, qui ajouta un petit hého à ses coups, les deux portes restèrent closes. Et une nouvelle fois, pas le moindre son, hormis l'écho de sa voix.
« Fermé. Une demi-heure de perdue, plus qu'à revenir au vaisseau et attendre de crever. »
« Attends, t'as vu l'état de ce mur? On dirait qu'il a été construit hier, il doit bien y avoir quelqu'un. »
« Bah moi je vois personne. »
« Eh, regardez ça. »
Nous nous tournâmes vers Célia, qui venait de se redresser, une étrange pierre dans les mains. C'était une sorte de gemme, délicatement sculptée, et d'un noir brillant. Je m'approchai davantage, désireux de la voir de plus près. Au cœur du cristal, à peine visible à travers la paroi sombre, on distinguait un halo d'un violet sombre qui tournait. Sur chaque face de la pointe de la pierre, on pouvait voir une petite encoche, comme si quelque chose avait percé puis rebouché des trous de manière régulière.
Quoi que ce soit, ce joyau était absolument magnifique. Et sa forme...
« Attends... Regardez, ça a l'air d'avoir la même forme que ce trou, entre les deux gravures. »
« Ah ouais, t'as raison. C'est peut-être tombé. »
« Essaie de le remettre. »
La jeune femme s'approcha de l'emplacement, fit légèrement rouler la gemme entre ses doigts pour trouver la manière de l'installer, puis la glissa dans le trou. Dès qu'elle recula, des petites pointes sortirent de l'encadrement, et fendirent la pierre aux endroits où se trouvaient les encoches. Le halo de couleur quitta l'intérieur du cristal, aspiré par les pics qui venaient d'y entrer. Les deux gravures s'illuminèrent d'une profonde teinte violette, incroyablement sombre, et les deux dessins furent clairement visibles, malgré la surface noire qui les entouraient.
Les gravures brillèrent encore un peu, puis le halo retourna au creux de la gemme. Nous attendîmes quelques secondes, puis le bruit d'un mécanisme en marche se fit entendre, suivit par le grincement que provoquèrent les battants en coulissant doucement. Complètement ébahis, nous attendîmes que le portail soit entièrement ouvert avant de nous engager à l'intérieur. Le cristal resta fiché dans son emplacement.
« Wouah... A votre avis, c'était quoi ça? »
« Je sais pas. Peut-être leur source d'énergie principale? Ça a aspiré ce qu'il y avait dedans, quoi que ce soit... »
« Ouais... Ils ont surement appris à l'utiliser comme il faut alors, comme nous avec nos propres énergies. »
Nous fîmes quelques pas dans l'enceinte de la ville, constituée de petites maisons et de rues étroites. Dans notre dos, les deux portes glissèrent pour se fermer, et je vis qu'une autre gemme était incrustée de ce côté-ci. Les habitations étaient elles aussi sculptées dans ce matériau noir et lisse. Au-dessus des portes se trouvaient des inscriptions, également gravées en lettres unitologues. De nombreuses questions se formaient à leur sujet dans mon esprit, et j'imaginai sans peine qu'il en était de même pour les autres.
Le temple principal se dressait devant nous, gigantesque. Il était tout simplement impossible de déterminer sa taille exacte, mais il avait surement demandé des années de construction, à moins que l'espèce qui vivait ici n'ai de techniques plus évoluées que les nôtres, ce qui était surement le cas. Jim s'écarta un peu pour observer l'acier qui composait les maisons, laissant ses doigts glisser à sa surface.
Il ne fallut pas beaucoup de réflexions pour nous apercevoir que le sol était mal entretenu, comme inutilisé depuis des années. Du sable ou de la poussière s'était entassé contre les murs, amené là par les vents sans que personne ne s'en occupe.
« J'espère vraiment que tu as raison et qu'ils sont tous dans ce temple mon vieux, parce que là, c'est clair que personne est venu ici depuis un bout de temps. »
« Et pourtant... Vous avez vu ce métal? Aucune trace d'usure, rien, on dirait qu'il vient d'être fondu et sculpté. Je suis sûr que si la compagnie venait ici, elle retournerait la planète entière pour en trouver... »
« Oublie la compagnie Jim, on a des choses plus importantes à faire. »
« Je sais, mais quand même, c'est... C'est magnifique, peu importe qui vit sur cette planète, ils sont vraiment doués. »
« Possible, mais pour le moment je me contenterais de les rencontrer. »
« Je parie qu'on a pas besoin de te demander où tu veux qu'on aille, hein? »
Tous les regards se tournèrent vers le majestueux édifice. Si on voulait trouver quelqu'un, ce serait là.
Et comme d'habitude, sweet samedi 