Chapitre 12: Le duel.
Au fil de notre avancée dans les rues étrangement vides, le brouhaha augmenta petit à petit. Bientôt, nous arrivâmes en vue d'un enfoncement du terrain. Me rappelant la précédente cité, j'en déduisis qu'il s'agissait de notre destination. Ce qui posait un autre problème. Comment entrer sans être vus si la quasi-totalité de la population se trouvait là? Pour le moment, le mieux était peut-être de prendre un peu d'altitude pour essayer d'analyser la situation.
Je repérais une sorte de tour métallique à proximité de la fosse, et m'y dirigeai avec les autres. D'autres édifices semblables avaient été bâtis tout autour de l'arène. Nous ouvrîmes la porte avant de nous glisser à l'intérieur. Tout était désert, et nous en profitâmes pour gagner le toit sans trop de soucis.
Au moment de sortir, je me figeai. Un alien nous tournait le dos sur le toit, placé en face d'une plaque sombre. Cole, juste à côté de moi, leva le fusil à énergie, mais je posai une main sur le canon, de peur que le tir n'avertisse les milliers de créatures dans l'arène. Au lieu de ça, je m'approchai à pas de loup en sortant doucement mes deux couteaux, et en espérant qu'ils n'avaient pas une ouïe trop fine. Néanmoins, vu le boucan que provoquaient ses congénères, il ne nous aurait surement pas entendu au travers.
Je retournai les deux lames entre mes doigts et, une fois à deux mètres de lui, les levai à hauteur de mon visage, en croix. Je fis trois pas en avant et plantai les deux couteaux dans sa nuque, avant de les croiser avec toute la force que je pouvais mettre dans ce geste. L'alien gémit doucement lorsque sa chair fut transpercée, puis il s'écroula dans un râle. Les autres approchèrent à leur tour, et j'examinai la plaque.
Nous vîmes immédiatement qu'elle agissait comme une sorte de télescope, permettant de voir le centre de l'arène de suffisamment près.
*
Les aliens poussèrent la cage sur un système de petits rails. La créature rugit au nez de ses geôliers, qui ne se laissèrent pas impressionner et actionnèrent le mécanisme. La cellule glissa doucement le long du tunnel qui menait au centre de l'arène. Une précaution justifiée, qui évitait de faire sortir les victimes de leur cage, et ainsi de risquer inutilement une évasion.
L'ancien mécanicien continua à faire râper ses lames contre les barreaux, qui commençaient nettement à se fissurer. La lente progression des plaques noires causaient une étrange sensation à la bête. Elle ne parvenait pas à l'associer à quoi que ce soit. Tout ce qu'elle savait, c'était que cette armure pouvait se révéler efficace. La cage entra dans le cercle formé par l'édifice. Une lourde porte métallique tomba derrière, l'empêchant de faire demi-tour.
Celle de sa cellule s'ouvrit doucement.
*
L'horrible créature, difforme et avec des lames qui lui sortaient des épaules et d'autres qui remplaçaient ses avant-bras, fit quelques pas sur le sol terreux de l'arène. La plaque de zoom ne transmettait bien sûr pas les sons, mais la foule s'était tut, et les rugissements de la bestiole nous parvinrent assez distinctement. La manière dont les épées étaient disposées s'approchaient beaucoup des mutations observées sur les divers squelettes. Ce n'était pas rassurant.
« C'est quoi cette chose... »
« Aucune idée. Mais c'est pas... naturel... »
Un alien sortit de l'autre extrémité de l'arène. A la manière de celui que nous avions tué dans le transport, les pointes de ses poignets partaient vers l'avant. Il ne s'agissait d'ailleurs pas d'un simple épis osseux, comme nous l'avions vu avant. Elle semblait avoir été renforcée d'un métal lisse et violet, de manière à lui donner l'aspect d'une lame. Les autres éperons sur ses bras étaient tous disposés de la même manière, à l'exception d'une petite pointe sur le coude qui partait dans l'autre sens. Il fit quelques pas, sous les acclamations du public
L'abomination n'attendit pas qu'il ait atteint le centre de l'arène.
Elle se jeta sur lui en agitant ses lames et en hurlant, avant même qu'il n'ait fini de saluer. Il se mit instantanément sur la défensive, prêt à contrer les assauts de son adversaire. La lame de la bête s'abattit sur l'éperon renforcé droit de l'alien, qui dévia le coup et fit une roulade sur le côté pour éviter d'autres coups, puisqu'il n'avait que deux bras, contre quatre pour l'horreur sur pattes. Je remarquai que les épines articulées de ses épaules et de son dos se repliaient pour ne pas gêner un tel mouvement.
Alors que la créature se retournait encore, l'être violet se redressa, pivota sur lui même et l'une des lames rattachées aux omoplates s'écrasa au sol. La monstruosité poussa un rugissement en rivant ses yeux jaunâtres sur son adversaire. Elle battit l'air de son autre lame, mais le Créateur esquiva le coup avant de se jeter sur la bête pour la jeter au sol et la lui trancher dans le même temps. Elle roula sur elle-même, avant de s'appuyer au sol à l'aide de ses deux bras restants.
Un sang d'un rouge presque noir giclait par intermittence des moignons.
La créature croisa ses lames et fendit l'air pour essayer de décapiter l'alien, qui se baissa. Il saisit le bras de la bête un peu au-dessus du coude et le trancha sans le moindre effort. Sa main resta dressée en l'air une minuscule seconde, avant de redescendre d'un mouvement circulaire vers le bas, sectionnant l'une des jambes de l'abomination.
*
La créature s'écrasa sur le sol en gargouillant, incapable de se tenir sur sa jambe restante. La perte de ses membres n'avait causé aucune douleur, mais une sensation affreusement désagréable qui n'avait fait que l'enrager davantage. Mais en cet instant, le combat était perdu pour elle. Presque complètement démembrée, du sang coulant abondamment de ses moignons, elle se laissa choir et resta immobile, ses paupières déchiquetées fermées.
Elle était résignée à périr sans avoir pu briser ceux qui l'avaient fait devenir ce qu'elle était. Elle resta là, presque un simple tronc sanguinolent, à attendre que cet être abject l'exécute.
Puis la sensation désagréable commença à refluer, à disparaître. Remplacée par... autre chose. Elle reconnu rapidement cette nouvelle impression comme étant la même que celle qui accompagnait l'augmentation de sa carapace noire. Cette sensation courut dans tout son corps, rejoignit les moignons sanglants qui s'agitaient.
Elle rouvrit les yeux, et planta son unique bras dans la terre.
*
Sous nos yeux ébahis, dans la plaque de zoom, nous vîmes l'alien reculer devant le spectacle qui s'offrait à tout le public. Les os de la monstruosité se reformaient en accéléré, munissant la bête d'une nouvelle jambe et de nouvelles lames. Elle se releva doucement et, même si les tissus ne s'étaient pas encore totalement régénérés, elle fit un pas en avant, ses toutes nouvelles épées dirigées sur son adversaire. Des lambeaux de chair déchiquetés pendaient des ossements.
La réaction de l'autre combattant indiquait qu'il ne s'attendait visiblement pas à une telle chose. La bête abaissa les lames de ses épaules pour qu'elles couvrent son torse et se jeta sur sa proie, bras levés. L'alien esquiva l'assaut d'extrême justesse et effectua un coup vif dans le but de décapiter l'horrible bestiole.
L'éperon resta bloqué sur sa nuque.
Même à cette distance, nous vîmes qu'une plaque noire recouvrait cette partie de son anatomie, de même que d'autres zones. Elle poussa un rugissement et pivota sur elle même, jetant le combattant au sol. Il se releva en vitesse et, alors que la créature fondait sur lui pour l'empaler, il croisa ses deux poignets devant lui. Une substance sortit de l'extrémité des éperons et forma très vite un voile blanc et souple. Il ressemblait étrangement à celui qui recouvrait les ossements, dans le tombeau. Et nous venions dans le même temps d'obtenir la réponse que nous nous posions au sujet de l'utilisation des deux pointes creuses.
Les lames de la créature tordirent légèrement la membrane, qui prit la même teinte rosâtre que lorsque Cole avait assené plusieurs coups de couteaux pour la trancher dans la tombe. Elle força un peu plus, et ponctua son effort d'un hurlement de rage, ou de triomphe. Le voile devint progressivement rougeâtre, puis les deux épées le crevèrent.
L'alien tomba en arrière sous le choc.
L'abomination ne lui laissa pas le temps de se relever.
Elle planta ses deux bras dans l'estomac de son adversaire et le souleva tandis qu'il essayait de s'en extraire. Les deux lames de ses omoplates fendirent l'air et s'enfoncèrent dans ses épaules, avant de s'écarter. Les membres du Créateur tombèrent au sol dans un craquement humide qui nous parvint malgré la distance. Ce son fut aussitôt couvert par un horrible cri de douleur.
D'un même mouvement, elle croisa ses épées, et la tête de son adversaire vola dans un jet de sang. La créature laissa glisser le cadavre sur le sol de l'arène, avant de se baisser et de mordre dans la chair ainsi découverte. D'autres Créateurs surgirent dans le cercle pour lui envoyer une entrave énergétique avant qu'elle ne dévore le corps.
Elle fut ramenée dans sa cage qui attendait à l'extrémité du colisée.
Je m'éloignai de la plaque transparente, et tournai la tête. Je vis rapidement que les autres étaient choqués par ce spectacle, autant que par l'aspect répugnant de la créature qui venait d'être à nouveau enfermée. Je fis signe aux autres de descendre. Il fallait à tout prix aller sauver notre camarade avant que ce ne soit son tour. A condition qu'il soit en état d'être sauvé.
*
L'ancien mécanicien savourait encore le goût de la chair de sa victime. La cage fut ramenée à l'intérieur du boyau mais, au lieu de la laisser devant l'entrée, ces êtres répugnants la transportèrent ailleurs. Ils l'enfermèrent dans une autre salle sombre et humide, sans la moindre issue. Puis il partirent, l'abandonnant là. Apparemment, ils n'avaient pas apprécié sa prestation.
La pièce ne bénéficiait d'aucune aération, exceptée une série de trous de quelques centimètres en haut de l'un des murs. Même si elle sortait de cette cellule, elle serait bloquée ici. Mais viendrait bien un jour le moment où ils ouvriraient cette porte pour la nourrir ou la faire combattre à nouveau. Prenant son mal en patience, elle recommença à faire râper ses lames sur les barreaux.
Ces créatures abjectes n'avaient rien remarquées.
Les barreaux finiraient bien par céder.
Pas de trop mauvaise surprise vis-à-vis de Louis j'espère 
La suite samedi 