Voila
Chapitre 10: Conséquences.
Dès l'instant où il croisa le regard de David avant que celui-ci ne bascule du vaisseau, Louis comprit qu'il ne pourrait compter que sur lui-même pour se sortir de cette situation. L'explosion d'éclairs avait fait fondre les barreaux des cages les plus proches de son épicentre, mais n'avait provoqué qu'une simple onde de choc passé un certain champ. Les aliens aussi subirent les conséquences de cette fusion non prévue des deux sphères d'énergie et furent jetés dans le couloir d'où ils venaient, excepté un qui s'écrasa juste contre le mur.
Le mécano avait vu son coéquipier tourner la clé, et décida que c'était sa dernière chance. Alors que le Créateur le plus proche se relevait et reprenait ses esprits, il empoigna les barreaux de la porte et la poussa. Ceux-ci étaient brûlants, mais il n'y fit pas attention, obnubilé par sa survie. Il trébucha sur la jambe de celui que ses camarades avaient tué, mais parvint à rester debout. Le tangage de la navette en train de se rééquilibrer ne facilitai pas la course, et il dût se contenter d'une marche rapide mais incertaine.
Une autre sphère vola au-dessus de sa tête et alla exploser le panneau de commande. Il fut projeté dans l'autre sens, et la trappe commença à se fermer. Alors qu'il tentait de se relever pour sortir, Une patte griffue le bloqua au sol dans un léger craquement. La douleur lui fit pousser un gémissement étouffé. L'alien le traina et le jeta dans une autre cage, avant de se planter devant, n'ayant plus de moyen de la verrouiller.
Ses deux congénères s'approchèrent du cadavre de celui que les humains avaient tué, et l'emportèrent dans une autre salle. Dès lors que la porte se ferma et que la créature posa son regard luisant sur lui, il su que c'était terminé. Le reste du voyage se passa sans encombre. Une partie de lui le poussait à se jeter sur son adversaire, sachant que la porte n'était pas fermée, afin de s'assurer une mort rapide, mais l'autre partie voulait le garder en vie, au cas où.
Après tout, peut-être qu'il avait encore une chance de s'en sortir.
Il sentis que le vaisseau se posait, et leva la tête. Il s'était recroquevillé au fond de sa cellule, résigné. Un alien entra, portant un autre fusil dont le canon était un peu plus large que le reste de l'arme. Il la braqua sur lui et tira. Louis se sentis écrasé contre le mur, puis il se retrouva bientôt immobilisé par la même entrave que Jim, quelques temps plus tôt. Les deux créatures le soulevèrent et l'emmenèrent à l'extérieur.
Il était dans une sorte de petit hangar parfaitement basique, mais se retrouva bientôt dans un couloir circulaire, dont le sol était couvert de terre. Il lui fallut quelques secondes pour assimiler cette information et la comparer à ce qu'il avait déjà vu sur cette planète. L'arène!
Le jeune homme ferma les yeux, effrayé de ce qu'ils allaient faire de lui. Dépourvu d'armes, il n'avait pas la moindre chance contre une de ces créatures, comme l'affrontement qui avait eu lieu dans le vaisseau l'avait prouvé. Ces aliens étaient des machines à tuer au combat rapproché, et leurs armes étaient elles aussi très puissantes.
On le déposa sur une surface plate. Il sentis une pression sur ses bras et ses jambes, et décida d'ouvrir les yeux, quitte à voir son bourreau. Il était attaché à une plaque noire, en croix. Divers bocaux étaient posés sur des sortes d'étagères, contenant un liquide en apparence épais. Plusieurs de ces récipients étaient transparents et taillés en pointe.
L'une des créature le regarda, plissa les yeux et saisis l'un des flacons entre ses griffes courtes. Il s'approcha doucement, brandis le bocal au-dessus de sa victime, et l'enfonça dans son estomac. Le mécano poussa un cri de souffrance, et des larmes de douleur coulèrent sur ses joues. Le Créateur tordit la seringue, et elle se brisa, déversant son contenu dans la blessure. La plaie ne tarda pas à s'infecter.
Il reçu un coup au visage, et fus trainé dans une série de couloir, avant d'être jeté dans une autre cage, qui fut soigneusement verrouillée. Il distinguait une lueur diffuse un peu plus loin, probablement l'entrée de l'arène. Il faisait encore nuit. La blessure le faisait souffrir, de manière particulièrement atroce. De longues minutes passèrent, peut-être même des heures.
Son estomac se tordit, et il poussa un gémissement étouffé. Le jeune homme tomba à quatre pattes et commença à vomir, en partie ce qu'il avait mangé, mais surtout, du sang. Chaque centimètre de sa peau, de ses muscles, de ses organes et même de ses os le faisait souffrir, et il sentait quelque chose progresser en lui, avec l'impression que cette chose déchiquetait tout pour lui donner une autre forme.
La souffrance vint à bout de sa résistance et il s'évanouit.
*
« Eh, Dave... Réveille-toi vieux, il fait jour... »
Je rouvris les yeux, sentant une très légère douleur au niveau de mes côtes et de mon bras gauche. Le jour s'était levé, et mes coéquipiers étaient rassemblés autour de moi. Je vis que nous étions sous un petit bosquet d'arbres. Je tentai de me relever, mais Laura posa doucement une main sur mon torse pour m'en empêcher.
« Evite pour le moment, t'es pas encore très frais et tu pourrais faire un faux mouvement. Nos kits sont efficaces pour ce genre de fractures, mais ça soigne pas complètement en quelques heures. Jennie a juste eu le temps de récupérer son sac avant de sauter, c'est pour ça qu'on a de quoi nous soigner. »
« On est où là? »
« On s'est tous écrasés un peu partout dans la plaine après avoir sauté, mais on a fini par te trouver et t'emmener un peu à l'abri. On voulait pas prendre le risque de te soigner sur place, ils sont peut-être revenus voir où on était... »
Je me laissai retomber en soupirant. La douleur n'était pas désagréable, tant elle était réduite. Puis les évènements qui avaient causé ma chute me revinrent en mémoire. J'allais instinctivement demander où était Louis, avant de me raviser. Je savais parfaitement où il était. Nous ignorions totalement ce qu'il était en revanche devenu. La seule information qu'il nous restait, c'était qu'il se trouvait à la ville où nous nous rendions.
J'attendis quelques minutes, puis entrepris de me redresser doucement. On m'avait allongé sur un lit de feuilles, et les autres s'étaient disposés en cercle. Jim et Célia avaient une attelle au bras, probablement due à leur chute, mais les trois autres avaient l'air en bon état. D'ici quelques heures, les kits de soin auraient fait effet et nos blessures ne seraient plus que de l'histoire ancienne. Au centre du cercle était posé le fusil que j'avais gardé avec moi en tombant. Notre seule arme, à l'exception de nos couteaux.
Nous nous mîmes à parler. Nous étions tous d'accord sur le fait qu'il fallait au moins essayer de sauver notre coéquipier, ou voir ce qu'il était advenu de lui. Et dans tous les cas, il nous fallait des armes, de la nourriture. En bref, tout ce qui se trouvait dans nos sacs avant que les aliens ne nous les retirent. Une autre hypothèse ne tarda pas à naitre. Si des humains s'étaient écrasés ici, peut-être que les Créateurs avaient gardé leur vaisseau pour l'étudier. Auquel cas, nous pourrions envisager de quitter la planète.
Mais pour le moment...
« Vous avez essayé de communiquer avec lui? »
« Non, pas encore, on avait d'autres préoccupations. Je vais essayer... »
Cole plaça son communicateur et l'actionna, cherchant la fréquence du mécano. Il la trouva rapidement, et le son qui nous en parvint nous prouva qu'elle était allumée.
« Louis? Louis, si t'es là, réponds... »
« Louis? Louis, si t'es là, réponds... »
« Qu'es-ce que c'est que... »
La source de cet écho fut rapidement trouvée. Célia, qui était la deuxième mécano du groupe, fouilla ses vêtements et finis par sortir l'oreillette de son collègue d'une de ses poches. Il avait du lui donner pendant qu'il s'occupait d'essayer de réparer notre coquille de noix ambulante. Il ne fallait donc pas compter sur ça pour le trouver. Le jeune homme n'avait aucun moyen de communiquer avec nous, qu'il soit en état de le faire ou non.
Mais nous devions vraiment continuer à penser qu'il était encore vivant, pour avoir au moins une motivation valable de se risquer dans cette ville, qui, elle, était peuplée. C'était peut-être du suicide, mais il fallait essayer de le libérer. Au moins essayer.
*
La créature qui portait encore des lambeaux de combinaison du mécanicien se redressa en s'appuyant sur les lames qui sortaient de ses omoplates. Du sang, de la bile et d'autres fluides maculaient le sol de sa cage, mais elle ne s'en occupa pas. De longs morceaux de chair, ainsi que sa propre mâchoire inférieure gisaient, inutiles. Elle avait oublié la souffrance. Si l'infection avait effacé toute trace de son ancienne vie, elle n'avait pas pour autant supprimé toute intelligence.
Les barreaux étaient bien trop résistants pour être rompus, et ces êtres la surveillaient. Ils ne voulaient pas qu'elle s'échappe ou se blesse. On avait d'ailleurs déplacé la cage de manière à la positionner en face d'un couloir qui menait à l'intérieur de l'arène.
Le jour s'était levé, et elle était prête. Dans quelques heures, on la libèrerait pour un affrontement. Si elle avait oublié toute souffrance, elle se souvenait de ceux qui l'avaient provoqué. La rage bouillonnait dans les yeux jaunes de l'abomination, et elle fit râper ses lames tranchantes contre les barreaux. La soif de sang, de mort et de destruction emplissait le peu d'esprit que la bactérie avait laissé entier, et tendait tous ses muscles écorchés dans l'attente de sa libération.
Ce moment viendrait bien assez tôt. Et alors...
Comme d'habitude, en espérant qu'il vous plaira, la suite samedi 