Chapitre 55, partie 2
« Rien n’a changé »
Bataille de Waterloo,
Plateau de Mont Saint Jean.
Le soleil commence a se coucher.
(Pour un peu d’ambiance écouter la première minute)
http://www.youtube.com/watch?v=8A3P8DbmKxY
Les troupes françaises font face a l’armée de terre britannique surentrainée. Les jeunes officiers bardés d’une ceinture tricolore peinent a diriger des troupes endurcies par des années de guerre. En face, les tuniques rouges s’organisent. Les prussiens arrivent et leur aide précieuse est synonyme de victoire. Les artilleurs anglais courent se réfugier dans les carrés d’infanterie alliés lorsque la cavalerie charge courageusement pour soulager la ligne française, sur le point de flancher. Ceux-ci reviennent faire cracher leurs canons lorsque les chevaux se replient. Les hommes tombent par centaines et combler les rangs devient de plus en plus difficile. En haut du plateau, le 14e régiment d’infanterie affronte la garde royale qui ne se repliera sous aucun prétexte. Le colonel Lang tente d’organiser les troupes face aux tuniques rouges, déjà parées a tirer.
Le régiment avait grimpé la colline aussi vite que possible et les hommes étaient exténués. Les officiers en avaient conscience mais impossible de se reposer, l’ennemi faisait face et était tenace. La maréchal Ney était la.
-Colonel ! Ou est donc passé votre général ?! Qui commande ici ?
-Le général a disparu ! Je suis a la tête du régiment depuis lors !
Ney montra la ligne ennemie qui se rapprochait sur la gauche.
-Dans ce cas veuillez faire en sorte d’arrêter ces démons ! La garde arrive ! Je vous le promets !
-A vos ordres ! Soldats, halte !
Les sous officiers dans les rangs répétèrent l’ordre qui se transforma en échos.
-Halte ! Halte ! Tenez vos positions !
Lang pouvait voir son homologue britannique légèrement en avance. Il entendit distinctement un « get ready » entre les tirs de boulets.
-En rang par trois !
Comme toujours les cris des adjudants et autres sergents partirent en échos.
-Par trois, crétins ! PAR TROIS ! Serrez les rangs ! Serrez-moi ces putains de rangs !
-Première ligne ! En joue !
Le bruit des mousquets préparés au tir retentit dans les rangs. Tous étaient brillamment alignés pour décharger un feu meurtrier sur l’ennemi. Mais celui-ci était plus rapide. Le cœur serré par la peur, Lang vit le général anglais baisser son sabre dans sa direction. Les britanniques avaient un temps d’avance et tiraient déjà sous l’ordre rageur de leur supérieur : « FIRE ».
Les balles sifflaient et une vingtaine d’homme tomba. Lang baissa a son tour son sabre.
-FEU !!
Le régiment rendit la monnaie de leur pièce aux anglais qui allaient envoyer leur seconde salve. Au loin, on pouvait voir certains d’entre eux qui tombaient.
-Première ligne ! Genou a terre ! Seconde ligne ! En joue !
Un nouveau tir britannique faucha d’autres soldats. Lang feint de ne pas s’en apercevoir. Les sous officiers criaient de plus en plus fort pour se faire respecter. Des « serrez les rangs ! » et des « maintenez la ligne » retentissaient constamment.
-FEU !!
Le colonel sentait que le repli était inévitable et qu’il faudrait en donner l’ordre tôt ou tard. Les anglais ne subissaient pas assez de dégâts et les soldats tricolores encaissaient salves sur salves. Salves très précises, qui plus est. Les sous officiers continuaient leur travail. Des ordres banaux étaient suivis de menaces.
«-Rechargez ! Rechargez plus vite ! En cadence !
-Le premier que je vois quitter les rangs, je le descends de mes propres mains ! Est-ce assez clair ?! »
Lang parvenait a peine à se faire entendre et réussit malgré tout a faire tirer la troisième et dernière ligne. Un de ses lieutenants arriva pour lui parler, un filet de sang coulait entre ses yeux.
-Colonel ! La ligne va flancher ! Impossible de faire un autre feu de rang !
-Je sais !
- Dois-je ordonner la retraite colonel ?!
Un étrange personnage arriva maladroitement a cheval et manqua de tomber lorsqu’il s’arrêta a sa hauteur. Il tenait une arme très étrange. Il s’adressa au lieutenant.
-C’est vous qui commandez ?!
-Adressez vous au colonel, lieutenant !! Qu’est ce que c’est que cette tenue ?! Vous croyez vous au carnaval ?!
Lang le regardait bizarrement. Le régiment rechargeait toujours.
-Que voulez vous ?
-Je suis les renforts !
-C’est une blague ?!
L’homme le regarda d’un sourire narquois et pointa son arme sur la ligne anglaise, bien ordonnée et parée a faire feu une nouvelle fois. C’est alors que chaque français fut ébloui par un spectacle aussi insolite que meurtrier. L’homme, sans jamais recharger, tira sans frémir une centaine de balles sur l’ennemi. Les tuniques rouges encaissèrent coup sur coup mais tenaient toujours. Il changea alors son angle de tir et allongea d’une balle le général britannique. Pour la première fois, la garde royale, effrayée, se replia.
Le soleil, un temps couvert par un nuage, se dévoila alors. Cette combinaison d’évènements emmena les troupes françaises dans un tel élan d’enthousiasme qu’il était maitenant impossible de les contenir. Ceci commença par un pas en avant du 14e régiment, puis deux, puis trois.
Puis une clameur retentit sur tous le front lorsque chacun vit les uniformes resplendissant de la Vieille Garde, troupes d’élite françaises. Celles-ci étaient les meilleurs combattants de la planète, et ils le savaient. Leur présence effrayait l’ennemi et rendait le courage perdu des régiments français à moitié décimés.
-A la charge ! Percez-les !!
Quelques centaines de mètres au nord, Arthur Wellesley, Duc de Wellington et commandant en chef de l’armée britannique, observait par sa lunette télescopique ses troupes se dérober petit à petit. Les tuniques rouges qui quittaient les rangs se faisaient trancher la gorge par les coups de sabres des cuirassiers ennemis qui fonçaient dans les soldats en détresse sans se soucier du danger.
-Cela ne prendra dont jamais fin…
-My Lord, si nous faisons charger notre cavalerie de réserve au centre pendant que nous repositionnons nos troupes, peut être pourrons nous organiser une contre attaque.
Le commandant regarda une nouvelle fois dans sa visée avant de la ranger. La défaite était totale.
-Allons vous rêvez général…
Plus au sud, la situation n’était pas la même, Napoléon Bonaparte était à son tour sur le plateau avec son quartier général. L’attaque précipitée sur les anglais était à moitié une fuite car les prussiens étaient déjà en bas et se sont emparés de toute l’artillerie française. Ils s’apprêtent a prendre à revers l’armée impériale qui est en grande partie dispersée dans la plaine a courir contre les anglais. Seule la garde et les artilleurs sont en place et leur font face. Ces derniers tentent de se familiariser avec les canons anglais qu’ils parviennent a peine a recharger. Le général Cambrone, à la tête de la Garde, s’apprête à repousser les uniformes noirs qui se massent en bataillons serrés.
-Soldats ! Nous avons tellement vécus, tous ensemble ! De Vienne a Moscou, en passant par Berlin, nous avons tout connu, tout conquit ! Aujourd’hui, c’est un nouveau jour qui s’offre à nous ! Il est une nouvelle fois possible de laisser notre empreinte, de manière définitive ! Si nous perdons, nous perdons tout !
La dernière phrase signifiait beaucoup pour chaque soldat. Ils sont prêt a tout pour que la France ne reconnaisse pas la défaite de 1814. L’aigle de l’Empire était en marche.
-Général ! Les prussiens ont chargé nos batteries. Ils s’apprêtent à faire un tir de barrage.
-J’en doute, colonel.
Le colonel Lang, sans commandement car son régiment était dispersé et impossible a regrouper dans les temps, observait et ne comprenait pas. Il voyait les artilleurs allemands mettre les feux au poudre et se boucher les oreilles pour se protéger des coups de canons déchirants. Mais ils furent surpris par une ruse admirablement organisée par les artilleurs français, qui déjà criaient « Hourra ! »
En effet, les canons, au lieu de cracher des boulets meurtriers, explosaient et emportaient toute vie dans les alentours. Un chemin de poudre s’assurait de les faire exploser un par un, décimant tous les artilleurs. Cependant, l’armée prussienne montait la colline, en surnombre. Cambrone discernait une certaine hésitation dans leurs rangs.
Les généraux subalternes criaient déjà les ordres. Gaillard, fraichement promut, en faisait parti.
-On va les renvoyer d’où ils viennent ! Soldats ! En rang par trois en prêt à faire feu sur eux !
Marc l’avait rejoint en courant, ayant perdu sa monture.
-Alors ça y est ? On est vraiment en train de faire ce que je pense ?
-C’est mieux que dans les films n’est ce pas lieutenant ?
-Oh je t’en prie comme si je n’avais pas eu ma dose d’action jusque la !
Il termina a peine sa phrase qu’une balle atteignit en pleine gorge Gaillard et le jeta à terre. Les prussiens s’étaient rapprochés plus vite que prévu. Un autre gradé prit sa place, le croyant mort. Pendant ce temps les premiers coups de canon que tenaient les français fauchaient les prussiens qui commençaient à instinctivement reculer. Ils ne voulaient pas avoir affaire à la Vieille Garde, aux vétérans de toutes les guerres.
Marc tenait Bastion dans ses bras, et lui avait relevé la tête pour qu’il puisse regarder. Au bout de quelques minutes, les prussiens se débandaient sous les coups de feu ravageurs des français. La bataille fut très courte. L’ennemi savait que les anglais étaient en déroute, ce qui lui avait détruit son moral.
Un jeune homme s’avança alors, brandissant un drapeau tricolore et l’agitant. Toute la ligne de front hurlait a la victoire tandis que les cavaliers descendaient la colline pour réduire à néant les dernières forces hostiles. Marc n’en croyait pas ses yeux, et Bastion était à moitié mourant. Il souriait malgré tout. Son compagnon articula tout de même quelques mots.
-Le jour se couche…
-Non, mon ami. Le jour se lève !