Voici la suite, je me sens chaud bouillant pour écrire en ce moment
Chapitre 49
Le pistolet resta inerte car vide. Sa main retomba et lâcha l’arme dans un bruit métallique. Kristen regarda le lieutenant et, affolée, se précipita sur lui pour l’empêcher de commettre l’irréparable. Il était déjà trop tard, même s’il n’y avait plus de balles. Elle resta assise, les larmes aux yeux. Chaque personne présente avait déjà abandonné ou en était sur le point. Les nécromorphes frappaient toujours contre la porte et tentaient de rentrer, tels des zombies assoiffés de chair humaine. Leurs gémissements ne cessaient jamais et rendraient fou le premier venu. Marc se dressa lentement en position assise, ce qui effraya la jeune femme. Bastion pointa son arme sur lui, ne dormant que d’un œil, il pouvait surveiller ce qu’il se passait.
-Quel jour sommes nous lieutenant ?
-Je…je ne sais pas…
-Bonne réponse.
La réponse sensée de Marc confirmait à tous qu’il n’était pas encore devenu fou dangereux. Marc regarda sa montre. Cela faisait 24 heures qu’ils étaient partis. Il haletait, affolé par ses cauchemars, et s’étonna de voir Kristen à coté de lui. Elle le regardait, tremblante.
-On ne s’en sortira jamais n’est ce pas ?
-Si, il y a toujours une solution. J’ai toujours trouvé jusqu’ici…
-Quoique vous trouviez, lieutenant…vous pouvez prendre votre temps. On n’est pas pressés de sortir. Fishburn est grièvement blessé et je ne pense pas qu’il puisse marcher. Vous tenez à peine debout. Je crois qu’il serait judicieux, en cas de sortie, de laisser la brune ici et…
-Pourquoi ?! Non ! Vous ne pouvez pas faire ça !...
-Nous sommes déjà tous trop amochés pour pouvoir supporter un fardeau comme ta cousine. Je suis désolé.
-Mais ce serait la tuer !!
Marc avait tellement mal a la tête que les cris de Kristen résonnaient encore dans son crâne. Bastion vint à son secours.
-Madame, votre famille est morte à partir du moment où elle a cessé de garder son esprit à vif. Militairement parlant, il est toujours possible d’abandonner les blessés sur une zone de bataille pour les récupérer quand les combats auront cessés. Quand vous aurez quitté le vaisseau grâce à la navette qui est non loin d’ici, vous pourrez alerter vos « space marines » qui viendront surement la sauver. N’ayez crainte.
On sentait tout le poids de son ancien grade d’officier dans ses paroles, réconfortant les hommes allant à une mort certaine. Marc s’empressa de suivre les mensonges du capitaine de cavalerie. Il prit le visage de Kristen dans ses mains et la regarda dans les yeux.
-Quoiqu’il arrive, on reviendra la chercher. Je te le promets. Elle vivra. Mais pour l’instant, elle n’a aucune chance de vivre si tu ne prends pas la navette pour partir. D’accord ? On s’en sortira, je te le promets.
Kristen acquiesçait, apeurée, de la tête pendant que Marc parlait. Elle croyait à présent tout ce qu’il pouvait dire.
-Capitaine… ?
Bastion souri, cela faisait longtemps qu’on ne l’avait pas appelé ainsi. Une grande marque de respect de la part du lieutenant.
-Vous n’aviez pas terminé votre phrase quand vous parliez de l’état de l’escouade.
-J’allais seulement dire que notre meilleur élément était mort tragiquement. C’était une tête brulée mais il nous surpassait tous. Un grand homme malgré son manque d’élégance, à n’en pas douter.
Ces paroles résonnèrent encore dans la tête du lieutenant qui parvenait à réfléchir à nouveau. « meilleur élément », « tête brulée » , « agent pratique » …Judi était très malin, très intelligent et très combatif. Peut être s’en était il sorti ? Marc s’empara de son émetteur et parla à tous hasard sur le dernier canal choisi.
« Judi… ? Judi est ce que tu m’entends…? »
L’espoir revenait.
Suite à la conversation avec le lieutenant Frasier, Judi avait aussi reprit espoir. Il était prêt à se laisser mourir, mais maintenant il savait qu’il avait encore une chance de s’en sortir. Sur terre, il remplissait ses missions seul, la discrétion était son allié. Mais ici, le nombre est la seule force. Seul, il n’a aucune chance de survie. Pendant qu’il montait les escaliers, il réfléchissait à sa mission.
« Equipe Alpha introuvable…extermination équipe Bravo…tuer dans l’ordre de dangerosité : d’abord Fishburn, puis Bastion, puis l’officier. Laisser partir la chercheuse et sa cousine… »
« D’abord les extraire du piège dans lequel ils sont, collaborer pour parvenir à la Dalle, puis élimination »
Il réfléchissait encore. Était-il capable de le faire ? Pouvait-il les tuer après tout ce qu’il avait partagé avec eux ? Il avait partagé plusieurs mois en cellule avec Bastion, et connaissait très bien Fishburn. Ils se sont entraidés mutuellement dans cet enfer qu’est l’Ishimura. Ces hommes seraient tués pour d’obscures raisons si prêts du but.
« Peu importe…ils reviennent en 2010, et ils seront tués dès leur arrivée. Mon travail ne consiste qu’à éviter que les choses ne se compliquent. Si j’échoue, je parie que le gouvernement aura une solution. Mais adieu la retraite dans ce cas la… »
Judi s’arreta, et porta ses main à son visage. Il était face à l’un des pires dilemmes de sa vie. Il ressemblait étrangement à une blessure du passé.
20 Avril 1997.
Sous sol des bureaux de la DGSE.
(Direction Générale des Services Extérieurs)
Mission 001 pour agent 0012.
Si succès, code « AP-12 » attribué à l’agent.
-Je suis sûr que ce sera la mission la plus courte de votre vie, agent 12. Une longue carrière vous attend suite à cela. Il y à une balle dans le chargeur. Vous avez 2 minutes.
Le jeune Julien Sherbatsky, fraichement sorti de l’université des beaux arts, venait de subir un entrainement intensif. Il connaissait déjà trois langues sur le bout des doigts, et maitrisait à la perfection un art martial défensif, et un offensif. La plupart des armes à feu son passées entre ses mains. Mais il n’avait jamais tué.
-75 % de vos futures missions nécessiteront de prendre la vie d’un ou de plusieurs inconnus. Vous devrez tuer froidement et rapidement. C’est le cas ici même. En êtes-vous capable ?
Julien regardait la jeune femme attachée à une chaise. Elle le regardait dans les yeux.
-C’est ma petite amie. Je ne peux pas la tuer.
-L’agente Rebecca Taylor Smith, alias « thunderbird » avait pour mission de côtoyer dès le plus jeune âge un futur agent pratique français pour déjouer ses plans, ou les reporter aux américains. Pratique très courante depuis la nuit des temps.
Le quinquagénaire s’approcha de Julien et enleva ses lunettes noires pour faire encore plus impression.
-Vous croyiez la connaitre, mais il n’en est rien. Votre rencontre n’avait rien de fortuite. Tout était planifié. Vous l’aimiez même ? C’est ce qu’elle recherche en priorité : votre CON-FIANCE.
Vous ne pouvez que me croire. Rappelez vous que ses premiers mots quand nous l’avions réveillée étaient en ANGLAIS ! Quoi de plus normal que de commencer à parler dans sa langue natale après un réveil brusque ? Cela s’appelle l’instinct ! Elle vous a trahit, elle vous a berné, tout ça pour servir son propre pays ! Je parie que vous comptiez la présenter à vos parents ?
Julien s’empara de l’arme et la pointa sur la jeune femme. Elle se mit à paniquer de plus belle :
-Julien non !! Je t’en prie !! C’est moi !! C’est Judi ! Je t’en prie !! Je t’aime ! Ne fait pas ça !! Ils mentent je te jure qu’ils mentent ! Par pitié ! Ho mon Dieu aidez moi !! Oh mon Dieu ! S’il te plait Julien ! Il faut que tu choisisses ! Crois en moi par pitié ! Je ne mérite pas de mourir… ! Mon Dieu !!
Mais le mal était déjà fait. Pendant qu’elle pleurait, le cerveau de Julien travaillait déjà comme celui d’un agent pratique. Il analysait.
« Un individu européen ne fait référence à Dieu que s’il est croyant. Elle n’est pas croyante. Elle vient du continent américain où la référence à Dieu est constante. Chapitre 02 de la thèse sur les comportements sociaux par continents. Partie réflexion et repérage. »
Ce fut sans hésitation qu’il tira. Les pleurs cessèrent, tout comme la vie du jeune homme.