Chapitre 31
-On ne peut mieux Bastion….on ne peut mieux !
Le lieutenant se retourna vers Jesus.
-C’est bon ? Tu l’as actionné ? Donne la moi. Judi, tu vas me donner ton module de je-ne-sais-quoi.
Le caporal détacha son module de stase de son poignet, et le tendit à Marc sans poser de question. Jésus fit de même, et tous deux ne comprenaient pas ce qu’il avait en tête.
-Je vous conseille de vous mettre à plat ventre. Tous.
Personne ne réagissait.
-Putain on n’a 30 secondes avant que tous ces trucs nous sautent à la gueule ! Devant et derrière ! Alors à plat ventre j’ai dit ! C’est un ordre !
Pendant que chacun se mettait au raz du sol, Marc lança la mine en direction des bureaux où étaient cachés les embryons. Celle-ci vola à travers la pièce, puis devint quasiment immobile dans les airs. Elle avait été stasée par le lieutenant qui visait presque toujours juste. Marc prit son temps et son fusil et tira sur l’explosif qui survolait lentement les embryons qui commençaient déjà à monter sur les bureaux pour préparer une attaque.
La balle tirée dégomma la mine qui n’en demandait pas plus pour exploser et bruler tout ses alentours. Marc, qui était le seul debout, fut violemment projeté contre un des murs de la pièce. Les flammes s’étaient emparées de la moitié de celle ci. Il avait incroyablement mal au dos, et se releva péniblement en crachant de la poussière.
-Ah…ça y est maintenant je peux le dire…je suis trop vieux pour ces conneries. J’ai plus 20 ans, et me faire exploser la face à bout portant par une mine artisanale c’est plus de mon âge. Relevez-vous ! On repart !
Le sol était jonché de cadavres de bébés mutés et prit par surprise. Marc ne voulait pas trainer dans cette pièce ou il s’était vu mourir.
-Allez ! Vous attendez quoi ? Ils arrivent !
Tout le monde s’était relevé et se remettait doucement du choc de l’explosion. Comme ils étaient dans une pièce close, leurs tympans en avaient prit un coup. Ils s’entendaient, mais c’était comme si leurs interlocuteurs étaient très éloignés.
-Mais qui arrive lieutenant ? Y’a plus personne à part nous !
Julien, qui n’entendait plus rien, mit son casque intégral de soudeur et observait. Il voyait Marc crier après tout le monde dans une pièce en flamme. Bastion et Jésus venaient le rejoindre avec les deux femmes en blouse blanche. Il se décida à venir à son tour mais il reçu un violent coup sur la tête. Un nécromorphe lui était tombé dessus. Il se retourna et en vit un autre, puis plusieurs. Julien empoigna le premier monstre en s’emparant de lui avec son macro-PK. Il l’écrasa contre les autres qui se précipitaient sur lui. Il s’empara à nouveau du groupe entier puis, dans un étrange mouvement du poignet, les déchiqueta. Des membres volèrent dans toute la pièce. La force qu’il avait exercée à distance était bien plus puissante qu’auparavant, il maitrisait de mieux en mieux sa combinaison.
L’agent 12 exultait dans son casque. Mais autre chose vint cogner contre son casque. C’était Bastion qui lui avait tiré dans la tête. Il voulait attirer son attention. Marc lui lança une grenade pour que Julien l’attrape au vol. Il la maitrisa a l’aide de son Macro Pk, la dégoupilla à distance et la fit gober a un nouveau nécromorphe qui avait débarqué dans la pièce. Ils venaient tous de la bouche d’aération située dans leur dos. Le pauvre monstre explosa pendant que Julien s’éloignait pour rejoindre les autres. Ils quittèrent tous la pièce pendant qu’elle se faisait envahir par les mutants assoiffés de sang. Marc et Jésus tirèrent dans la masse difforme le temps que la porte ne se ferme et que Judi ne la sabote.
Suite a ces quelques secondes de combat, ils se trouvaient dans un couloir muré d’affiches représentant des plantes. Une odeur nauséabonde vint à leur narine. Jésus la connaissait bien.
-Ca sent la mort.
Tout le groupe était assis dans son coin et se remettait de ses émotions, surtout Julien qui avait le cœur qui battait des records de vitesse. Kristen s’était relevée et reconnaissait l’endroit, tout comme Lynn qui préférait se taire comme à son habitude.
-C’est la réserve d’air et de nourriture du vaisseau. Il y est stocké des centaines de variétés de plantes. Nous en avons sur plusieurs étages. Mais pourquoi cette odeur ?
Au bout du couloir se trouvait une porte sur la gauche. C’était surement en passant cette porte que le groupe tomberait sur la flore du vaisseau fantôme voguant maintenant silencieusement dans l’espace. Jésus avait déjà une explication plausible à ce qu’il venait de dire. De toute évidence, la mort avait frappé sans leur aide dans le jardin des plantes. Une conséquente flaque de sang dépassait de la porte, au loin. Celle-ci s’agrandissait et commençait à lentement remplir le couloir. Chacun l’avait vu, mais ne disait mot. Le bruit encore lointain des feuilles arrosées automatiquement apaisait les esprits. Marc s’accordait quelques secondes de repos, et prolongeait le silence en ne donnant aucun ordre. C’était pourtant ce que chacun attendait, mais il se taisait car un officier ne doit jamais montrer, et encore moins dire qu’il doit se reposer car il ne tenait plus le rythme.
Un bruit familier parvint alors aux oreilles de l’escouade et tout le monde se regarda dans les yeux. Chacun s’était levé en un quart de seconde, dont Julien qui avait enlevé son casque.
-C’est un monte charge c’est ça ? Quelqu’un est en train de l’utiliser !! Quelqu’un est encore vivant ici à part nous !
Le caporal se vit abandonné par tous car il ne pouvait sprinter comme les autres à cause de sa lourde combinaison.
-Ouais c’est ça m’attendez pas…je peux me démerder seul…
Tout le groupe avait couru aussi vite que possible le long du couloir, effectuant une glissade dans la flaque de sang. La salle dans laquelle ils se trouvaient était carrée et entourée de jolie plantes multicolores. Des insectes virevoltaient autour des bourgeons. Mais personne n’y prêtait attention. La chose que tout le monde regardait, c’était le sosie de Julien, un homme doté d’une combinaison d’ingénieur, qui montait par l’ascenseur. Marc l’interpela :
-Monsieur ! Monsieur regardez en bas ! Nous sommes la pour vous aider !
Kristen hurla la même phrase en anglais, mais l’homme d’acier continuait son chemin en hauteur.
-Merde ! Il n’entend rien à cause de son casque ! Il a raison de le garder de toute manière, c’est ce que je ferais à sa place.
Judi arriva alors pour constater la même scène. L’homme qui faisait son chemin en solitaire sorti de la cage d’ascenseur, dégaina une arme étrange et la pointa sur des nécromorphes qui tentaient l’impossible pour l’empêcher d’avancer. Celui-ci leur tranchait méthodiquement les membres tout en les écrasant de ses lourdes bottes sur son passage. Julien l’observait attentivement.
-Les gars…vous me donnez la même arme, et je serais le bulldozer officiel de l’escouade.
Un membre éclaté dégringola pour percuter à vive allure le visage de Julien, qui eut le visage couvert de sang. Celui-ci garda la bouche et les yeux fermés, pour se laver le visage sous un jet d’eau.
-Cet enfoiré me le paiera, dès qu’on l’aura rattrapé, je l’obligerais à s’excuser. Il se croit à la fête du slip ce connard.
Marc avait du mal à reprendre son souffle, il du s’assoir, ne pouvant plus faire illusion. Il respirait très fort, comme s’il avait fait un marathon. Mais le plus grave, c’était que chacun était dans le même état que lui. Ils n’avaient pourtant couru qu’une vingtaine de mètre. Il avait une explication, mais elle lui semblait grotesque.
-J’ai l’impression qu’on…qu’on manque d’oxygène ici.
-Mais pourtant nous nous trouvons à l’endroit même ou l’oxygène est fabriquée lieutenant.
-Non ? Tu crois ? Je n’avais pas remarqué les ronces qui me piquaient le cul ! Ca reste étrange…on dirait qu’on est en haute montagne. Je ne peux plus faire un pas sans un point de coté.
Bastion lui, était exténué, son corps pesait bien trop lourd. Julien n’avait rien senti jusque la car il avait porté un bref instant son casque, ce qui permettait à la combinaison de l’abreuver automatiquement en air. Un cri rauque d’agonie se fit entendre, l’homme de fer qu’ils avaient croisé continuait son chemin, semant la mort sur son passage. Kristen s’était levée et approcha des ordinateurs du complexe arboricole.
-Je vais demander à IRMA ce qui nous arrive, c’est peut être une défaillance du vaisseau ou un symptôme de notre contamination.
-En clair dans les deux cas on est foutu, dit Bastion, qui n’en pouvait plus.
Qu’est ce que vous regardez lieutenant ?
-Le cimetière dans lequel on se trouve.
Marc s’était levé et constatait que le sol était jonché de cadavres démembrés. Le sang affluait des canalisations, des traces d’explosion tapissaient les murs. Des nécromorphes coupés en petit morceaux remplissaient la pièce. Il y en avait de toutes les sortes. Des gros au ventre éclaté, d’autres embryons, ceux a deux pattes étaient la aussi, jusqu’aux plus classiques, dotés de lame. Jésus vomi dans les tulipes.
-Mon Dieu…il a fait ça tout seul ?