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Je vous propose de faire un voyage dans le temps. 1997, à cette époque Cryo régnait en maître sur le monde des jeux d’aventure grâce à son moteur omni-3D qui permettait au joueur d’avoir une vue à 360 degrés sur le décor. Lucas art de son côté nous faisait rire grâce à ses hilarants MONKEY ISLAND et les amateurs de frissons de délectaient des aventures de Gabriel Knight et autres FANTASMAGORIA.
C’est au milieu de ce monde banalisé et linéaire qu’est apparut BLADE RUNNER. Une bombe pour l’époque. Bien que n’étant au premier abord qu’un simple point and click comme les autres, ce soft proposait un concept révolutionnaire : une totale liberté de mouvement et un modèle de narration jamais égalé à ce jour.
Nous sommes en 2019 à Los Angeles, les terriens ont conquis l’espace afin de fuir l’atmosphère sombre et oppressante de la terre. Mais seuls les nantis ont le droit d’habiter les colonies de l’espace, les plus pauvres restent sur terre. Pour les aider dans cette colonisation, ils ont créé des Réplicants, des robots imitant parfaitement l’apparence humaine et dont la tâche consiste à exécuter les travaux pénibles que les humains rechignent à faire. Suite à une révolte sanglante de ces esclaves modernes, les Réplicants deviennent illégaux sur terre. Une unité spéciale de police, les Blade Runner, est créée afin de débusquer les Réplicants qui auraient atterri illégalement sur notre planète.
Vous incarner Mac Coy, l’un de ces Blade Runner, chargé par son chef d’enquêter sur un massacre d’animaux qui aurait été perpétré par des Réplicants.
BLADE RUNNER est avant tout un jeu fait par des fans. Du point de vue de l’ambiance générale du soft, les concepteurs de chez Westwood, ont su créer un habile mélange entre le chef d’œuvre de Ridley Scott et le roman éponyme de Philip K. Dick.
Ce qui est tout à fait jouissif, c’est que votre enquête se déroule en parallèle avec celle d’Harrison Ford dans le film. Vos investigations vous mèneront notamment dans un hôtel minable où le portier de nuit vous apprendra qu’un autre flic vient de passer juste avant vous. Un certain Deckard… Si vous vous débrouillez bien, vous pourrez même rencontrer la magnifique Rachel ou bien J.F. Sébastien, l’un des concepteurs des Réplicants vu dans le film.
Mais ce n’est pas de ce côté là qu’il faut chercher le concept révolutionnaire de BLADE RUNNER. Ce jeu était en effet le premier à vous offrir une totale liberté dans votre façon de jouer et dans vos déplacements à travers Los Angeles. Onze fins différentes sont possibles. Chacun de vos choix au cours du jeu influera sur la fin qui vous sera proposée. Vous pouvez bien sûr jouer comme un bourrin et descendre ou arrêter tous les Réplicants qui passent à proximité de votre flingue. Vous pouvez être aussi plus subtile et vous interroger sur la légitimité de votre mission.
Toute la philosophie de Philip K. Dick apparaît au cours de ces moments de doute. Ces machines que vous poursuivez sont-elles capables de sentiments ? Vous accompagnez votre personnage sur la terrasse de son appartement et vous réfléchissez en contemplant la ville endormie et ses immenses panneaux publicitaires animés. La pluie incessante martèle vos tympans. Votre flingue encore fumant dans la poche de votre longue gabardine, façon film noir des années cinquante, vous croyez agir pour le bien mais… Pourquoi le visage suppliant de ce Réplicant vient-il hanter vos pensées ?
Vous l’aurez compris, BLADE RUNNER est le point and click le plus immersif qui ait jamais été fait jusqu’à ce jour. Et pourtant la partie n’était pas gagnée d’avance.
En effet, votre personnage ainsi que tous les autres personnages du jeu ressemblent à de gros tas de pixels informes et moches. Et pourtant la sauce prend ! Los Angeles est magnifique et ressemble trait pour trait à la ville vue dans le film de Ridley Scott.
Mais c’est l’ambiance sonore qui permet de vous identifier totalement à Mac Coy. Outre la musique de Vangelis, les bruitages sont tous parfaits et omniprésents procurant à la ville et au soft une impression de vie unique. Chaque détail a ainsi été travaillé avec minutie. Le bruit de votre véhicule, les rebonds de la pluie sur le trottoir, les voix jouées par des acteurs imprégnés de leur personnage.
De plus, les cinématiques en motion capture demeurent magnifiques et n’ont pas à rougir par rapport aux productions actuelles.
Il n’est pas rare encore aujourd’hui que votre serviteur installe les quatre galettes du jeu sur son disque dur et se paie un voyage troublant dans le futur. Il faut en effet y rejouer souvent pour réussir à voir les onze fins de BLADE RUNNER. Pour être franc avec vous, je n’y suis toujours pas parvenu.
Et la durée de vie me direz-vous ? La jouabilité ? Il est vrai qu’une bonne histoire et une ambiance immersive ne suffisent pas toujours à créer un chef-d’œuvre.
La durée de vie dépendra de votre façon de jouer. Si vous décidez de jouer le flic borné et de descendre tout ce qui bouge, la cinématique de fin arrivera rapidement. Il m’est arrivé de le finir en une petite poignée d’heures. Cependant, si vous avez envie de vous imprégner de la philosophie du soft, de nombreuses heures de bonheur vous attendent. De plus, l’ambiance immersive donne envie de se replonger souvent à l’intérieur de l’histoire. J’oserai dire que la durée de vie de ce jeu est donc quasiment infinie.
La jouabilité est quant à elle très simple. Tout se fait à la souris. Vous disposez d’un inventaire facile d’utilisation vous permettant de revoir vos indices ainsi que tous les témoignages collectés auprès des témoins et des suspects.
Ce qui est très agréable en comparaison des point and click traditionnels, c’est que vous n’aurez pas à poser tel objet sur tel autre dans le décor pour faire avancer l’intrigue. Dans BLADE RUNNER, il est virtuellement impossible d’être bloqué.
J’ajouterai à ce panégyrique que vous pouvez vous entraîner au tir dans un décor prévu à cet effet et que vous pourrez analyser des photos et interroger des suspects avec les appareils dont dispose Harrison Ford dans le film.
BLADE RUNNER reste donc à ce jour le meilleur jeu d’aventure de tous les temps. Une très bonne adaptation du film de Ridley Scott mais surtout l’un des meilleurs hommages que l’on ai jamais rendu à Philip K. Dick.
Sébastien Denizart
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