Paris-SG, entre le Golfe et l'Est
Un fonds moyen-oriental et un conglomérat russe étudient le rachat du PSG. Mais Colony Capital n'entend pas céder tout le club.
LE 2 MAI, au lendemain de la huitième victoire du PSG en Coupe de France, Sébastien Bazin s'était exprimé sur l'hypothèse de l'arrivée d'un nouvel investisseur dans le capital du club : "Je travaille beaucoup sur ce dossier. Je ne dis pas que je ne fais que ça mais j'y consacre du temps depuis deux mois et demi. On va y arriver." Trois mois plus tard et à l'aube de sa cinquième saison dans les hautes sphères du club, le patron de Colony Capital Europe n'est pas encore parvenu à ses fins. Le 11 mai, lors du conseil de surveillance de fin de saison, l'actionnaire principal du PSG (95,8 %) avait même exprimé son exaspération face à l'insuffisance des résultats sportifs et financiers. Agacé, sans doute, par leur conséquence immédiate : une difficulté à tirer le meilleur prix d'un PSG en plein marasme. A cette époque, Bazin se trouvait déjà en contacts avec des investisseurs potentiels. Ces derniers mois, deux pistes majeures sont apparues. L'une, la plus confidentielle, mène vers l'Europe de l'Est. Plus précisément vers la Russie, ce pays dont la compagnie pétrolière, Trans Nafta, s'était dite prête, en 2003, à investir 290 M€ dans le PSG... Les autres contacts ont été réactivés dans la péninsule arabique. Un fond souverain du Qatar est notamment sur les rangs, allié à d'autres investisseurs du Golfe.
Divergences sur la valeur du club
Dans ses discussions, Bazin défend l'idée d'une simple ouverture du capital, dans une fourchette qui se situerait entre 30 et 40 %. Dans son esprit, la vente totale du club n'interviendrait pas avant un an ou deux. Un horizon qui n'est pas forcément celui envisagé par ses interlocuteurs moyen-orientaux, plutôt intéressés par une reprise immédiate. Bazin, lui, a deux fers au feu qui peuvent l'inviter à temporiser. 1. L'application cette saison du plan de pacification du Parc, dont la réussite éventuelle ne pourrait que revaloriser l'image du club, et favoriser ses projets de développement économique. 2. Le résultat - attendu début 2011 - de l'appel d'offres lancé l'an dernier par la mairie de Paris sur le futur bail emphytéotique du Parc des Princes. En contacts réguliers avec la Ville de Paris, Bazin n'ignore pas que sa position de propriétaire du PSG le place en ballotage favorable face à Jacky Lorenzetti, l'autre candidat. Si Colony cédait le club avant cette échéance, le dossier du Parc pourrait devenir plus aléatoire.
Autre point d'achoppement : la valorisation du club. Les investisseurs du Golfe auraient proposé de racheter le club pour un maximum de 40 M€. C'est un prix proche des 47 M€ que Canal + avait demandé à la famille princière du Qatar en 2006. Mais c'est aujourd'hui un montant très éloigné des aspirations de Colony. Un actionnaire qui, dans l'absolu, devrait vendre le PSG pour 100 M€ pour simplement rentrer dans ses frais...
Très avancée début juin, l'affaire est désormais en veilleuse. Les interlocuteurs du Golfe ont ralenti le rythme des négociations, mais sans en rompre totalement le fil. En coulisses, la mairie de Paris donnera son avis, le moment venu, sur le pedigree des investisseurs, qu'ils viennent de Russie ou du Moyen-Orient. L'Elysée, où Nicolas Sarkozy est rarement insensible à la vie du PSG, garde aussi un oeil sur le dossier.
JEROME TOUBOUL