Battlefield 3
ParMartin Robinson
Les années 90 avaient vu la confrontation de Mario et Sonic, la première décade du XXIe siècle celle de Guitar Hero et Rock Band, et maintenant ? Maintenant, nous avons Battlefield contre Call of Duty. C'est une guerre d'hommes braillards menée par deux éditeurs qui hurlent encore plus fort.
C'est un combat qui laisse Activision perplexe, mais qu'EA est avide d'engager, et le rapport de force à l'E3 de cette année était en lui-même fascinant. La démo publique de Modern Warfare 3 était un bref condensé d'images-choc de tout ce que représente désormais Call of Duty : un spectacle agressif ou la troisième guerre mondiale sert de décor à un jeu de tir au pigeon très violent, mais indéniablement attirant.
À l'inverse, Battlefield 3 voudrait se décrire comme plus sérieusement ancré dans la réalité. La démo du jeu lors de l'E3 était relativement peu rythmée, proche de Jarhead, alors que Modern Warfare 3 s'apparenterait plus à Team America, et le choix de l'endroit où se déroule le multijoueurs présenté en cercle privé renforce encore ce sentiment ; alors qu'Infinity Ward situe l'action de son dernier jeu dans un New York dévasté, c'est Paris qui sert d'arrière-plan à DICE pour sa reconstitution d'un conflit moderne.
Le message semblerait être que Battlefield 3 est le choix le plus raffiné, le plus « culturel » et le plus Européen. Il est indéniablement le plus beau, et les promesses entrevues dans les premières bandes-annonces sont totalement tenues – même si la présentation est faite sur des PC monstrueux dont le prix doit laisser rêveur (NdRC : J'adore ce « raffinement » made in USA : détruisons une grande capitale d'Europe ! Sans doute qu'un cours d'histoire de l'art consiste à bombarder le Louvre. Argh).
Privé du scénario imposant du jeu en solo, le multijoueurs n'a pas ce côté choc qui nous laissait béats d'admiration, mais le spectacle de base est intact. Le moteur Frostbite 2 de DICE donne élégamment vie à un après-midi parisien et cette carte en particulier fait de son mieux pour montrer le modèle d'éclairage du jeu dans toutes les situations. Un parc urbain luxuriant est éclairé par le brillant soleil de la mi-journée, les joueurs s'engouffrant ensuite dans le métro souterrain, où l'on circule mieux à la lueur d'une torche électrique, avant de retourner combattre entre les devantures des magasins qui s'écroulent avec un réalisme saisissant.
C'est l'occasion pour Frostbite 2 de faire étalage de sa force et de mettre en évidence sa destructibilité subtilement améliorée, un élément avec lequel DICE a été à l'avant-garde avec les jeux Bad Company, et qui malgré son impact profond et immédiat sur le gameplay a été étonnamment très peu repris dans ce genre de jeu.
La bande-son de Battlefield 3 est dominée par les craquements perçants des dalles qui se fissurent dans la station de métro, alors que le hall d'accueil se détériore lentement sous l'effet d'un feu nourri. Dans les rues, les vitrines qui s'effondrent peuvent désormais provoquer des dégâts physiques.
La carte est aussi une excellente vitrine des talents de designer de DICE ; les concepteurs expérimentés des cartes multijoueurs ont un talent fabuleux pour orchestrer le chaos de la bataille, grâce à une architecture astucieuse. La carte Operation Metro qui accueille le mode Rush possède plusieurs niveaux, la capture de points M-Com débloquant de nouvelles zones. Le match qui se déroule sous nos yeux est d'un rythme soutenu, le parc du début permettant aux escadrons d'organiser leurs attaques et de profiter de plusieurs positions de contournement, avant que le combat ne s'engage dans les couloirs confinés du métro. L'affrontement final bruyant dans les rues au-dessus est une fin idéale pour une équipe qui a travaillé dur.
En tant qu'instantané de ce que proposera le multijoueurs de Battlefield 3, c'est tout à fait excitant, mais ceux qui avaient eu droit au meilleur, avant que la série ne passe sur console, nourrissent quelques inquiétudes compréhensibles. Les cartes de Bad Company 2 n'avaient rien de comparable aux immenses cartes ouvertes des jeux principaux et le combat avec plusieurs véhicules ne concernait qu'un petit nombre d'entre elles. Les rues étroites du centre de Paris laissent penser la même chose pourrait se vérifier ici. DICE affirme avec fermeté que ce ne sera pas le cas, et nous avons droit à un aperçu des plus brefs du combat de véhicules qui est depuis toujours la caractéristique majeure de Battlefield.
Sur cette carte, on ne peut emprunter qu'un lourd véhicule de transport blindé et, même s'il n'est pas aussi attrayant qu'un tank, un hélicoptère ou que les jets qui font leur retour, il est révélateur de la nouvelle philosophie de Battlefield 3 en ce qui concerne ces véhicules. Il est désormais possible de personnaliser l'équipement des véhicules et de l'infanterie, les transporteurs blindés en question étant en l'occurrence équipés d'une mitrailleuse coaxiale – tout ce qu'il faut pour transformer des soldats ennemis en bouillie.
Au-delà des véhicules retravaillés, la structure de base de Battlefield a fait l'objet d'une révision assez spectaculaire. Le système de classe a été repensé, l'exemple le plus marquant étant la fusion des classes Medic et Assault. C'est une simplification que DICE justifie assez bien : la classe Assault étant constituée de types placés en première ligne pour infliger et subir des dégâts, ces derniers sont aussi les mieux placés pour en gérer les conséquences. Il y a un vrai danger de faire un peu trop pencher la balance en faveur de la classe Assault, mais d'après le peu que nous avons vu du jeu lui-même, c'est un équilibrage qui semble en cours de vérification.
D'autres changements sont subtils, mais d'une grande portée ; dans Battlefield 3, les Engineers ont désormais sous leurs fusils une torche amovible qui se révèle utile dans les espaces restreints sombres et humides du Metro, et les Snipers sont pénalisées par le besoin qu'ils ont désormais de retenir leur souffle pour effectuer un tir précis. C'est un changement bienvenu, conçu pour contrebalancer la puissance d'un sniper bien positionné qui déséquilibre de nombreux shooters en ligne.
Il y a ensuite la classe Support, qui fait son retour avec un nouvel ensemble d'astuces examinées dans les jeux Bad Company. La mitrailleuse légère est toujours l'arme de choix de cette classe, même si un support portable à deux pieds fait qu'il est maintenant possible de la fixer sur diverses surfaces, que ce soit un mur ravagé par des balles ou le capot d'une voiture touchée par un tir.
Pour accompagner cela, Battlefield 3 bénéficie d'un tout nouveau mécanisme de couverture : arroser l'ennemi d'un tir nourri pour le clouer au sol rapportera maintenant une poignée de XP, une récompense sympathique pour un rôle étendu dans le jeu.
Toutes ces classes bénéficient d'un nouveau dynamisme du mouvement, apparemment inspiré d'un autre titre de DICE que le studio a de la peine à laisser derrière lui. On retrouve ici l'influence de l'approche dynamique des déplacements de Mirror's Edge, notamment lorsque le corps du joueur apparaît dans un mouvement de balancement quand il saute athlétiquement un obstacle de petite taille.
On ne retrouve pas, en revanche - et c'est compréhensible-, les acrobaties de Faith et tout le processus est automatisé, mais c'est suffisant pour donner à Battlefield 3 un réalisme physique qui est absent des autres shooters. Le matériel joue aussi son rôle, les armes ayant dans la main un côté brut qui les rend très réalistes, avec la souris et le clavier d'un PC tout du moins.
Battlefield 3 est un jeu très différent de celui auquel il est confronté, et aussi de son prédécesseur dans la série. La série Bad Company a enseigné à DICE quels étaient les goûts du public sur console, et l'on retrouve l'influence de ces leçons dans le côté immédiat de l'action pour son retour à la série principale.
Battlefield 3 atteint un équilibre intermédiaire, qui irritera autant de gens qu'il n'en calmera, en étant un peu moins nuancé que Battlefield 2, tout en proposant un jeu plus complexe que celui proposé par le carnage survitaminé de Modern Warfare.
Les deux camps nous montreront encore d'autres choses dans la période précédant la sortie de leurs jeux, mais une chose est sûre : octobre sera très, très bruyant.
http://gamingzone.fr.be.msn.com/previews/Battlefield_3?WT.mc_id=msnhpFRBE