Bonjour/bonsoir, le forum.
Après 70 heures de jeu, je me décide enfin à pondre un avis structuré et argumenté sur Nier, chose que je fais rarement sur un forum (le dernier en date étant FF12).
Pour reprendre depuis le début, j'avais quelques appréhensions concernant le studio Cavia car j'avais connu cette équipe par le biais de Drakengard lors de sa sortie. Je n'avais malheureusement jamais pu apprécier ce jeu à sa juste valeur, le gameplay, les musiques discordantes et les personnages dérangés m'ayant rebutés. A vrai dire, je pense que j'étais simplement trop jeune pour savourer le travail remarquable de Cavia et, aujourd'hui, je me mords les doigts de ne plus posséder de ps2 pour y jouer. Reste l'ému... heu non, fin de la parenthèse
(note personnelle : trouver une bonne carte graphique).
Bon, revenons à Nier. Dès son lancement, l'introduction m'avait tout de suite fait comprendre que ce jeu était différent des autres. Insultes à foison, petites tenues, héros vieux et sortant des standards habituels, un monde qui part en sucette. Ça sentait le jeu travaillé malgré ses graphismes un cran en dessous des standards habituels (grand bien lui en fasse).
En cours de jeu, lors de mes premiers pas dans le village, j'ai tout de suite eu cette petite étincelle, ce petit 'je-ne-sais-quoi' que je ressentais quand je jouais encore sur ma vieille ps1.
L'Aventure était là, enfin. Je pouvais me balader, aller où je voulais, jardiner, parler à des NPC, sauter partout, monter des sangliers,pêcher, faire des tonnes de quêtes annexes, forger mes armes, farmer, aller me noyer dans un lac, avoir une fin dans laquelle on ne sauve pas le monde dans un déluge d'explosions et de scènes fan-services, pas de musique pop/rap/electropopdancesoul dans l'OST, pas de personnage trop beau trop propre sur lui, un seul DLC et pas une avalanche de gouffre à pognon ... super quoi =)
Passons aux choses sérieuses, maintenant.
En ce qui concerne le test à proprement parler, je critiquerai quelques points principaux : la qualité d'écriture/narrative, l'aspect artistique du jeu (différent des graphismes), le gameplay, la durée de vie et l'originalité du titre.
1) L'histoire, la narration, le background.
NieR dépeint un monde à l'agonie et place le joueur à la place de son personnage : un simple homme prêt à tout sacrifier pour sauver sa fille. Bien que richement illustré par de nombreux écrits présents dans le Grimoire Nier (un livre sorti uniquement au Japon et traduit sur le net), le jeu ne donne jamais une seule once d'information concernant le monde dans lequel le joueur évolue (en dehors de quelques détails en fin de partie). L'histoire se centre sur NieR et sa quête pour libérer sa fille de son tragique destin, l'équipe de développement prétextant que, dans le monde dans lequel nous vivons, nous ne retenons de notre histoire personnelle que nos actions et les buts que nous souhaitons atteindre. Nous n'avons aucune conscience (ou vaguement) de ce qu'il s'est passé il y a des milliers d'années avant nous et ça n'a, finalement, que peu d'importance.
L'histoire à proprement parlé semble, au premier abord, classique mais se révèle être complexe et imprévisible. La première fin nous cloue sur place avec des révélations de dernières minutes presque impossible à imaginer et le deuxième run, lui nous procure un sentiment de tristesse profondément ignoble. J'ai presque eu de la peine en terminant le jeu tant la narration nous prend à contrepied par rapport à l'image que l'on se faisait de notre quête.
NieR est un magnifique reflet de l'âme humaine telle qu'elle est aujourd'hui. Nos actions, bien que servant un but honorable à nos yeux n'en demeurent pas moins égoïstes dans le fond. L'Homme fonce tête baissée pour réaliser ses ambitions, sans connaître les conséquences de ses choix. Cependant, peut-on vraiment en vouloir à NieR? Il ne veut que sauver sa fille, après tout ... C'est là toute l’ambiguïté de l'histoire de Nier et je pense qu'aucun joueur ayant terminé le jeu à fond ne pourra vraiment répondre aux questions qu'il se pose. Qu'aurions nous fait à sa place? Est-ce bien, est-ce mal?
2) L'aspect artistique du décor
Ce qui me frappe dans ce jeu c'est que le monde dépeint est, d'une manière artistique, assez cohérent avec l'histoire, les personnages, les thèmes abordés.
On se promène dans de jolies prairies verdoyantes, la ville de Littoral se prélasse au bord de la mer, le village de NieR respire le calme... mais comme écrit sur le dos du boitier : 'les apparences sont parfois trompeuses'.
Le décor coloré sert de cache-misère. Les gens qui vivent dans le jeu sont profondément tristes de leur situation (les ombres, la nécrose), méchants les uns envers les autres (le mensonge de la ville envers la vieille femme du phare, le père qui demande à ses enfants de voler, la mère qui abandonne ses enfants, le jeune du peuple masqué qui tue sa compagne, le mari qui trompe sa femme ...).
A l'image du gigantesque mensonge dans lequel vivent les 'humains' du monde des vaisseaux vacants, le territoire verdoyant dans lequel ils vivent est en parfaite harmonie avec eux : un sourire coloré qui cache une misère bien plus grande que l'imagination le permet. Je trouve qu'artistiquement, ce monde représente bien celui dans lequel nous vivons aussi. On se sourit, tout est beau mais on se fait du mal les uns les autres, on se ment, on passe à côté des sans-abris sans les regarder pour aller s'acheter le dernier parfum à la mode.
En dehors de cet aspect métaphorique, je dirai que visuellement, on n'a pas grand chose qui sort de l'ordinaire: une forêt, une plaine, une montagne, un lac, quelques villes, un désert. Mais bon, après tout, NieR n'est pas un jeu qui s'apprécie sur cet aspect. Il nous raconte l'histoire d'un monde à priori normal mais qui part en sucette et ça, c'est très beau même si c'est pas du HD.
3) Le gameplay
Un action-RPG qui mélange quelques phases de plateformes et un micro clin d’œil au survival horror (Resident Evil 1, pour le manoir). Cavia n'a jamais vraiment réussit à peaufiner un gameplay qui répond aux critères d'aujourd'hui et c'est bien dommage. Comme pour Drakengard, on sent qu'il y a de bonnes idées mais elles ne sont pas bien mises en application (peut-être par manque de budget). L'idée des magies est très bien pensée mais la plupart des sorts demeurent relativement inutiles - le Rempart Noir en particulier, puisqu'il ne suit pas le joueur pour le protéger, l'obligeant à rester statique)- et les combos sont très limités. De même, l'attaque chargée des armes ne sert à rien et l'utilité des différentes armes est très discutable puisque certaines sont beaucoup trop puissantes par rapport à d'autres (le set 'phénix' en est un parfait exemple) ce qui réduit considérablement l’intérêt desdites armes en dehors du fait qu'elles soient assez jolies à regarder une fois au niveau 4 de forge. Mention spéciale pour les qualificatifs servant à renforcer les armes/techniques et sorts mais l'idée est mal exploitée car assez peu paramétrable et relativement peu utile en dehors de 'butin + x %'.
Le gameplay n'est pas à jeter par terre mais ne casse pas des briques de 30 centimètres non plus.
4) La durée de vie
Actuellement fort de mes 70 heures de jeu, il me reste la fin C et D à visionner, platiner mon jeu (je ne le fais que pour les jeux que j'ai adoré) pêcher les deux derniers poissons (rhizodonte et l'autre au nom latin imprononçable), cultiver la lunaflore blanche (...), obtenir les 25 % manquants de mes qualificatifs et j'en passe. NieR est un jeu long qui vaut l'investissement.
5) L'originalité
Que dire qui n'a pas déjà été dit? NieR c'est le contraire de FF13, en fait. Y a pas de monde à sauver (d'ailleurs les protagonistes s'en foutent), y a pas de méchant attitré, les PNJ sont des salopards qu'on aide quand même, le jeu est cru et sanglant, les personnages ne sont pas des mannequins de FHM, y a pas d'envolée lyrique pour souligner la bravoure des héros, la musique ne fait que souligner la tristesse du monde et sa lente mort programmée, de grosses prises de risque avec les sections 'romans' du jeu (première fois que je vois ça dans un jeu), un jeu qui donne de la tristesse au joueur, des actes que l'on ne peut pas qualifier d'héroïques, une replay value importante pour compléter les fins et platiner le jeu.
NieR est un jeu original, CQFD.
6) Le mot de la fin.
Je qualifie NieR de jeu grandiose dans son approche artistique et sa narration. Il est finalement assez proche du monde dans lequel nous vivons et les personnages que l'on y rencontre durant la partie font 'vrais'. C'est l'élément majeur qui fera que l'on apprécie ce jeu car, malheureusement, il manque à NieR une mécanique de gameplay intéressante et des graphismes un poil plus détaillés pour être qualifié de 'hit'.
NieR est une bonne réflexion sur l'humanité, notre monde, l'âme humaine et notre comportement vis à vis des autres. Rien que pour ça, il garde dans mon coeur nostalgique, une place très importante. Je lui ai donné la note de 17/20 sur le site, à titre informatiof.
Bon allez, faut que je le termine, maintenant.
Merci de m'avoir lu et au plaisir de discuter avec vous.