bonjour à tous
je poste juste un long texte que j´ai écris, pour voir si ça vous plait
Brise du soir
La brise soufflait silencieusement dans les arbres… Ce matin là, la nuit ne semblait pas vouloir quitter la forêt… De temps à autre, des cris lointains faisaient vibrer les feuilles… A chaque pas, des yeux surgissaient dans la pénombre, tantôt jaunes, tantôt rouges, clignant entre la végétation drue. Bêtes inconnues, rôdeurs, ou encore monstres des temps anciens, il était dur de faire la différence. Peut-être était-ce juste le fruit de mon imagination.
Nous marchions silencieusement, de peur d’éveiller une créature malsaine. Mais pour une troupe de cent cinquante guerriers, portant hallebardes, haches, épées, arbalètes, boucliers, tous habillés de nos côtes de mailles, marcher silencieusement se résumait à ne pas prononcer mot. Ce qui n’était guère difficile tellement la tension montait dans les rangs. Même les plus braves d’entre nous avaient perdu l’envie de bavarder. Notre départ, bien que très récent, semblait avoir eu lieu il y a des lunes dans nos esprits. Reverrions nous seulement les régions qui nous ont vu naître ? Il est dur de penser à ce que nous abandonnons.
Le chemin devant nous ne nous proposait pas de belles perspectives. La crainte de tomber sur une embuscade, un piège au milieu du chemin ou autres pensées terrifiantes traversant notre esprit, nous serrait la gorge. Il est même difficile de croire que notre troupe était encore entière et même que personne ne se soit évanoui de peur, ou ait simplement déserté tant qu’il en était encore temps. Mais la pensée de rester seul au milieu de cette nature menaçante suffisait sans doute à nous tenir alertés et éveillés.
Cela faisait déjà deux lunes que nous étions en marche. Je me souviens de ce jour là, quand le tocsin retenti dans la vallée. Rassemblement général sur la place du village. L’air était lourd ; une menace pesait sur nos épaules. Intervention du chef de guerre ; quelques révoltes dans les rang ; les gardes rétablissant l’ordre. Et finalement, nous voici, avançant dans cette sombre forêt.
Nous ne savions pas précisément où nos pas nous portaient, mais de toute manière, ce n’était certainement pas pire qu’ici. Nouvel ordre du chef, allure forcée, nous avancions rapidement, voyant défiler les arbres autour de nous, mais cet océan vert ne semblait jamais s’arrêter. Nous étions prisonniers de cette tempête d’arbres, de branches, de feuilles et d’obscurité. Pourtant, tout devait bien finir, nous devions donc forcément sortir de cet enfer vert.
Nous ne dûmes en effet pas attendre longtemps pour que les choses bougeassent. Parfois une seule petite modification dans le rouage d’une machine en marche suffit à dérégler la suite logique de son déroulement. Est-ce le résultat du hasard ou simplement les dieux qui s’amusent avec nous? Je n’y ai jamais vraiment réfléchi et ce n’était sûrement pas le moment propice pour méditer - bien qu’un sage est capable de méditer en toute circonstance. Il se passa donc une chose bien étrange - quoique, le mot étrange ne signifie plus grand chose lorsqu’on parle de cette forêt - disons simplement que cet événement fut tout aussi inattendu que les conséquences qui suivirent.
L’obscurité cessa brutalement et, nos yeux, aveuglés par la lumière, ne distinguèrent pas ce qui se présentait devant nous. Mais nos sens revinrent peu à peu et nous virent s’étendre devant nous une plaine immense, s’étendant de la Rivière Pourpre à l’ouest, jusqu’au contreforts des Monts Aguarians au nord, et enfin jusqu’aux Rivages Orientaux. La Plaine de Maranian faisait face à la Forêt des Ronciers au Sud, celle dont nous sortions. Entre cette forêt et la plaine, un obstacle de taille se dressait : une falaise haute de cinq cent pieds, aux rochers abruptes et verticaux, impossibles à franchir.
La bataille faisait déjà rage au centre de la plaine, voyant s’affronter les plus grosses armées du monde connu. D’un côté, les hommes et créatures des Monts Aguarians, appelés les Aguarianis, formant une armée grande de huit cent milles combattants, d’après les estimations de nos espions. De l’autre côté, nos troupes, constituées au total de cinq cent milles soldats, venant des régions chaudes, des forêts du Sud, des montagnes d’Albâtre à l’extrême Sud du continent et des nos contrées.
La guerre avait éclatée il y a peu, nous ne savions ni pourquoi, ni comment, mais chaque camp défendait ses positions et ses valeurs. Mais peut importe de savoir qui a commencé la guerre, il est plus important de savoir qui la terminera. Le contrôle du continent dépendait de l’issue de la guerre, et les perdants devaient être réduits à l’esclavage selon les anciens mythes fondateurs.
Mais la bataille semblait perdu d’avance pour nos troupes, mêmes si nous étions mieux entraînés, nos soldats avaient voyagé pendant des semaines parfois et étaient très affaiblis, alors que l’ennemi combattait à proximité de leurs terres et en surnombre. Mais combattre, pour défendre ce en quoi nous croyons, nous motivait fortement. D’ailleurs, nous n’avions pas le choix, combattre et gagner, ou perdre et être soumis.
Ce fut alors que surgit ces quelques mots, à côté de nous : « La bataille est perdue d’avance, n’y allez pas ! »
Un homme, vêtu de toile grise et de morceaux de laine rapiécés surgit entre notre troupe. Son visage était méconnaissable sous sa capuche, qui lui recouvrait la moitié du visage, l’autre moitié étant cachée sous l’ombre. Il portait une simple dague accrochée à sa ceinture, formée uniquement d’une corde nouée.
- Qui êtes-vous ?, demanda notre chef, d’où venez-vous ?
- Qui je suis ne vous concerne pas, répondit l’homme, et d’où je viens n’est pas l’important. C’est votre destination qui l’est.
- Que nous voulez-vous ?, dit machinalement Gargens, notre chef
- Rien qui ne puisse vous nuire, au contraire, rétorqua l’homme à capuche
- Expliquez-vous, sinon vous passerez par les armes, si vous nous empêchez d’aller combattre, dit brutalement Gargens.
- Bien, qu’il en soit ainsi.
- Parlez !
- Je vais vous conduire dans un autre lieu, bien loin d’ici. J’ai la conviction de pouvoir changer le cours de cette guerre autrement que par les armes – quoique je suppose que nous devrons combattre tôt ou tard – et de pouvoir ainsi éviter que le sang et les flammes s’écoulent sur la plaine. Ne me demandez pas pourquoi me faire confiance, je ne pourrai pas vous donner d’arguments valables, à part vous montrer encore une fois les armées qui s’étendent sous nos yeux et de vous montrer ce qu’il vous attend si vous partez combattre. Si vous me suivez, cent cinquante de vos vies seront épargnées, en bas, cent cinquante de vos vies seront perdues à jamais. Mais trêve de bavardages inutiles, suivez-moi ou alors...
L’homme longea la falaise et avança vers l’Ouest. Dans notre troupe, le remue-ménage était à son comble. Nous avions du mal à saisir les paroles de cet individu mystérieux. Pourquoi lui faire confiance, comme il nous l’a fait remarqué. Notre chef semblait être la proie d’une terrible dispute interne, se demandant sûrement quoi faire : envoyer des hommes au massacre, ou alors suivre un autre chemin, inconnu et certainement aussi dangereux ? Il espérait sans doute que quelqu’un lui souffle la réponse à l’oreille. Voyant que ce n’était pas le cas, il se prononça en ces termes :
- Guerriers, bien des hommes ont combattu sous mes ordres, ils sont forts, courageux et je crois en la victoire de notre armée. Nous avons combattu de pires ennemis que ceux-là en face – il montrait du doigt la direction des Monts Aguarians – mais je pense que la victoire ne dépend plus de nous, la bataille a déjà commencé, l’issue ne nous concerne plus, du moins pour cette région. Je ne sais pas si cet homme dit vrai, mais j’ai envie de le croire. Ceux qui veulent le suivre, venez avec moi, les autres, longez la falaise à l’Est et rejoignez les rangs de l’armée principale.
L’agitation qui s’ensuivit était à son paroxysme, et ce n’est pas difficile à expliquer. Pourtant, l’esprit aventurier des hommes est parfois bien surprenant. Alors que dans d’autres circonstances, nous serions retournés en arrière, l’envie se faisait sentir dans le groupe de poursuivre vers un objectif inconnu. Si la peur empêche parfois d’avancer, la curiosité est souvent plus terrible et pousse les gens plus fortement encore que la peur ne les freine. Nous nous rangeâmes donc du côté du chef. C’est ainsi que commença notre expédition vers l’inconnu.
A suivre...