Il était à peine 7 heures du matin quand Owen Miller, ouvrit son établissement. Il leva, à grand peine, le volet de fer qui protégeait son bar des voyous nocturnes et des bandits sans foi ni loi qui rôdaient dans la région.
Il avait racheter ce bar il y a moins d’un an. Il pensait à l’époque que cela allait rapporter, à lui et à sa famille, beaucoup d’argent, étant donné le nombre incroyable d’alcooliques qu’il y avait ici à Midland.
Mais il s’était trompé… Oh, bien sûr il avait fait de l’argent, mais loin en dessous de ses espérances. Sa femme travaillait à la maison, située à l’étage au dessus du bar. Elle ne travaillait pas : elle s‘occupait de la maison et des enfants quand ils n‘étaient pas à l‘école. Car Miller aimait ses enfants plus que tout, et il voulait qu’ils deviennent docteurs, ou avocats, ou shérif… mais pas barman !
Les jours s’enchaînaient, les uns après les autres, aussi épuisant les uns que les autres. Il voyait défiler des dizaines d’étrangers par jour, portant de longs cache-poussière et de grand chapeau. Aucun ne voulait discuter, mais tous buvaient du whisky.
Mais il y a une semaine, sa femme avait reçu un télégramme lui annonçant une terrible nouvelle : son père, habitant à la Nouvelle-Orléans, venait de mourir. Étant fille unique, elle devait faire le déplacement jusque là-bas pour toucher l’héritage. Elle avait décidé de prendre les enfants avec elle, car Miller ne pouvait pas s’en occuper tout en travaillant au bar. Lui, il était partagé entre tristesse, pour sa femme, et joie, car peut-être était-ce le début d’une nouvelle vie à présent ! Il s’imaginait déjà dans une grande maison à la Nouvelle-Orléans, quittant ce bar miteux. Mais sa femme l’avait vite découragé : son père avait tout vendu en apprenant sa gangrène, pour ne rien laisser à sa fille qu’il détestait.
Le voyage, en train et charrettes, allait prendre certainement plusieurs semaines : plusieurs semaine de solitude pour Miller.
Les jours de solitude se succédaient les uns après les autres, n’ayant pour seule compagnie que les alcooliques du bar, et l’armurier qui venait lui rendre visite une fois par jour.
Rien de bien original ne s’était produit durant l’absence de sa femme et de ses enfants, il ne faisait que servir des verres, servir des verres, encore et encore…
La quarantaine approchait pour lui, et ses articulations commençaient déjà à le faire souffrir.
Ce matin-là donc, Miller astiquait les verres en attendant les premiers client matinaux. Mais, contrairement à l’habitude, personne ne vint. Ce n’était pas habituel : il avait toujours l’habitude de recevoir Mr Honney, un vieillard alcoolique, à 7 heures 30 tapantes ! Mais peut-être que cette larve était enfin morte, qui sait, à force de passer sa journée dans les bars.
Miller alla chercher des bouteilles dans la réserve, située derrière la porte à l‘arrière du comptoir. Un escalier sombre et glissant y conduisait. Il alluma une lampe à pétrole et s‘engagea dans la pénombre. Il remonta l’escalier quelques minutes plus tard, une bouteille de whisky dans l’autre main. Il s’apprêta à pousser la porte au sommet de l’escalier, celle qui conduisait au bar, quand un bruit sec et soudain brisa le silence qui régnait. Ce bruit, il ne le connaissait que trop bien, c’était celui d’une arme à feu. Il venait de la rue, en face du bar. Il n’osa pas pousser la porte, il commençait à trembler.
Un autre coup de feu répondit au premier, et bientôt, une fusillade éclata au beau milieu de la rue. S’ensuivit les cris des femmes, et les hennissements apeurés des chevaux.
Miller avait un fusil dans une commode derrière le comptoir, mais il espérait ne pas devoir à s’en servir. Et puis, il ne savait pas s’en servir. Il priait simplement pour que la fusillade s’arrête, il ne voulait pas savoir qui l’avait déclenché ni qui elle concernait, il voulait simplement vivre tranquille et revoir sa famille.
Les coups de feu approchaient grandement, les truands ( en était-ce ? ) étaient juste en face du bar ! Tout allait très vite : pas plus de trente secondes. Tout le monde criait.
Soudain, tout s’arrêta. Il entendit un bruit sourd, celui d’un corps qui tombe au sol, et tout s’arrêta.
Il allait sortir de sa cachette, soulagé, quand il entendit une porte à double battant s’ouvrir lentement. Ce bruit, il le connaissait bien, c’était celui qu’il entendait à chaque fois qu’un client entrait dans son bar !
Sa respiration s’accéléra à nouveau, et son cœur se mit à battre de plus en plus vite : quelqu’un ( un des tireurs ? ) était entré dans son bar !
Les pas résonnaient sur les lattes de bois : ils étaient très lents, voire chancelants ! Ils approchaient de plus en plus.