«Au lendemain des échauffourées qui ont émaillé la fin de la rencontre entre Lausanne-Sport et le Servette FC, aucun média ne parlait de blessé. Dans mon lit d’hôpital, j’étais dégoûté.» Seb*, supporter grenat venu de Sochaux, a reçu une balle en caoutchouc dans l’œil gauche. Trois semaines après les faits, il n’a retrouvé «qu’un dixième de la vue». Ce jeudi, il a déposé plainte pénale pour lésions corporelles graves et omission de prêter secours auprès du Ministère public central du canton de Vaud.
Que faisait un ultra de Sochaux dans la tribune visiteur du stade de la Pontaise ce 29 mai? «J’ai travaillé deux ans à Genève comme infirmier. Passionné de foot et d’animation en tribune, je me suis lié d’amitié avec les Genevois», explique le supporter qui joue carte sur table: «J’ai fait l’objet d’une interdiction de stade en France pour utilisation de fumigène, mais je n’ai jamais été condamné pour des faits de violence. Il est important de ne pas amalgamer ultra et hooligan.» Pas question pour lui de louper le match de l’année, il a donc parcouru 173 kilomètres pour assister au derby lémanique.
A l’issue de la rencontre entachée d’incidents en tribune, Seb souhaite gagner son véhicule, garé à proximité de la Pontaise. «Là, les policiers m’en ont empêché, me canalisant de force, avec le cortège des supporters du Servette FC qui rejoignait la gare», écrit-il dans la plainte.
En chemin, des heurts opposent Genevois et Vaudois, puis des individus s’en prennent aux forces de l’ordre. «Un fumigène a atterri sur les policiers, raconte le jeune homme. J’étais à dix mètres d’eux. Ils ont tiré à bout portant.» Le projectile brise ses lunettes. Son œil saigne. Il interpelle les forces de l’ordre pour être pris en charge par les secours, «mais ils ont refusé que je quitte le cortège». Il trouve le salut une demi-heure plus tard sur les quais de la gare. Deux Lausannois appellent une ambulance. Il est emmené aux urgences du centre ophtalmologique de Lausanne; il y restera trois jours.
Contactées, les polices municipale et cantonale se refusent à commenter un cas particulier. L’officier de presse Jean-Christophe Sauterel, rappelle que «l’engagement de moyens de contrainte est l’ultima ratio. Il faut être conscient d’une chose, si ce monsieur a été blessé, il se trouvait au milieu des éléments perturbateurs.» Le supporter grenat, qui assure «n’avoir eu aucun comportements ni gestes déplacés à l’égard de la police» souhaite «que cette bavure soit reconnue. Etre supporter ne justifie pas de se faire crever un œil, d’autant plus quand on n'a rien à se reprocher.» L’avocat du plaignant, Me Jean-Michel Dolivo, ne se fait guère d’illusion quant à l’issue judiciaire de l’affaire: «Par expérience, il est rare que ce type de plainte aboutisse à une enquête minutieuse suivie d’un procès impliquant des policiers». L’affaire est aux mains de la justice vaudoise.
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