"Les Blancs sont plus faciles à choper"
Sortie de cours d’un lycée professionnel en Seine-Saint-Denis. Dans le hall d’entrée, un petit groupe d’élèves revient sur les incidents du 8 mars et les motivations des casseurs. «Je suis allé à la manif avec mon prof d’histoire, raconte Abou, en BEP comptabilité. J’ai vu des gars voler des portables. La scène classique: la personne était au téléphone, et un type la crochetait. C’était des jeunes des cités qui sont venus là parce qu’il y avait de quoi voler. On se dit que les gens du centre de Paris sont plus avantagés que nous par rapport à l’école. Ça ne m’énerve pas. Ça paraît normal: ici il y a des cités, là-bas des quartiers à l’aise.» «Les sous, ça les rend fous, renchérit Mariam, une jeune métis. Le 8 mars, j’ai vu un copain prendre le sac d’une Chinoise. La femme ne voulait plus le laisser partir. Une fille s’est approchée, et lui a filé un coup dans la tête, la Chinoise est tombée comme une plume. Ça m’a fait trop mal…»
«Ces casseurs sont des fouteurs de m***e, explique une de ses copines. Ils s’attaquent aux Blancs parce qu’ils sont plus faciles à choper, que ce sont des bourgeois, qui ont peur. Dès qu’on leur dit: "Donnez votre portable", ils le donnent sans se défendre. Ces Blancs, ils ont peut-être galéré pour avoir leur argent, mais, par rapport à nous, ils sont plus éduqués, c’est pas comme les Arabes. Si on les attaque, eux vont se défendre. Mais on ne se vole pas entre Arabes et Noirs. On se tient entre nous, peut-être parce qu’on est tous des immigrants.» Le passé aussi nourrit la colère d’Awa, une Sénégalaise de 19 ans: «Les Blancs ont trop fait souffrir les Noirs. Nous, on pourra pas oublier l’esclavage. Peut-être que c’est à cause de ça que tout ce qui est blanc, c’est notre ennemi.» «S’ils nous avaient pas vendus, l’Afrique serait riche aujourd’hui. Ils ont volé notre richesse, on va foutre la m***e ici jusqu’à ce qu’ils soient fatigués, pouffe sa copine, une Malienne née en France mais qui se sent "kimphe", africaine. On est ici pour faire de l’argent, et on repartira après.»
Caroline Brizard pour le Nouvel Observateur.