Que retenir du Tour de France 2012 ?
- La domination inédite et sans partage du cyclisme britannique
Un maillot jaune, un doublé sur le podium, sept victoires d'étapes dont six pour la seule Team Sky et avec quatre coureurs différents : le cyclisme britannique a tout simplement écrabouillé la concurrence sur ce Tour dit "de transition". Intouchable, la Team Sky a survolé les débats de A à Z dans la lutte pour la conquête du maillot jaune, plaçant au sommet de la hiérarchie mondiale son symbole Bradley Wiggins, impérial dans l'exercice du contre-la-montre et facilement parmi les cinq meilleurs grimpeurs du peloton. Son règne hégémonique sur ce Tour n'aurait pu être contesté que par son équipier Christopher Froome, meilleur grimpeur mais moins bon rouleur que son leader. Lui seul possédait la clé pour mettre à mal la domination de Wiggo, à savoir la faculté à changer de rythme. Au final, le duo britannique termine loin, très loin devant les autres. Une nouveauté par rapport aux éditions précédentes, largement plus disputées.
- BMC : la passation de pouvoir ?
Si, parmi les candidats au podium, Vincenzo Nibali et Jurgen Van den Broeck n'ont surpris personne en étant à la hauteur des attentes suscitées, Cadel Evans a flanché. Le tenant du titre, 35 ans, a même été surpassé par celui qui devait être son lieutenant en montagne, Tejay Van Garderen, 23 ans. Ce Tour a indéniablement fait bouger les lignes au sein de la grosse écurie qu'est BMC. Cette probable passation s'est faite en deux temps : en haute montagne où Van Garderen suivait les meilleurs plus longtemps que ses leaders puis sur le contre-la-montre final où, à 20 kilomètres de l'arrivée, le "vieil" Australien fut déposé par le jeune Américain parti trois minutes après lui. Top 5 à moins de 25 ans, Van Garderen rejoint notamment Jan Ullrich, Ivan Basso, Alberto Contador et Andy Schleck à ce palmarès des cadors précoces. Nous avons là un des prétendants à la victoire de demain.
- Voeckler, dans la légende du Tour
20 jours en jaune, 4 victoires dont 3 dans les hauts massifs et désormais le maillot à pois du meilleur grimpeur, le détonnant Thomas Voeckler a enfin réussi à accéder au prestigieux podium final sur les Champs-Élysées. S'il n'a pu être en mesure de réitérer ses performances de l'an dernier au classement général, l'Alsacien a tout de même remporté l'étape reine des Pyrénées en passant en tête des mythiques Aubisque, Tourmalet, Aspin et Peyresourde avant de s'imposer en solitaire et conquérir avec mérite le maillot de meilleur grimpeur, sans compteur ni oreillette. Définitivement le meilleur coureur français de sa génération (avec Sylvain Chavanel). Chapeau monsieur.
- La France du général, enfin de retour ?
2011 : Voeckler (4ème), Péraud (9ème) et Rolland (10ème). 2012 : Rolland (8ème) et Pinot (10ème). Avant cela, il fallait se remémorer les éditions 1995 et 1996 pour voir au moins deux Français être représentés parmi les dix premiers du classement général deux années consécutives. Surtout, les français ont suivi les leaders au lieu de grappiller du temps dans les échappées (Pinot ne prend que 26" aux favoris à Porrentruy, Rolland ne prend que 50" à Froome au sommet de La Toussuire). La France des baroudeurs au second plan ? Pas forcément un mal, surtout quand elle se porte quand même plutôt bien (victoire de Voeckler à Bellegarde-sur-Valserine, victoire de Fédrigo à Pau). De bonne augure pour la suite.
- Le couac du parcours
Au-delà des 100 kilomètres de contre-la-montre que je ne critiquerai pas, mon courroux se porte sur les étapes 10 et 14 avec deux nouveautés galvaudées par le peloton (le Col du Grand Colombier et le Mur de Péguère). Est-ce la faute des coureurs ? Peut-être, mais encore faut-il leur donner envie de prendre des risques. Avec 40 kilomètres séparant sommet et arrivée, il est logique qu'aucun favori n'ait tenté quelque chose. Dans un Tour de France favorable aux rouleurs, l'organisation n'a pas donné envie aux grimpeurs d'animer davantage la course. La leçon devra être retenue.
- Qu'attendre pour le 100ème Tour ?
Une équipe ou des coureurs capables de concurrencer la mécanique impressionnante de la Sky et d'ébranler Bradley Wiggins. Trois grimpeurs sont véritablement capables de changer violemment de rythme : Alberto Contador, Andy Schleck et Christopher Froome. Wiggins n'a concouru contre aucun d'entre eux. Avec un parcours plus favorable aux grimpeurs, nul doute que Wiggo aura bien des difficultés pour conserver son dossard 1 en 2014...