Tennis - Davis
Monfils : «J'étais nul»
Après sa défaite (6-3, 5-7, 6-3, 6-4) contre le Néerlandais Thiemo de Bakker, 122e mondial, Gaël Monfils ne veut pas invoquer d'excuse : «Je n'avais rien à donner, j'étais vide. Je suis vraiment désolé et très en colère envers moi.» Il décline toute pression inhérente à la pression d'une première sélection.
Gaël Monfils a perdu le premier point du barrage contre les Pays-Bas.(EQ)
Gaël Monfils a perdu le premier point du barrage contre les Pays-Bas.(EQ)
« Gaël Monfils, que s'est-il passé aujourd'hui ?
J'ai fait un très mauvais match. Je n'ai pas du tout senti la balle, à aucun moment du match. Mon adversaire en a profité. Il était galvanisé par l'enjeu. Dès les premiers jeux, j'avais plus de mal à le déborder et à bien sentir la balle. J'ai senti d'entrée que ce ne serait pas un match comme les autres. Ce matin à l'échauffement, je commettais plus de fautes que d'habitude. Le dernier jour, je jouais déjà un peu moins bien. Aujourd'hui, c'était le black-out total, c'était très pauvre, rien. Je n'avais rien à offrir.
La pression de l'événement a-t-elle joué ?
Ce n'est pas lié. Il n'y a rien de ça. Ce serait facile pour moi et même honteux d'arriver et de dire que j'ai raté mon match parce que c'était la première sélection. Au fond, je sais que ce n'est pas du tout ça. C'est juste que j'ai fait un match pourri et que je dois m'en vouloir qu'à moi-même. J'ai été nul. Je n'ai aucune excuse à avoir. J'ai produit un match pourri, je m'en veux et je m'en excuse. J'ai vraiment été mauvais.
Mais est-ce une excuse de subir la pression ? C'est arrivé à beaucoup de joueurs.
Cela peut arriver. Mais on doit toujours s'en sortir si on est un peu plus fort. Ce sont des matches comme celui-là que j'aime avec une ambiance chaude, avec un public un peu à dos. J'aime être attendu. Mais aujourd'hui, j'ai été nul et on m'a mis K.-O. Tyson a connu des K.-O., mais il est revenu et a été champion du monde. J'ai pris un K.-O., c'est à moi de bien travailler. Si j'ai la chance de faire un prochain match, il faut que je remette tout de suite les pendules à l'heure.
«Je n'avais rien à donner, j'étais vide. Je m'en excuse car ce n'est pas digne de quelqu'un qui va représenter son pays. Je suis vraiment désolé et très en colère envers moi.»
Comment l'expliquez-vous ?
J'aimerais bien savoir. Cela m'arrive quelque fois dans l'année. Cette saison, c'est une des premières fois. Entre hier et aujourd'hui, il y a eu un petit contretemps. On va dire que je n'ai pas trop de chance. J'ai eu un passage où tout allait bien et hier, je me suis un peu excité sur ma vie personnelle et aujourd'hui, aussi. Je ne pensais pas que cela allait m'affecter, je ne sais pas si cela m'a affecté. Peut-être inconsciemment. Il m'a peut-être manqué d'avoir mes proches autour de moi pour évacuer plus rapidement. Quand c'est comme ça, je parle avec Roger (Ndlr : Rasheed, son entraîneur), Steph (Ndlr : Stéphane Fachi, son kiné) ou Patrick (Ndlr : Chamagne, son préparateur physique). Ici, je ne me suis pas assez livré. J'ai eu un petit coup de blues. On est en équipe de France, c'est différent, on doit prendre sur soi. Cela ne m'a pas aidé. Inconsciemment, cela m'a peut-être desservi de le garder pour moi. Je suis quelqu'un très émotionnel et j'ai toujours besoin d'être à 100% dans ma tête pour être bien dans ma tête. Après le match, j'en ai parlé après le match à des personnes parce qu'il fallait que cela sorte. Ce sont des choses qui arrivent. On essaie de travailler sur ça avec Roger car j'ai parfois du mal à dissocier les deux.
Pensiez-vous être à l'abri de ce genre de match ?
Je pensais qu'avec un bon niveau moyen, je m'en sortirais largement. J'ai joué bien en-dessous de mon niveau moyen et je fais quand même quatre sets. Cela prouve bien qu'avec un niveau moyen, je peux m'en sortir sur ce match. Je ne m'attendais pas à avoir un niveau de jeu si pauvre. Cela m'a choqué. Je n'avais pas de solution, rien. Je m'en excuse auprès des supporters et de l'équipe d'avoir offert un match comme ça.
Comment cela se traduisait-il sur le court ?
Je n'avais rien à donner, j'étais vide. Je savais que j'étais trop loin de ma ligne mais je n'arrivais pas à faire le pas supplémentaire. Je ne sentais pas bien mon coup droit. A un moment, j'ai voulu accélérer, j'ai fait une bâche ridicule. Je faisais tout le temps les mauvais choix. Je m'en excuse car ce n'est pas digne de quelqu'un qui va représenter son pays. Je suis vraiment désolé et très en colère envers moi.
Dans quel état d'esprit êtes-vous actuellement ?
J'essaie de comprendre. Un peu comme j'ai essayé de comprendre l'an dernier contre Mardy Fish. Comment est-ce possible de ne rien produire ? Ce n'est pas moi. Après, il faut me remettre bien avec l'équipe et aller supporter Jo. Ce soir, j'aurais peut-être plus l'esprit revanchard.»
Recueilli par Sophie DORGAN, à Maastricht