Il est rare de dénicher dans un des multiples recoins de l’Histoire un personnage comme António de Oliveira Salazar : celui qui s’était voulu « froid exécuteur de l’intérêt national », convaincu d’être l’héritier d’une mission suprême et le gardien d’un anachronique empire des temps anciens, reste méconnu des nouvelles générations. L’homme que l’on aura défini comme un tyran sanguinaire reste néanmoins du domaine des despotes éclairés : ce professeur austère, méditatif, doublé d’un solitaire qui se voulait volontairement sans foyer afin de se consacrer pleinement à la chose publique, aura été un farouche opposant à la démocratie parlementaire.
Élu député du Centre catholique en 1921, il ne demeura à son siège qu’un seul jour, dégoûté de la démagogie des Chambres parlementaires. Et, comme il arrive en pareil cas, Salazar tirera de cette brève expérience un état d’esprit qu’il réitèrera à de nombreuses reprises devant des députés incrédules : « Les Portugais ne doivent pas supposer que le sort de millions d’hommes, l’ordre et la paix de leur existence, le fruit de leur travail, les principes de la civilisation qu’ils ont adopté, peuvent être laissés à la vacuité des discours de comices, et à l’anarchie des mouvements libérateurs que l’on nous annoncent ». Tout en ajoutant en 1949 par un sourire particulier, sans doute adressé à Charles Maurras dont il avait tiré la notion du « Politique d’abord » : « C’est aux Français que je suis le plus redevable ! »
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